Bienvenue ! S'inscrire Se connecter
Romans Agenda Publier Articles
Les Trois Rues Les Forums L'Equipe

Inscrivez-vous ou connectez-vous

Lecture d'un chapitre
Laisser un commentaire
  
1
1
Publié par L. Williams, le dimanche 4 mars 2018

Sans un mot, le sorcier se dirigea vers l’un des fauteuils avant de quitter son manteau. D’un œil circonspect, il nota la présence du paquet de mouchoirs au milieu de la table basse.

Eddie savait qu’il pensait, comme beaucoup d’autres auparavant, qu’il n’en aurait pas besoin. Parce qu’il ne pleurerait pas. Qu’il avait déjà assez pleuré, ou pire, qu’un homme se devait de rester viril. Les injonctions de ce type ne faisaient pas de ravages que du côté moldu. Ou peut-être n’avait-il plus pleuré depuis si longtemps qu’il ne se sentait même plus capable de verser une seule larme.

La psychomage s’assit face à Harry, puis saisit dossier et stylo.

« Tout d’abord, sachez qu’à votre demande, je peux user d’une plume à papote pour avoir une copie de la totalité de la séance. Personnellement, je ne conserve jamais ces copies, mais si cela est important pour vous… Non ? Je tiens à vous dire que si vous changez d’avis, aujourd’hui ou un autre jour, il n’y aura pas de souci. »

Les bras croisés sur la poitrine, le quarantenaire pinça les lèvres, les yeux soudain dans le vide. Appréhension.

« J’ai cru comprendre que le Ministère vous a proposé cette séance. Vous êtes-vous senti contraint de venir ?

— Non. En fait, ça fait quelques mois que la cellule psy me l’a conseillée. Jusque-là, ça allait.

— Jusque-là ? »

Le sorcier se coula plus profondément dans le fauteuil, sans pour autant décroiser les bras.

« Je me sens… vide. Et en même temps, j’ai l’impression d’être toujours sur les nerfs, de toujours devoir regarder par-dessus mon épaule. Partout. Mais même quand j’ai fini d’examiner les choses autour de moi… ça ne change rien.

— Partout... Même chez vous ?

— Moins. Je crois. Mais je vérifie certains recoins. Parfois des recoins un peu absurdes, en fait. J’utilise des sorts de révélation en douce, aussi.

— En douce ?

— Je sens bien que mon attitude insupporte ma femme, alors j’essaie de me cacher.

— Et le fait de devoir vous cacher… Vous le vivez comment ?

— À votre avis ? grinça-t-il. Je vais pas vous dire que c’est génial. Quelquefois, je me sens plus mal encore de devoir agir comme ça. »

Il fixa tout à coup le bout de ses chaussures, à la fois conscient de l’agressivité de ses paroles et du bien que ça lui procurait de se décharger ainsi.

Rien de très nouveau pour la psychomage. Elle pencha doucement la tête sur le côté pour l’inciter à continuer.

« Je sais que je fais ça pour son bien mais… ça me mine. C’est si…

— Dur ?

— Violent, plutôt. »

Eddie l’observa se crisper plus encore, ses doigts s’enfoncer dans les longues manches de son pull.

« Et avec vos collègues ?

— Eh bien ?

— Vous vous sentez devoir cacher vos comportements ? Ou les leurs ont-ils changé depuis quelque temps ?

— Je sors de moins en moins du bureau, même le midi. J’imagine qu’on le remarque. Mais personne ne m’a jamais fait de réflexion. Et eux… Disons qu’avec les nouvelles, on est forcément tous stressés, certains un peu plus.

— Certains ? »

Les yeux dans le vide, l’homme parut ne pas entendre la question.

« Certains ? répéta-t-elle plus fort.

— Je… euh… Ouais. Je ne peux pas tout vous dire, vous savez, secret professionnel, tout ça.

— Bien sûr, j’en ai conscience. »

Tout comme elle sentait qu’il retenait une information. Soit par rapport à lui, soit par rapport à ses collègues. Il ne servait à rien de le brusquer, cependant.

« Vous avez développé les mêmes gestes au bureau ? Fouiller, regarder par-dessus votre épaule ?

— Ça dépend où. Dans les couloirs, ouais, quand je sors. C’est aussi pour ça que j’évite de quitter le bureau à midi.

— Et dans cette pièce-là ?

— Je ferme les rideaux, souvent. J’pourrais désactiver le sort de la fenêtre, en fait. Je sais qu’il n’y a rien derrière hein, mais… Voilà.

— Je comprends. Si vous deviez comparer votre degré d’anxiété au travail et à la maison, où l’angoisse est-elle la plus forte ?

— Chez moi !

— Oh, je vois que vous n’hésitez pas une seule seconde.

— Ouais. Je me sens tout de même plus en sécurité au Ministère. Pourtant, ma maison est protégée.

— J’imagine que même si vous le vouliez, vous ne pourriez pas me dire où elle se trouve ?

— C’est ça. »

C’était à peine une blague, mais Harry se détendit. Avec un geste plutôt lent et maîtrisé, il posa ses paumes de main sur les genoux. Il jeta des regards à droite et à gauche, comme s’il s’était retenu depuis un moment de ne pas le faire.

