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« Spiritus Mundi »
Chapitre 1 « La Larve dorée - première partie »
Le quartier chinois de Londres n’était ni aussi connu ni aussi étendu que ses équivalents des grandes villes américaines. Hadria n'avait découvert son existence que quelques jours plus tôt, mais en toute franchise, elle n'aurait pas perdu grand-chose à rester dans l'ignorance.

Située dans le quartier de Limehouse, à East End, la zone s’était constituée spontanément, pour répondre aux besoins des marins chinois qui débarquaient sur les Docklands. Il s’agissait pour l'essentiel d'un agrégat de taudis, de fumeries d'opiums, de maisons closes entre lesquelles, parfois, s'étaient glissés presque par miracle des auberges et des établissements commerciaux plus respectables.

Une chose était sûre : son compagnon et elle-même étaient aussi visibles que le nez au milieu de la face et attiraient de partout des regards sombres et brillants, lancés à la dérobée. Elle avait pris soin de se vêtir le plus simplement possible – une tenue de toile brune et un chapeau de paille sur ses boucles blond-roux –, mais rien ne pouvait dissimuler le fait qu'aucun Asiatique ne figurait dans son ascendance, du moins sur les cent dernières générations.

Depuis un balcon, une femme en robe de soie fanée, qui abritait sous une ombrelle rouge un visage outrageusement fardé, observait la rue. Elle esquissa un sourire méprisant sur son passage, assorti d'un « gwai-poh » dont l’intonation dédaigneuse ne faisait aucun doute.

« Vous savez ce qu'elle a voulu dire ? » glissa-t-elle à Ashley, dont le regard était indéchiffrable derrière ses lunettes fumées.

Son compagnon haussa légèrement un sourcil :

« Êtes-vous sûre que vous voulez le savoir ? »

Elle soupira :

« Je suppose que ce n'est pas très flatteur.

— Pas réellement, je le crains...

— Et donc ? »

Il esquissa une ombre de sourire :

« C'est une insulte classique envers les femmes occidentales. Cela peut être traduit de diverses façons, mais pour faire bref... elle vous compare à une vieille femme morte. »

Vieille ? Morte ? Pour qui se prenait cette gourgandine ?

Fulminante, elle se retourna vers le balcon, mais la prostituée avait déjà disparu.

L’affaire qui les avait menés en ce lieu peu reluisant était parvenue à leur connaissance trois jours plus tôt. Le propriétaire d'un vaste entrepôt, situé en marge du quartier chinois, avait rencontré une vague de malchance inexplicable : pertes d'argent, avaries, accidents... Les choses avaient pris un tour plus dramatique encore quand un mal mystérieux s'était déclaré parmi ses employés, les foudroyant en quelques jours, sans se transmettre à leur entourage. Aucun médecin n'était parvenu à identifier la cause, même si les poisons classiques semblaient pouvoir être écartés.

Quand il était venu à eux, l'homme se trouvait dans un état de nervosité extrême : il prétendait être maudit. La police, à qui il s’était adressé en premier lieu, avait rejeté ses allégations, non sans quelques rires goguenards.

Comme à l'accoutumée, c'était par des circuits détournés que Spiritus Mundi avait été saisie de l'affaire. Il y avait en fait, parmi les rieurs, des sympathisants qui n'hésitaient pas à prévenir en sous-main leurs contacts dans la fondation ésotérique lorsqu'il y avait le moindre soupçon de malédiction... ou autre usage négatif de la magie.

C'était ainsi que la jeune Américaine s'était retrouvée dans le quartier chinois, à se faire traiter de cadavre, pour la simple raison que son partenaire était le meilleur connaisseur de magie asiatique dans les rangs de Spiritus Mundi.

« Si cela peut vous consoler, ajouta Ashley avec une ombre de sourire, ils ont d'autres noms pour moi... pas forcément plus flatteurs. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas plus tendres envers eux qu'ils ne le sont envers nous. Après tout, nous sommes les conquérants et les exploiteurs, à leurs yeux. »

Hadria ne put s'empêcher de noter qu'il s'identifiait totalement à son côté britannique. Probablement parce qu'il avait été élevé en Angleterre. Elle devait admettre qu'elle en savait très peu sur John-Liang Ashley, même s'ils étaient partenaires depuis plusieurs mois déjà.

Elle haussa les épaules en rétorquant :

« Vous êtes les exploiteurs et les conquérants . Je vous rappelle que je suis américaine, je ne pense pas que mon pays ait grand-chose à voir avec vos histoires de colonies. »

Il lui lança un petit coup d’œil, du style qu'elle abhorrait, qui lui faisait comprendre combien elle était jeune, ignorante et naïve. Il n'y avait aucune insulte, juste une simple constatation. Ça n'en était pas moins blessant.

