Bienvenue ! S'inscrire Se connecter
Romans Agenda Publier Articles
Les Trois Rues Les Forums L'Equipe

Inscrivez-vous ou connectez-vous

Lecture d'un chapitre
Laisser un commentaire
  
1
Prologue
Publié par L. Williams, le dimanche 25 février 2018

Les clefs résonnèrent dans le couloir lorsqu’Eddie quitta son appartement. Deux escaliers plus tard, elle déboucha sur la rue londonienne bondée en cette heure matinale. Endormis, traîne-la-patte, bienheureux et sportifs se croisaient dans le froid humide des premières journées d’octobre. Les vapeurs d’échappement et les quelques miasmes des égouts faisaient pâle figure face aux fumets exquis de nourriture chaude qui se dégageaient des enseignes. L’odeur du café bataillait fièrement dans la mêlée et Eddie soupira quand la chaleur de deux boissons lui réchauffa enfin les mains.

Quelques immeubles plus loin, elle badgea pour rejoindre son cabinet, trois étages plus haut. Loïs déverrouillait la porte d’entrée quand la psychomage arriva.

«  Eh ben, t’es tombé du lit ?

— Ma fille. Malade. Nounou en urgence.

— Moui. Tu te réveilleras un poil plus avant de recevoir les patients, hein ? Tiens. »

Les yeux bruns du jeune homme, un grand Noir un peu chétif, louchèrent sur le mug en carton. Traits tirés, cernes déjà creusés, il trempa ses lèvres dans le breuvage après avoir retiré consciencieusement le couvercle.

« Donc même crevé tu peux pas t’en empêcher.

— Même endormi. J’crois. Foutu plastique. »

Eddie rit, but une gorgée. Elle posa son café puis alla accrocher leurs manteaux au fond de la pièce avant de fouiller avec frénésie dans les poches du sien. Un ricanement lui parvint.

«  Ça ? interrogea Loïs, un élastique entre les doigts.

— Merci !

— Faudrait que t’en achètes plus.

— Ne juge pas mes préférences pour celui-là, je te prie. »

Il leva les mains en l’air en signe de reddition.

« Si t’en avais besoin, tu saurais, murmura-t-elle d’une voix mystérieuse.

— Ton p’tit élastique n’aurait pas le pouvoir de retenir mon afro, si je laissais pousser. »

Elle le regarda d’un air outré qui signifiait « comment oses-tu dire ça devant lui, il va se vexer, le pauvre », et le secrétaire partit d’un grand rire tout en s’asseyant à son bureau. Chacun des objets dont il avait besoin au quotidien s’élança hors des tiroirs pour se poser devant lui. Il jeta un œil à l’agenda électronique, seul objet moldu imposé par Eddie, puis lança :

«  Premier client à neuf heures. Monsieur Harris.

— Merci. Si jamais la nounou t’appelle pour une urgence, hésite pas, on s’arrangera.

— Pas de souci, c’est gentil. »

Après un clin d’œil, la psychomage fila vers son bureau tout en s’attachant les cheveux en une haute queue de cheval. Du plus loin qu’elle s’en souvienne, ce rituel lui collait à la peau. Déjà en maternelle, les maîtres et maîtresses s’amusaient de la manie. La plupart de ses amies, au fur et à mesure des années, savaient qu’une fois coiffée ainsi, il valait mieux la laisser travailler.

Ç’avait été son seul tic, jusqu’à l’ouverture du cabinet. Là, comme pour entrer pleinement dans le rôle, pour être cette personne qui ne devait plus se focaliser que sur l’autre et tous les soucis charriés à chaque séance, elle avait commencé à se maquiller. Un peu. Histoire d’ajouter de la couleur, de capter le patient ou la patiente, de l’accrocher à son regard, peut-être.

Quand les dossiers du jour se furent placés sur le bureau immaculé, elle ouvrit manuellement le premier tiroir à sa droite pour en tirer un fard à paupières cuivré, légèrement irisé. La psychomage n’avait pas besoin de miroir ; du bout de l’auriculaire, elle caressa la poudre et l’appliqua sur ses paupières brunes. Elle papillonna des cils un moment, apercevant de ses grands yeux marron les particules de maquillage voleter sur le reste de son visage. D’une lingette pour bébé, elle essuya son nez droit et épaté ainsi que ses lèvres pleines, sans oublier son philtrum très marqué qui cueillait souvent les grains cuivrés. Enfin, elle passa la lingette sur ses hautes pommettes qui jamais n’évitaient l’attaque du fard rebelle.

