Bienvenue ! S'inscrire Se connecter
Romans Agenda Publier Articles
Les Trois Rues Les Forums L'Equipe
Connexion
Lecture d'un chapitre
Laisser un commentaire
  
1 « Immobilité »
Prologue
Sentant que les briseurs s’agitaient de façon inhabituelle, elle ouvrit paresseusement un oeil. Deux scientifiques en blouse pianotaient furieusement sur leurs ordinateurs pendant que deux soldats jetaient des piles de dossiers dans le brasier qui était normalement utilisé lors des expérimentations magiques.

Contrariée par le bruit ambiant qui l’empêchait de trouver le repos, elle se tassa dans le fond de sa cage. Elle ferma les yeux pour tenter de retrouver l’état léthargique dans lequel elle était plongée quelques instants plus tôt.

Aussi loin que remontait sa mémoire, les expérimentations la concernant ne s’étaient jamais déroulées comme ils le souhaitaient. Dernièrement, fatiguée de lutter, elle avait pris l’habitude de se laisser submerger par les puissantes énergies environnantes. Sans savoir d’où lui venait cette certitude, elle sentait que c’était le meilleur moyen d’en finir.

Malheureusement, ils enrayaient systématiquement l’issue fatale en lui injectant une drogue qui la rendait amorphe. Bien qu’elle restait consciente, son esprit était comme anesthésié et son corps peinait à répondre. Sa magie était alors assoupie et ses sens n’étaient plus troublés par les vibrations qui émanaient des autres prisonniers. Cet état second était reposant et lorsqu’elle arrivait à trouver le sommeil, les cauchemars ne la hantaient pas, lui offrant quelques minutes, parfois même, quelques heures, de répit.

Brutalement, un coup de feu dissout la brume qui accaparait ses pensées. Lorsqu’elle releva la tête, elle fit face au canon d’une arme légèrement fumant. Venant du dessus, un liquide tiède et visqueux coulait le long des parois de verre et une flaque se forma sur le sol, teintant sa longue chemise ouverte dans le dos bleu pâle. Devant elle, la main sur la crosse, un briseur avait la bouche agitée de tics nerveux. Elle vit le doigt du scientifique presser la détente et un sursaut de soulagement décrispa les traits de son visage. Enfin, cet enfer allait prendre fin !

La détonation claqua dans l’air avant qu’il ait pu finir son geste. Silencieusement, il s’effondra face contre terre. Sous sa tête, dont les yeux étaient restés grands ouverts, une tache rouge s’étendit lentement sur le béton.

Un juron attira l’attention de la jeune femme. Un homme, dont l’expression était dissimulée sous une capuche et une large écharpe montant jusque sur son nez, était dans l’entrée, l’arme encore au poing. Il portait une tenue sombre en épais tissus, de coupe ajustée et dont les coutures étaient surpiquées de blanc. Il releva la tête pour observer la cage au-dessus d’elle et pesta de nouveau. Lentement, l’attention du soldat en noir descendit dans sa direction. Par dessous, elle distingua deux yeux d’un vert vif la fixer et elle se recroquevilla pour fuir ce regard inquisiteur.

— Oh !

Il s’accroupit et d’un geste de l’index, fit tomber sa capuche, libérant une myriade de boucles orange pâle. Les taches de rousseur qui couvraient la majeure partie de son visage la fascinaient. Soudain, il posa une main contre la paroi et elle recula autant que possible, effrayée. Constatant sa réaction, il retira vivement ses doigts et grimaça en retroussant son nez. S’appuya son avant-bras sur sa jambe, il l’observa quelques secondes avant de murmurer :

— Ils t’ont pas raté ces enfoirés !

Un nouveau soldat entra dans la pièce d’une démarche conquérante :

— Garnet ! s’exclama-t-il. Qu’est-ce qui te prend de te mettre à découvert alors que la zone n’est pas encore sécurisée ?

Le jeune homme roux tourna la tête en direction de son supérieur et se contenta de la pointer du menton. Le nouveau venu se figea un instant avant de poursuivre, plus calmement :

— Et l’autre ? demanda-t-il.

— Trop tard.

— Alors, dépêche-toi de la sortir de là, le rabroua-t-il. Je ne serais pas étonné qu’ils aient laissé deux ou trois mauvaises surprises. Autant décamper au plus vite !

— Bien, Sergent !

Garnet donna plusieurs coups de crosse dans le pavé numérique donnant accès à la cellule. Chaque onde due aux chocs traversaient les parois de verre se répercutant jusque dans ses os et elle ne put retenir un gémissement. Elle se mordit la lèvre au sang pour étouffer un sanglot d’effroi : on ne doit pas faire le moindre bruit sous peine d’être puni.

Le boîtier ne résista pas longtemps. Un son guttural échappa à la jeune femme malgré toute sa volonté ; instinctivement, elle se cacha le visage pour parer le coup punitif. Au lieu de cela, Garnet murmura de nouveau pour tenter de la calmer :

— Ça va aller. On te ramène à la maison.

Elle se contorsionna tant bien que mal pour fuir sa main et plusieurs de ses petites plaies tout juste refermées se remirent à suinter. Le soldat fit claquer sa langue avec agacement, ses traits se crispant de frustration. La respiration de la jeune femme s’accéléra, effrayée à l’idée d’être sanctionnée pour s’être rebellée.

L’homme attrapa quelque chose à sa ceinture et elle devina une seringue entre ses doigts. À quatre pattes, il s’avança dans l’ouverture exigüe, la fixant droit dans les yeux :

— C’est juste un mauvais moment à passer, ça sera vite fini.

Elle tenta vainement de se débattre, mais la drogue administrée par les briseurs rendait son corps lourd et malhabile : il n’eut aucun mal à enfoncer d’un geste vif l’aiguille dans sa cuisse.

Le produit fit effet presque instantanément, la plongeant dans un brouillard de sons et d’images imprécis, pendant qu’il l’extirpait de sa cage. Avec délicatesse, il la souleva, réajustant sa prise : un bras sous ses genoux et l’autre dans son dos pour la stabiliser. Il observa plus attentivement son visage avant de marmonner avec colère :

— Les enfoirés !

La tête de la jeune femme dodelina et, d’un soubresaut adroit, Garnet la cala au creux de son cou.

— Tout va bien se passer. Essaye de te calmer.

D’une démarche souple, il l’emmena à travers les dédales du bâtiment. Ils croisèrent d’autres hommes en noir qui ne leur prêtèrent aucune attention. Elle distingua une vive lueur au fond du tunnel.

— Attention les yeux, souffla Garnet.

Ils n’avaient pas atteint l’extérieur que la luminosité la forçait déjà à plisser les paupières pour s’en protéger. Elle aurait aimé mettre sa main en rempart, mais son corps refusait de répondre.

Exténuée, elle ne réussit pas à rouvrir ses yeux et sombra dans l’inconscience.
  
Commenter ce chapitre
Pour commenter, veuillez vous connecter ou vous inscrire.
Licence Creative Commons
ALLEEDESCONTEURS.FR DECOUVRIR L'ALLEE L'ALLEE & CO STATISTIQUES
Les fictions publiées
L'agenda des publications
Les auteurs de l'Allée
Les Trois Rues | la compétition
Foire aux questions
Publier sur l'Allée
Nous contacter
Forums de discussion
LeConteur.Fr
Partenaires & Liens
31 fictions publiées
656 membres inscrits
Dernier inscrit: Jprrlt
AlléeDesConteurs.fr ~ 2005-2017