« Votre nation manifeste un sens des affaires, dirons-nous, qui se substitue aisément à toute entreprise coloniale, fit-il d'un ton neutre. Nous arrivons, semble-t-il... »

Il désigna une grande bâtisse de brique et de bois, qui élevait sa masse sombre à côté des taudis répandus çà et là le long des quais. La jeune femme regarda avec découragement les murs noircis, dont la partie supérieure était couverte de déjections d'oiseaux.

« Voyez les choses du bon côté. Le travail sur le terrain nous entraîne parfois en des lieux où nos inclinations personnelles ne nous auraient jamais attirés. »

Elle se tourna, scrutant les traits impassibles de son partenaire : s’essayait-il à une certaine forme d'humour, ou était-il parfaitement sérieux? C’était difficile de dire avec ce visage lisse, dépouillé de toute émotion et ce regard assourdi par les verres fumés.

« Mister Hopkins m'a confié les clefs », poursuivit-il en pêchant dans sa poche intérieure un gros trousseau clinquant et rouillé.

Hadria baissa les yeux sur sa tenue : elle n'avait déjà rien de bien distingué, mais elle sentait que très bientôt, elle n'aurait plus rien de présentable.

« Ne vous désespérez pas. Nous n'allons faire pour commencer qu'une brève visite afin de déterminer s'il y a eu une influence ésotérique, quelle qu'elle soit... »

La jeune femme ferma à demi les yeux, espérant vivement qu'ils ne détecteraient, ni l'un ni l'autre, le moindre signe de malédiction.

Ashley déverrouilla la porte latérale de bois ferré, qui tourna sur ses gonds rouillés avec un grincement plaintif. À l'intérieur régnait une pénombre seulement brisée par les longues barres de lumière qui entraient par les claires-voies pratiquées en haut des murs, loin au-dessus d'eux. Le bruissement d'ailes des oiseaux qui nichaient dans les poutres leur fit lever la tête. En ce lieu se mêlaient curieusement l'odeur du port – goudron, vase et sel – et celle d'un poulailler.

Des monceaux de caisses de tailles variées, de tonneaux de différents volumes s'amassaient aux quatre coins du bâtiment, laissant une large allée centrale et des circulations latérales. Le sol, inégal par endroit, présentait un étonnant mélange de dalles de pierre, de terre battue et de crasse accumulée. Hadria se dit que le propriétaire aurait peut-être mieux fait de l'abandonner à ses voisins... il n'aurait pas perdu grand-chose.

Elle se retint à grand-peine d'éternuer. Ashley ne semblait pas incommodé ; la pénombre ambiante lui avait permis d'ôter ses lunettes, découvrant le regard scrutateur de ses prunelles de jade. Il vantait souvent les mérites de l'investigation traditionnelle, qui aidait à nuancer la lecture des traces ésotérique et à les éclairer. Elle se demanda comment il comptait reconnaîtrait le moindre indice dans ce fatras. Et contrairement à lui, elle possédait une paire d’yeux qui donnaient le meilleur d'eux-mêmes dans une lumière abondante.

L'une des piles s'était écroulée, lâchant à travers les couvercles et les parois brisées des pièces métalliques qu'elle était incapable d'identifier. De larges taches sombres au sol indiquaient que les caisses n'avaient pas été les seules victimes de l'effondrement. Elle frissonna légèrement et s'écarta.

L'ambiance du lieu commençait à lui peser. Elle se sentait assaillie par les émotions que la place avait absorbées : lassitude, désespoir, colère des travailleurs soumis à des tâches pénibles pour une faible rétribution... Mais aussi la peur, une peur glacée, insidieuse, qui s'exsudait de tout le bâtiment.
Elle se figea et prit ses tempes entre ses mains gantées, tentant de fortifier ses défenses contre cette attaque violente... mais peu révélatrice.

Conscient de l'avoir distancée, Ashley se retourna :

« Tout va bien, miss Forbes ? »

La jeune femme hocha la tête :

« Les ouvriers étaient terrorisés, mais cela ne prouve rien, n'est-ce pas ?

— Non, ça ne prouve rien... Mais c'est un élément de plus. »

Il plissa légèrement les yeux et regarda attentivement autour de lui :

« La peur peut entraîner de multiples effets, faciles à imputer à une cause extérieure : nervosité extrême, perte d'attention, qui peuvent ensuite entraîner des accidents, mais aussi des problèmes de santé plus ou moins sérieux. Ce qui ne doit pas nous dissuader de déterminer ce qui a pu entraîner cette peur... »

Il se tourna vers elle, l'interrogeant du regard. Hadria déglutit nerveusement :

« Je peux tenter de le faire, mais je ne sais pas si ça sera très précis... Beaucoup d'émotions issues de différentes personnes se sont entremêlées et donc...

— Un facteur commun, peut-être ?