« Allez-y, je ne vous jugerai pas. Sur rien. Si vous avez besoin de garder un œil sur la fenêtre, c’est bon.

— Merci.

— Dites-moi, au niveau du sommeil… »

Un rire nerveux lui échappa.

« J’appelle même plus ça comme ça. Je dors… parfois. Quelques heures ici ou là.

— Insomnies ou… ?

— Je lutte pour ne pas dormir, donc je ne sais pas. Mais je me rends compte aussi qu’à certains moments, je ne peux pas. Ça tourne tellement, là-haut.

— Et quand vous dormez ?

— Quoi ?

— Vous vous réveillez ou vous dormez d’une traite ? »

Ses prunelles plongèrent de nouveau dans le vide.

« Des cauchemars ?

— Je, euh… Pour l’instant, je…

— Il n’y a pas de problème. Par contre, dans tous les cas, j’aimerais vous prescrire de quoi dormir. »

Harry releva d’un coup les yeux sur Eddie, comme effrayé.

« Pour un sommeil sans rêve », précisa-t-elle.

Il n’eut pas l’air plus serein.

« Et si… s’il arrive quelque chose ?

— Je ne vous forcerai pas. Mais comme vous le disiez, votre domicile est protégé. Vous n’êtes pas seul, et cela ne vous sonnera pas. Je vais vous prescrire des potions légères, pour l’instant, dont une que vous pouvez réaliser vous-même, si vous le souhaitez. Les ingrédients ne sont pas trop compliqués à trouver, la qualité serait meilleure.

— Et ça m’occupera.

— Aussi.

— Voulez-vous me parler d’autre chose ? Ce qui vous vient à l’esprit.

— Non, je… Pour une première séance, je crois que ça ira. J’imagine que d’habitude, c’est plus long.

— Pas forcément. Chacun a son propre rythme. Il n’y a aucune comparaison à faire, je vous l’assure. »

D’un geste souple de la main, Eddie fit parvenir jusqu’à elle une feuille à entête avant de rédiger sa prescription. Elle la lui tendit :

« Encore une fois, vous n’êtes forcé à rien, je vous les conseille seulement. Pour votre santé.

— Je sais. »

Ses doigts tremblaient lorsqu’il saisit le papier.

« Je vous dois combien ?

— Le Ministère s’occupe de me régler, ne vous inquiétez pas.

— Et pour la prochaine fois ? Enfin, si…

— Mon secrétaire verra avec vous pour la date qui vous arrangera le mieux. Bien sûr, vous avez la possibilité d’annuler ou de décaler sans avoir à vous justifier.

— D’accord. Merci.

— Merci à vous d’être venu. J’imagine qu’on vous l’a déjà dit, mais faire le premier pas est une grande étape en soi.

— On me l’a dit, oui. »

Sa paume était moite lorsqu’ils se serrèrent la main, et il jeta un dernier regard à la fenêtre en quittant le bureau après les politesses de rigueur.

Eddie se laissa tomber sur l’un des fauteuils gris. Jamais elle ne se serait attendue à ça.

Comme tout le monde, on lui avait conté les exploits du sorcier, et comme la plupart des psychomages en formation, on lui avait parlé des traumas dont souffraient encore beaucoup d’Aurors de l’époque. Si la thérapeute avait traité beaucoup d’employés du Ministère ainsi que des particuliers touchés par n’importe quel type de maladies, jamais elle n’avait rencontré en personne un Auror ayant connu la période sombre de la guerre de Poudlard. Dire que lui n’en était même pas encore un, en ce temps-là.

Une fois l’esprit un peu plus apaisé, elle laissa la magie ranger son bureau, puis fila dans l’entrée prendre son manteau. Loïs s’apprêtait à transplaner.

« Ah tu te décides à sortir ? J’croyais que tu t’en remettrais jamais !

— Dites donc, monsieur Leroy, ça suffit les moqueries ! Je remarque que tu n’es même pas venu voir si ça allait.

— J’suis en retard, et d’habitude t’aimes bien être tranquille, j’te signale.

— Ouais mais là tu savais que j’étais surtout dans les choux. Employé indigne va !

— C’est beaucoup d’efforts, tu n’imagines pas. Bonne soirée, du coup ?

— Ouais, allez-y, toi et ta flemme de marcher.

— Chacun son truc, moi, en fin de journée, j’aime pouvoir rentrer chez moi en quelques secondes.

— C’est c’qu’on dit oui.

— Et puis moi j’habite pas à deux pas ! »

Eddie n’eut pas le loisir de répliquer que son secrétaire avait disparu.

Comme chaque soir, une fois la porte verrouillée, elle vérifia que le sortilège protégeant l’entrée de son cabinet contre qui n’avait pas les bonnes clefs ensorcelées fonctionnait toujours. Ce n’était clairement pas le moment que quelqu’un se décide à voler toutes les informations personnelles qu’elle détenait sur ses patients.

