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2 « Un Obscur Contretemps »
Prologue
Publié par Beatrice Aubeterre, le dimanche 25 février 2018

Orebrune, vingt-quatrième jour du mois de Dajentent.

 

Palin avait retrouvé avec un certain soulagement son antre sombre et exigu sous les combles. Malgré ses inconvénients manifestes, l’endroit restait ce qu’il avait de plus proche d’un logis… L’odeur de bois humide et de fumée lui chatouillait les narines d’un arôme familier. Il avait ôté sa redingote qu’il avait accrochée à une patère et avait enfilé à la place une moelleuse veste d’intérieur élimée. Des pantoufles de cuir souple importées des comptoirs avaient remplacé ses souliers montants. Affalé dans son vieux fauteuil au capitonnage affaissé, il examinait avec attention le carnet entre ses mains.


L’agent de la Couronne dormait bien plus souvent sur le lit d’appoint installé dans un coin de la pièce que dans les chambres des pensions et des hôtels où il séjournait l’essentiel du temps. Il avait depuis des années renoncé à conserver un lieu d’habitation permanent : personne ne l’y attendait, de toute façon. Une adresse connue ne ferait que le mettre en danger ; ici, il pouvait se réfugier dans l’anonymat de sa fonction.


L’entrevue avec son mentor et protecteur lui avait laissé un sentiment de profonde satisfaction. Il ne pouvait que se réjouir de leur identité de vue et de la proximité de leur jugement. Mais alors qu’il n’était qu’un modeste rouage, qui avait derrière lui plus d’années qu’il ne lui restait à en vivre, devant lui se dressait un homme jeune empli d’une irrépressible énergie, en qui il croyait avec une ferveur dont il ne se serait pas pensé capable quelques années plus tôt.


La manière de gouverner de Garaman III et de Ferris aur'Commara, et de tous ceux qui les avaient secondés, s’était imposée comme solide et impérieuse ; mais l’époque avait changé et tout autour de lui évoluait un peu trop rapidement à son goût ; en ces temps incertains, des caractères certes bien trempés, mais peu flexibles n’auraient plus trouvé leur place. Peut-être n’était-ce pas un hasard si les générations intermédiaires avaient souffert de tant de fadeur et de médiocrité… Elles avaient involontairement préparé le chemin pour des personnalités tout aussi brillantes que celles de leurs lointains prédécesseurs, mais assez souples pour s’adapter aux nouveautés, tout en se gardant d’ébranler les fondations d’un passé qui leur servait de socle.


Palin parcourut encore une fois les notes qu’il avait consignées entre les pages réglées de fines lignes à la mine de plomb. Il avait rempli son devoir… et plus, probablement. Il avait recueilli assez d’informations sur le jeune aur’Commara pour dévoiler un destin tragique, qui avait forgé un caractère flamboyant dissimulé sous l’épais manteau d’une réserve naturelle… mais également favorisé des dispositions tout en même temps fascinantes et quelque peu inquiétantes.


Il se demandait quelle voie le mondrad choisirait, si les obstacles qui parsemaient sa route finissaient par l’acculer ? Certes, il s’accrochait aux valeurs militaires et humaines que ses mentors lui avaient inculquées, comme si elles étaient les seules choses l’empêchant de choir dans la pénombre d’un gouffre sans fond. Mais s’il perdait foi en ces principes, de quoi serait-il capable ?


L’hypothèse semblait cruelle… et si Palin – tout comme son protecteur – aimait tout naturellement jouer avec le feu, il ne souhaitait pas pour autant allumer un brasier qui pourrait induire le chaos dans un royaume déjà mal en point. Non, la meilleure des stratégies était de préserver au mieux la pureté adamantine de cet esprit auquel un étrange mélange de lucidité et de candeur conférait une audace si touchante.


Il travaillerait à lever ces obstacles, un par un s’il le fallait, aussi bien à Orebrune que dans les marches dardaniennes… ou, si aucune autre solution n’était possible, à ménager des voies pour pouvoir les contourner.


L’agent de la Couronne tourna les pages noircies de son carnet pour dévoiler le papier vierge. Le symbole de la prochaine étape dans sa tâche ardue et laborieuse…


Avec une résolution renouvelée, il trempa sa plume dans son encrier.

  
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