— Je vais essayer... »

Avec une prévenance inattendue, Ashley repéra une caisse à peu près propre et la tira vers elle pour qu’elle puisse s'y asseoir. Elle le remercia d'un simple hochement de tête, avant de fermer les yeux, les mains posées à plat sur ses cuisses, tâchant de cerner les émotions débridées qui saturaient l'endroit.

Il était plus facile de les déterminer à partir d'un objet : les lieux étaient toujours beaucoup plus pollués ; entrer en contact avec une portion seulement du site pouvait fausser l'expérience.

Les premières sensations qu'elle avait perçues revinrent en force : résignation fatigue colère haine et peur... peur... peur... Quelque chose dans les ombres du hangar, une chose à chaque fois différente.. Ses yeux ses yeux jaunes ses yeux de mort...Je les vois je te dis que je les vois... Attention ! Peur mort douleur.. Haine haine HAINE...

Le sentiment l'engouffrait, si rude et si violent qu'elle se sentait sombrer comme dans des sables mouvants, entraînée dans des profondeurs étouffantes, froides et glacées... Quelqu'un lui attrapa la main, comme pour la tirer vers la lumière. Elle ouvrit les yeux et se mit à haleter comme un poisson échoué : sans doute avait-elle cessé de respirer un moment sous l'intensité de la sensation. Ashley posait sur elle un regard inquiet.

C'était étrange de le voir manifester autant d'émotion ; peut-être, s'il avait porté ses verres fumés, ne l'aurait-elle pas remarqué. Il attendit patiemment qu'elle soit assez remise pour lui raconter la teneur de ce qu’elle avait perçu. Il écouta gravement, la tête légèrement penchée sur le côté.

« C'est étrange. Les rapports que nous avons eus ne mentionnaient aucune créature particulière... »

Un violent bruissement d'ailes au-dessus de leur tête fit sursauter Hadria ; mais elle comprit qu'il n'était pas l’origine de l'expression interdite sur le visage d'Ashley. Son regard se focalisait sur un point précis du hangar.

« Restez ici », lui ordonna-t-il sèchement avant de se diriger vers une zone noyée dans l'obscurité.

Elle le vit s'éloigner avec un pincement au cœur ; après ce qu'elle venait de vivre, elle n'avait aucune envie de demeurer seule. Et même s'il lui en coûtait de l'avouer, elle ne pouvait s'empêcher de s’inquiéter pour lui. Ce qui était stupide : il était plus expérimenté qu'elle ; elle avait pu constater que sa minceur et sa délicatesse apparente étaient terriblement trompeuses.

Sans compter les perceptions particulières dont il disposait, profondément différentes des siennes : il pouvait discerner ce qu'il appelait les « distorsions de réalité », tout ce qui contrevenait à l'ordre naturel des choses. Entre autres, l'usage de la magie. Ce don de « normaliste », qui s'ajoutait à une profonde culture et un sang-froid à toute épreuve, en faisait un agent précieux pour Spiritus Mundi – et plus particulièrement Gladius Irae.

Peu de gens étaient au fait de ce talent ; elle ignorait même si quelqu'un dans le monde de l'ésotérique partageait cette capacité, subtilement distincte d'une simple détection de la magie. Elle couvrait un champ plus étendu, sans forcément indiquer les causalités : sur ce point, il se fiait avant tout à ses larges connaissances.

Elle le vit s'approcher du mur, puis s'accroupir. Il se trouvait trop loin, trop noyé par les ombres pour qu'elle puisse discerner son expression. Soudain, il se releva d'un bond et recula de quelques pas : elle retourna vers lui, tentant de comprendre ce qui l'avait ainsi troublé.

« Je vous avais dit de rester où vous étiez ! » lui lança-t-il avec une dureté inhabituelle.

Par-dessus son épaule, elle aperçut une paire d'yeux globuleux, d'un jaune phosphorescent, qui les contemplait fixement. Péniblement, lentement, la créature se dégagea de l'obscurité.

Un crapaud.

Un énorme crapaud gonflé et visqueux, qui les couvrait d'un regard empli d'une malice stupéfiante. Ashley s'interposa entre elle et l'être boursouflé, tout son corps rigide.

« Venimeux ? demanda-t-elle nerveusement.

— Plus que cela. Cet être n'est pas un crapaud normal. Même pas un véritable crapaud... C'est juste sa matérialisation.

— Matérialisation... ? »

C'est alors que les émotions qui émanaient de la créature la frappèrent de plein fouet.

Haine haine HAINE...

Elle sentit les bras de son partenaire se refermer sur d'elle, l'entraîner loin du batracien. D'un bond pesant, la chose regagna les ombres qui semblaient lui avoir donné naissance. Elle s'entendait haleter, comme si ses poumons contraints par l'angoisse ne parvenaient pas à emmagasiner assez d’air. Au bout d'un long moment, elle rouvrit les yeux, qu'elle n'avait même pas conscience d'avoir clos, et regarda autour d'elle. Dans l’entrepôt, régnait de nouveau un calme sordide, tandis que sous les poutres les pigeons reprenaient leur sarabande.