Fin prête, elle s’empara du premier dossier de la pile. Entre deux séances, la thérapeute se forçait à prendre minimum quinze minutes pour relire les notes du dernier entretien. Voire des précédents, si elle trouvait le temps.

La vieille pendule de gare, seul élément un peu décalé de l’espace épuré aux tons clairs, indiqua enfin neuf heures. Deux minutes plus tard, Eddie entendit la porte du cabinet s’ouvrir avant de claquer contre la butée en caoutchouc. Une voix essoufflée s’adressa à Loïs, qui invita monsieur Harris à patienter.

L’agenda électronique bipa par deux fois. Le nom du patient s’afficha en lettres cursives dans l’air : l’avantage de savoir comment bidouiller les objets moldus avec un peu de magie. La psychomage se leva, tira sur sa veste de tailleur sombre, épousseta son pantalon à pince du même ton. Elle déboutonna le haut pour laisser apparaître une chemise vert pomme, vérifia sa queue de cheval, s’appliqua sur le visage un sourire de rigueur, puis poussa la porte du bureau.

«  Monsieur Harris ? Bonjour. Veuillez me suivre, s’il vous plaît. »

 

***

 

Dix-huit heures cinquante-six.

Onze minutes de retard, donc. Il ne lui restait que quatre minutes pour lire les notes du dernier patient de la journée. Crispée, elle attrapa le dossier, constata immédiatement sa légèreté. Aucune feuille ne s’y trouvait, et le nom inscrit sur le rabat ne lui disait rien. Sur le point de notifier Loïs, celui-ci débarqua dans la pièce, un sourire aux lèvres.

« T’allais m’appeler, hein ?

— Je sais pas si je dois m’énerver ou saluer ce pouvoir que tu as.

— J’pense que m’idolâtrer serait suffisant. Bon, monsieur James, je t’en avais parlé lorsqu’il a pris rendez-vous quelques semaines plus tôt…

— Quelques semaines ? s’étonna-t-elle. On n’a pas plusieurs mois d’attente ?

— Si, mais c’est un membre de la cellule psy du Ministère qui l’envoie, du coup, tu vois. J’ai cru comprendre que c’était quelqu’un du Bureau des Aurors.

— Oh.

— Ouais. Si c’qu’on dit sur la panique au Ministère en ce moment est vrai, j’imagine qu’ils n’abusent pas d’avoir un peu forcé. D’ailleurs, ils ont spécifié un rendez-vous en fin de journée, j’ai pas trop compris pourq… »

À travers le battant entrouvert du bureau, ils entendirent la porte du cabinet s’ouvrir. Eddie invita Loïs du menton à retourner fissa à son poste. Il se faufila hors de la pièce tandis que la psychomage ajoutait une poignée de feuilles vierges au dossier et déposait le tout sur la petite table basse entourée de trois fauteuils moelleux gris souris.

L’agenda bipa comme tant de fois auparavant.

La thérapeute ouvrit la porte.

«  Monsieur Ja… »

Malgré elle, le sourire de circonstance fana sur-le-champ.

L’homme aux traits tirés, à la mine sombre, aux cheveux ternes, et à la barbe sauvage qui l’attendait se leva. Lèvres pincées, un peu désolé, il s’approcha et lui tendit la main.

« Bonsoir, madame Eckhart. Navré pour le nom d’emprunt mais… vous comprenez, j’imagine ?

— Tout à fait, articula-t-elle une fois le choc passé. Veuillez me suivre, monsieur Potter. »

  
Commenter ce chapitre
Pour commenter, veuillez vous connecter ou vous inscrire.
Licence Creative Commons
ALLEEDESCONTEURS.FR DECOUVRIR L'ALLEE L'ALLEE & CO STATISTIQUES
Les fictions publiées
L'agenda des publications
Les auteurs de l'Allée
Les Trois Rues | la compétition
Foire aux questions
Publier sur l'Allée
Nous contacter
Forums de discussion
LeConteur.Fr
Partenaires & Liens
28 fictions publiées
714 membres inscrits
Dernier inscrit: Lilitor
AlléeDesConteurs.fr ~ 2005-2018