 

***

 

Thé, scones et confitures posés devant elle, la psychomage patientait, un œil sur la fenêtre. À sept heures et demie tapantes, le hibou grand-duc toqua du bec contre la vitre. À sa patte, la une de la Gazette du Sorcier paraissait nerveuse. Le cœur d’Eddie palpita plus vite ; la dernière fois qu’il y avait eu tant d’agitation, les attentats moldus venaient de toucher le monde des sorciers. Tous craignaient de plus en plus les nouvelles à venir, ces derniers temps.

D’un geste sec, elle déplia le journal. Beaucoup de grands responsables du Ministère jetaient des coups d’œil à l’objectif du photographe tout en sortant d’une large salle de réunion. Tant bien que mal, ils cachaient la peur qui suintait de leurs yeux par quelques sourires crispés. Pas très original, le titre soulignait pourtant le sentiment que la photo lui inspirait.

 

LES MAGES NOIRES SERAIENT-ILS DE RETOUR ?

Un de nos journalistes infiltrés confirme les premiers soupçons

Si la vague d’extrémisme avait été contenue en 2019 après les attentats moldus, il semblerait que de nouveaux débordements se soient déroulés dans la campagne anglaise. L’un des lieux de rencontre de supposés mages noirs a été fouillé il y a quelques jours par une équipe d’Aurors parmi les plus reconnus. Les allées et venues des mages, observées en amont, leur a permis d’entrer dans la vieille chapelle après une heure de lutte contre tous les sorts de protection en place.

Il semblerait que les Aurors y aient débusqué la plupart des cachettes et mis la main sur de nombreux grimoires et parchemins de compte-rendu. Aucun nom n’a filtré, pour le moment, et la rumeur veut que chaque mage noir présent à ces assemblées secrètes n’ait de toute façon pas fait l’erreur de l’inscrire sur l’un des documents.

Un sortilège parmi les plus prestigieux mis au point par le directeur du Bureau des Aurors a permis à l’équipe de laisser la chapelle exprimer ses derniers souvenirs. Bien que la plupart des mages présents n’aient, semblerait-il, laissé glisser que peu d’indices sur leurs intentions, il est un détail qui n’a pas pu être contenu entre les murs de la réunion au Ministère : un blason représentant les Reliques de la Mort ornait toutes les capes aux capuches rabattues.

Si les premières rumeurs sur les groupuscules de sorcier parlaient d’attachements idéologiques à Grindelwald, l’on peut maintenant en conclure qu’elles avaient raison.

Le Ministère ne souhaite pour le moment pas communiquer sur ces découvertes, mais il y a fort à parier que cela ne devrait plus tarder.

 

« Ouais, y a quand même beaucoup de conditionnel dans ton article… », maugréa Eddie.

Le thé tiède la revigora à peine ; heureusement qu’elle avait mis au point ce petit rituel du café matinal avec Loïs.

Un parapluie en main, quelque trente minutes plus tard, la psychomage se rendit au travail, laissant son inconscient faire un dangereux lien entre les informations de l’article et les sous-entendus qu’avait laissé échapper Harry Potter la veille. Lorsqu’elle arriva à l’étage du cabinet, elle avait l’estomac noué.

Son secrétaire n’avait pas l’air beaucoup mieux ; l’exemplaire roulé de la Gazette coincé dans la poche de sa veste déjà accrochée au porte-manteau ne laissait place à aucune interprétation. L’air contrit, il lui tendit le gobelet de café, les yeux fixés sur le bureau. Le plus discrètement possible, il se mordit la lèvre inférieure.

« Allez, dis-moi.

— Pardon ? s’enquit Loïs.

— Quand tu fais ça, là, c’est que t’as un truc à me demander.

— Ouais. Mais c’est pas très professionnel.

— Ah. Essaie toujours, et puis je te répondrai. Ou pas. »

Le clin d’œil n’arriva pas à le dérider.

« Est-ce que… Enfin, ton nouveau patient, James, précisa-t-il du bout des lèvres, il débarque hier parce que, clairement, il a dépassé la limite de ce qu’il pouvait supporter, et aujourd’hui, ça, termina-t-il en désignant le journal du menton.

— Et donc ?

— Y a un lien, non ? C’est donc pas qu’un article limite d’un journaliste un peu sensationnaliste qui veut faire du chiffre ? »

Eddie ne parvint pas à être surprise, son inconscient avait trop bien travaillé. Peut-être que celui ou celle qui avait écrit l’article faisait un peu de zèle, mais eux deux possédaient un indice en plus des fuites du Ministère : le directeur du Bureau des Aurors au bord du gouffre.

  
Commenter ce chapitre
Pour commenter, veuillez vous connecter ou vous inscrire.
Licence Creative Commons
ALLEEDESCONTEURS.FR DECOUVRIR L'ALLEE L'ALLEE & CO STATISTIQUES
Les fictions publiées
L'agenda des publications
Les auteurs de l'Allée
Les Trois Rues | la compétition
Foire aux questions
Publier sur l'Allée
Nous contacter
Forums de discussion
LeConteur.Fr
Partenaires & Liens
28 fictions publiées
714 membres inscrits
Dernier inscrit: Lilitor
AlléeDesConteurs.fr ~ 2005-2018