« Qu'est-ce que c'était ? » réussit-elle à articuler d'une voix hachée.

Les yeux d'Ashley demeuraient braqués vers l'endroit où la créature était apparue.

« Une larve dorée », répondit-il d'un ton emprunt d'un dégoût profond.

« Une... quoi ? »

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent :

« Ce n’était pas une larve, c'était un crapaud !

— Cette créature peut prendre des formes différentes. Crapaud, serpent, chien, cochon... ou ver... »

Hadria frissonna :

« Je ne suis pas sûre de vouloir en savoir plus.

— Et pourtant, il va le falloir si nous devons avancer.

— Vous en savez largement assez pour nous deux », rétorqua-t-elle, encore troublée par cette rencontre.

Un peu plus rudement qu'elle ne l'aurait voulu, elle se dégagea de son étreinte protectrice et s'écarta de lui. Avec un sourire froid, il sortit ses verres de sa poche, les chaussa et déclara, d'une voix étrangement sardonique :

« Vous n'avez pas idée. »

Il pivota sur ses talons et se dirigea vers la sortie du hangar ; Hadria n'eut d'autre choix que de le suivre. Ils se rendirent en silence vers la porte, pour retrouver la clarté soudain aveuglante du dehors. Sa dernière phrase était si énigmatique, si atypique de cet esprit froid et rationnel, qu'elle n'osait pas solliciter plus de détails. Elle tâcherait de s'informer par elle-même, s'il le fallait.

« Quelle est la suite des opérations ? » s'entendit-elle demander d'une toute petite voix.

— Trouver qui l'a invoquée.

— Invoquée ? »

Elle s'arrêta net, se demandant ce qu'il entendait par là.

« Invoquée... ? Comme si c'était une sorte... de démon ?

— La larve dorée n'est que la manifestation visible d'une créature que l'ennemi de mister Hopkins doit garder en sa possession. Et que son invocateur envoie pour causer malheur et mort ici même. »

Elle fronça les sourcils d'un air sceptique :

« Et comment pensez-vous le retrouver ? Je veux dire, cet ennemi ?

— Grâce à vos capacités. »

Le cri de protestation qu'elle laissa échapper devait sonner en tout point comme un couinement de souris.

« Quittons cet endroit, reprit-il, et je vous expliquerai tout. »

* * *


Le café où les deux agents de Spiritus Mundi avaient fait une halte bienvenue n'était pas le plus sélect des établissements, mais Hadria était heureuse de voir du monde autour d'elle, même si c'était sous un plafond un peu craquelé et des murs plus que grisâtres : pas de zones d'ombre ni de créatures aux yeux jaunes, cochon, ver ou crapaud... Cependant, Ashley attaquait le sujet avec une vigueur qui ne semblait pas vouloir se démentir :

« Nous allons attendre que les émanations de haine qui accompagnent cette entité disparaissent. Peut-être que vous pourrez plus aisément discerner ce qui se cache derrière quand ces émotions parasites auront disparu. »

Elle reposa sa tasse de thé sur la table ronde coincée entre leurs deux paires de genoux.

« Je ne suis pas sûre que ça marche ainsi, déclara-t-elle nerveusement.

— Vous craignez ce que vous allez rencontrer ? » rétorqua-t-il vivement.

Elle le fixa avec étonnement ; la rumeur des autres clients leur parvenait comme de très loin, même les vociférations de deux hommes en état avancé d'ébriété et les rires stridents d'une grosse femme qui s'encanaillait avec deux types à l'allure plus que louche. Ashley était habituellement une présence froide, distante ; seuls d'infimes détails, qui n’étaient discernables que lorsqu'on commençait à réellement le connaître, montraient qu'il éprouvait peut-être des sentiments. Mais elle ne l'avait jamais vu manifester autant de passion. Agacée, elle recula légèrement sa chaise et le toisa :

« Peur ? Bien sûr que oui, j'ai peur : de ressentir encore une fois la haine terrible de cette créature, la terreur qu'elle a suscitée chez ces malheureux... Il faudrait que je sois insensible ou stupide pour ne pas avoir peur, non ? Tout le monde n'est pas comme vous ! »

Un soupçon soudain s'empara d'elle :

« En l’occurrence, je serais presque tentée de croire que c'est vous qui craignez ce que vous allez rencontrer, fit-elle en plissant légèrement les paupières. C'est sans doute plus facile de me mettre en première ligne, n'est-ce pas ? »

Elle savait, en son for intérieur, que cette déclaration était injuste.Il s'était toujours montré attentif à sa sécurité, physique et mentale. Il n'avait jamais hésité à s'interposer s'il pensait qu'elle était menacée d'une façon ou d'une autre, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Elle comprenait d'autant moins pourquoi, cette fois, il semblait faire si peu de cas de ses réticences.

Il resta un moment impassible, sa propre tasse stoppée à mi-hauteur ; derrière les verres assombris, les yeux en amande s'étaient élargis, leurs prunelles vertes brillant d'un éclat singulier, que même leur habituelle protection ne pouvait dissimuler. Son visage était devenu étrangement pâle et ses lèvres serrées se réduisaient à une mince ligne.

Plus déstabilisante encore était son incapacité manifeste à proférer la moindre parole. Surprise et embarrassée, elle tendit les mains pour sauver la tasse d'un désastre imminent :

« Je... je suis désolée, bredouilla-t-elle en posant le récipient sur la table. Je ne voulais pas dire tout cela, et je m'en excuse... »

Elle se morigéna intérieurement. Elle avait toujours admonesté Hector, l'ami d'enfance qu’elle avait laissé derrière elle à Minneapolis, quand il lâchait tout ce qui lui passait par la tête. Alors pourquoi, soudain, se conduisait-elle de la même manière ? Elle avait manifestement blessé son partenaire plus qu'elle n'en avait l'intention.

Après tout, que savait-elle de lui ?

Si peu...

Il baissa les yeux vers ses mains vides, les reposa lentement sur la table :

« Ne vous excusez pas. Vous avez tout à fait raison. Je ne devrais pas assumer que vous pouvez vous lancer dans cette recherche si vous ne vous en sentez pas prête. »

À présent, elle se considérait comme insultée. Pour qui la prenait-il ? Une petite fleur fragile ?

L'étreinte de ses bras autour d'elle...

La protégeant de l'assaut des sensations violentes émises par la créature...


Elle sentit le rouge lui monter aux joues.

« Ne vous inquiétez pas, j'avais juste besoin de me ressaisir un peu. Je serai prête... »

Elle laissa passer un temps de silence avant d'ajouter :

« … dès que vous le serez. »

* * *


Lorsqu'elle se retrouva accroupie dans le coin d'ombre, dans la crasse, la poussière et les odeurs de fiente de pigeon, sous la surveillance vigilante de son partenaire, elle se dit qu'elle avait sans doute parlé un peu vite. Il avait repris son calme habituel, comme si sa minime et temporaire perte de contrôle n'était rien qu'un aléa des plus négligeables. Elle avait comme le sentiment de s'être fait plus ou moins manipuler.

Elle sentait son regard peser sur elle, ce qui perturbait considérablement sa concentration. Toutefois, elle avait tellement hâte d'en finir qu’elle était prête à déployer un sursaut de volonté pour venir à bout du problème. Elle ôta ses gants et se pencha pour toucher légèrement le sol : elle pouvait capter les émanations des émotions absorbées par les lieux, si elles étaient assez fortes, mais la lecture sur un support demeurait toujours plus fiable, surtout quand les empreintes commençaient à se dissiper.

Elle s'attendait cette fois à ce qu'elle allait rencontrer, à ce déferlement de haine intense... au point que la créature ne semblait composée que de cela. Elle réprima la nausée qui s’emparait d'elle pour se focaliser sur ce qui se dissimulait derrière, comme si elle se saisissait du bout des doigts d'un voile gluant et déliquescent pour le déchirer et découvrir ce qu'il cachait.

Une vision s'imposa à elle : celle d'une fosse grouillante de vermine, de tout ce qui insufflait le plus de terreur et de dégoût au fin fond de la conscience des humains. Araignées, scolopendres, scorpions, serpents, crapauds... Un amas noir, brun et verdâtre, qui se tordait et se tortillait, comme pour se fondre en une seule entité, une unique créature dont l'essence brillait d'un or vert écœurant.

Étrangement, ce n'était pas les animaux eux-mêmes qui exsudaient cette haine : ils n'étaient que des êtres vivants parmi tant d'autres, que la nature avait dotés de moyens redoutables de chasser et de se défendre et d'une apparence répulsive aux yeux des hommes... C'était l’intention qui avait accompagné cette fusion. Une intention si maléfique qu'elle sentit ses entrailles se tordre douloureusement. Elle ne savait combien de temps elle pourrait encore supporter ce simple contact. Il fallait cependant qu'elle aille plus loin. Qu'elle écarte cette masse ignoble, en se persuadant qu'elle ne pouvait pas la blesser !

Voir au-delà...

Tout cet amas grouillant était contenue dans un jarre, ou un pot... Elle pouvait en discerner les contours arrondis, comme enflés sous l'effet du poison. Et dessus... Il y avait un sceau, portant deux idéogrammes. Elle ne connaissait pas l'écriture chinoise, mais elle devait faire au mieux pour en retenir le dessin, le graver comme au fer rouge dans sa mémoire. En désespoir de cause, elle attrapa le médaillon qui pendait autour de son cou, le serrant de toutes ses forces, l’inondant de ses émotions, focalisées sur ce sceau et de lui seul... C'était l'unique solution.

Enfin, quand elle fut sûre qu'elle pourrait de nouveau avoir accès à cette image mentale, elle se permit de lâcher prise. Elle ouvrit les paupières, pour se découvrir à quatre pattes sur le sol crasseux, les yeux noyés de larmes de dégoût et d'épuisement, en proie à un malaise si fort qu'elle arrivait à peine à garder sa lucidité. Elle sentit des bras minces et vigoureux la saisir sous les aisselles et la soulever pour la remettre sur des jambes flageolantes.

« Dehors... Vite », balbutia-t-elle entre des dents serrées pour empêcher son dernier repas de s'échapper.

Avec l'aide de son partenaire, une main pressée sur ses lèvres et l'autre sur son ventre, elle gagna la porte de l'entrepôt puis la ruelle qui en longeait le côté. Elle n'aurait pu résister une seule seconde de plus : pliée en deux, elle rendit le contenu de son estomac dans un recoin, avec juste assez de présence d'esprit pour retenir ses jupes et leur éviter d'être éclaboussées. Même quand elle n'eut plus rien à vomir que quelques filets de bile, les spasmes se poursuivirent, jusqu'à ce qu'enfin son estomac se calme et qu'elle relève la tête, tremblante et faible comme un chaton, avec un goût épouvantable dans la bouche.

C'est à ce moment qu'elle réalisa qu'Ashley avait continué à la soutenir tout du long. Il fouilla dans sa poche intérieure pour lui tendre un mouchoir propre, blanc et amidonné. Elle le remercia d'une voix inaudible, consciente de son regard inquiet. Comme elle hésitait à l'employer, il déclara avec son pragmatisme habituel :

« Vous n’aurez qu'à le garder. Vous me le rendrez après son passage à la blanchisserie. »

Elle esquissa un pâle sourire, en tamponnant son visage en sueur et ses lèvres souillées.

« Il vaut mieux que nous rentrions au siège, poursuivit-il. Vous pourrez vous reposer avant de m'expliquer ce que vous avez vu. »

Il hésita un peu, les yeux baissés sur ses mains jointes, ce qui était chez lui une rare manifestation d'embarras, avant d'ajouter :

« Je pense que j'ai commis une erreur en vous obligeant à explorer cette manifestation alors que l'aura de l'apparition était encore trop forte. D'autant moins pardonnable que je connais la nocivité des intentions qui accompagnent toujours l'invocation d'une larve dorée. Il est préférable que vous ne tentiez plus d'utiliser votre don. Nous nous livrerons à une investigation classique, même si cela prend plus de temps. »

En dépit de sa tête douloureuse, elle se tourna vers lui, les yeux élargis par l'étonnement, non sans une pointe de mortification :

« Vous croyez donc que je n'ai rien perçu d'utile ?

— Je n'ai pas dit cela... » objecta-t-il.

Il laissa passer un temps de silence, puis déclara enfin, avec une remarquable ingénuité :

« Vous avez réellement trouvé un élément important ? »

Si elle ne s'était pas sentie si mal, elle aurait sans doute cogné le mur de frustration. À sa manière, cet homme était aussi socialement inepte qu'Hector. Certes, pas pour les mêmes raisons ni de la même façon, mais elle n'aurait parié sur aucun d'eux deux pour animer une réception.

Elle ferma les yeux de toutes ses forces, essayant de bloquer au moins pour un temps la lumière qui agressait ses prunelles :

« Je vous en parlerai quand j'aurai de nouveau l'impression d'appartenir à l'espèce humaine, si vous le voulez bien.

— Bien sûr. Je vais tâcher de trouver une voiture. Souhaitez-vous rester ici, ou m'accompagner ? Je reviendrai vous chercher par la suite. »

Elle sentait dans son dos la présence de la forme terrible de l’entrepôt... Et le regard jaune d'une créature hybride qui incarnait tout ce que l'homme possédait d'instinct mauvais en lui.

« Je vous accompagne », s'empressa-t-elle de lui répondre.

* * *


Gladius Irae avait pris l'initiative fort appréciable de mettre à la disposition de ses agents, dans le vaste hôtel particulier de Kensinton qui lui servait de quartier général officieux, de petits salons aux portes soigneusement calfeutrées. Ils pouvaient y étudier en toute tranquillité les cas sur lesquels ils enquêtaient.

Un domestique discret à l'allure impersonnelle était venu leur apporter une théière pleine et les tasses assorties. Confortablement rencognée dans un profond fauteuil tapissé de velours cramoisi, Hadria se sentait revivre – même si c'était un peu au ralenti. Le liquide chaud et parfumé adoucissait sa gorge irritée et calmait son estomac troublé.

Assis en face d'elle, Ashley feuilletait avec une distraction inhabituelle un livret sur les démons des montagnes tibétaines, manifestement désireux de ne pas la brusquer plus qu'il ne l'avait déjà fait. Une fois encore, elle se demanda ce qui pouvait le perturber ainsi : était-ce la relation avec les milieux chinois ? Après tout, n'était-il pas à moitié chinois ? Peut-être avait-il un problème avec cette part de lui-même – au-delà des quelques remarques insultantes dont il faisait parfois l'objet, et qui n'avaient jamais paru l'affecter auparavant.

Ou bien... était-ce en rapport avec la larve dorée elle-même ?

Elle porta la main à son médaillon, un simple cabochon de pierre de lune serti dans une monture d'argent ajourée et ciselée. Elle redoutait encore d'avoir accès aux souvenirs qu'elle y avait emmagasinés, même si elle avait fait tout son possible pour se focaliser uniquement sur les idéogrammes.

« Laissez-moi encore une petite heure, et je pense pouvoir raisonnablement rappeler l'information à ma mémoire, déclara-t-elle.

— Vous le ferez quand vous vous sentirez prête, déclara-t-il fermement. Pas avant.

— Soit. »

Il porta son regard sur le médaillon :

« Vous avez fait preuve de beaucoup de présence d'esprit. Employer votre don pour conserver l'image exacte de votre vision est une solution brillante. »

Il faut bien que je montre que j'ai moi aussi une cervelle en état de marche de temps en temps, songea-t-elle avec une petite grimace amère. Confrontée aux capacités et aux connaissances d'Ashley, elle se sentait souvent tellement surpassée que son esprit en devenait comme paralysé. C'était d'autant plus frustrant qu'elle savait, en cas de besoin, réfléchir vite et bien : elle possédait un certain entraînement en la matière, à force de tirer Hector des situations difficiles dans lesquelles le jeune journaliste avait le don de se placer !

« Eh bien, je vous remercie, fit-elle avec résignation. En attendant, je peux déjà vous faire part de ce que j'ai vu... »

Malgré les frissons qui parcouraient son dos et la nausée qui menaçait de reparaître, elle lui parla de cette masse grouillante, hideuse, dégoulinante de haine. Au fur et à mesure de ses paroles, elle vit les traits d'Ashley se crisper, comme si la simple évocation de la créature lui portait un coup presque physique. Quand elle eut terminé, il prit le temps de finir sa tasse de thé, comme plongé dans une intense réflexion intérieure, avant de déclarer enfin :

« Votre perception est très cohérence. Et la teneur de ce sceau sera en effet capitale pour trouver le perpétrateur. »

Hadria ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine frustration : elle n’avait strictement rien dissimulé à son partenaire ; cependant, elle n'avait pas toutes les réponses à ses questions. Elle avait l'intuition que c'était bien la référence à cette mystérieuse larve qui le mettait mal à l'aise, lui qu'habituellement, rien ne semblait troubler quelle qu'en soit l'horreur. Toutefois, elle avait besoin de tous les détails pour que l'affaire puisse progresser. Elle décida de ne pas tergiverser :

« D'où vient cette fameuse larve dorée ? »

Il s’immobilisa et baissa les yeux sur sa tasse, scrutant le fond, pourtant désespérément vide, comme pour y trouver des réponses.

« Cette créature est née d'un processus étrange, commença-t-il d'une voix douce et posée, étrangement hésitante. Au départ, il s'agissait d'un moyen traditionnel de préparer un poison particulièrement virulent connu sous le nom de gu. Cette magie, essentiellement pratiquée par les femmes du Nanyue, consistait à rassembler dans un pot fermé toutes les créatures les plus venimeuses qu'il était possible de trouver.... qu'il s'agisse d'araignées, de scorpions, de scolopendres ou de serpents, voire de certaines races d'amphibiens. Le but était de les faire s’entre-dévorer, jusqu'à ce que ne demeure que le plus puissant d'entre eux, qui était censé concentrer le pouvoir toxique de tous les autres. Il était supposément la source d'un poison si virulent qu'il n'avait aucun antidote. Il pouvait être employé pour tuer, mais aussi pour manipuler les esprits ou susciter une attirance... charnelle... intense. »

Elle faillit sourire en l'entendant buter sur cette notion, mais elle se força à garder son sérieux : elle était bien trop consciente de la tension qui habitait son collègue, de son regard qui se dissimulait dans l'ombre de ses verres, de ses mains crispées sur la porcelaine de la tasse. Pour une raison inconnue, il lui en coûtait d'aborder cet aspect des choses. Au point qu'elle commençait à se demander s'il avait été bien judicieux de la part de leurs supérieurs de lui confier cette affaire.

« Mais entre les mains de véritables magiciennes, ce qui n'était qu'une pratique superstitieuse a pris une tout autre ampleur : elle permet l'invocation de cette fameuse larve dorée. Sa possession attire la chance sur son propriétaire. Cependant, on raconte qu'il est nécessaire de la nourrir de préférence de vies humaines qui sont tuées à l'aide de son poison... afin d'éviter qu'il ne se retourne contre son maître. »

Hadria retint une exclamation d'horreur :

« Est-ce que ce fait est avéré ? »

Ashley prit le temps de reposer sa tasse sur la table avant de répondre comme à contrecœur :

« Il semblerait que cette rumeur ait en effet un fondement.

— Je comprends mieux le rapport avec ma vision, fit d'un ton dégoûté la jeune femme, dont la nausée s'était éveillée à cette évocation. Mais ce crapaud... qu'était-il exactement ?

— Cette créature peut se matérialiser à l'extérieur de son contenant sous différentes formes. La plus courante est celle de la larve dorée. Une sorte de chenille, comme un ver à soie, mais de couleur or. Mais il peut aussi prendre la forme d'un serpent, d'un crapaud, comme celui que nous avons vu... ou d'un chien ou même d'un cochon, pour réaliser la volonté de son maître. Mais les authentiques esprits gu sont extrêmement rares. Nul ne sait s'ils sont réellement une projection de la créature conservée dans le pot, des entités préexistantes attirées par le processus, ou la cristallisation de la volonté de nuire de l’invocateur. »

C'était effrayant... et écœurant. Malgré son sentiment de trop en avoir entendu, au moins Hadria avait-elle à présent les idées plus claires sur ce qu'ils avaient à affronter. La créature était apparue dans le dépôt, envoyée par son invocateur, causant mort, maladie et terreur... Tirant sa force de la haine qui l'avait engendrée et de la souffrance de ses victimes.

« Quels sont les moyens de la combattre ?

— D'après les expériences concrètes conservées dans la collection des mémoires, études et rapports de Spiritus Mundi, il est impossible d'éliminer la manifestation de la Larve. Il faut détruire le pot et ce qu'il contient. Intégralement. Mais je pense que votre vision est une bonne piste pour le retrouver. Ce sceau identifie son maître... ou plus probablement sa maîtresse : à partir de là, nous pouvons raisonnablement penser la confondre et trouver où elle dissimule le pot. »

Elle ne put s'empêcher de noter son recours au féminin : était-ce parce qu'il s'agissait à l'origine d'une magie de femmes ? Oui y avait-il autre chose ? Avait-il été contraint à une relation non désirée par l'une de ces magiciennes ? Si la notion même ne l'avait rendue physiquement malade, elle en aurait presque ri ! Mais un seul regard sur sa physionomie suffit à lui faire regretter cette pensée parasite. Il était son collègue : n'avait-elle pas pour devoir de le soutenir si quelque chose le perturbait, comme il l’avait soutenu après cette effroyable vision ?

La jeune femme se renfonça dans son fauteuil, refermant machinalement la main sur le cabochon de pierre de lune : même si elle n'avait aucun don de prescience, cela ne l'empêchait pas de nourrir un mauvais pressentiment à ce sujet :

« Est-ce que ça ne risque pas... d'être dangereux ? » objecta-t-elle nerveusement.

Il releva enfin les yeux, dérobant cependant son regard vers le côté opposé de la pièce, comme si les magnifiques gravures aquarellées de symboles alchimiques qui avaient été accrochées au mur méritaient toute son attention :

« La larve dorée est potentiellement létale. La seule façon de survivre à son venin et d'avoir déjà été en contact avec lui de façon prolongée... peu importe comment.

— Mais est-ce seulement possible si on n'y survit pas ? demanda-t-elle, exaspérée par cette absence de logique.

— Le poison gu n'est pas toujours employé à des fins meurtrières. Ceux qui le manipulent finissent forcément par acquérir une résistance.

— Mais ce n'est pas notre cas, grommela l'Américaine. Je n'ai pas envie d'expérimenter une mort pénible et très douloureuse...

— Il faudra agir vite... Avant qu'elle ne puisse faire appel à l'esprit gu. »

Il laissa la phrase mourir, mais son attention était toujours perdue en un lieu qu'elle ne pouvait deviner, encore moins atteindre.

« Je me sens bien mieux, fit-elle d'un ton qui se voulait enjoué, même si elle doutait de sa capacité à faire illusion. Je vais tenter de rappeler ces idéogrammes à ma vision. Pouvez-vous me préparer un crayon et une feuille ? »

Il émergea enfin de ses pensées, la scrutant du retard, pour déterminer si elle disait vrai. Elle lui adressa un sourire rassurant. Il tira de la poche intérieure de sa veste un carnet relié de cuir fauve, auquel était lié un crayon à mine de plomb. Le remerciant d'un hochement de tête, elle se pencha pour prendre appui sur la table, attrapant de l'autre main son médaillon.

Elle n'avait pas envie de le décevoir.
  
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