Bienvenue ! S'inscrire Se connecter
Romans Agenda Publier Articles
Les Trois Rues Les Forums L'Equipe

Inscrivez-vous ou connectez-vous

Lecture d'un chapitre
Laisser un commentaire
  
« Textes longs »
1 « Le Sang des Anges - première partie »
Publié par Beatrice Aubeterre, le jeudi 12 avril 2012

Les larmes sont le sang des Anges

(anonyme)

I will never let you fall

I'll stand up with you forever

I'll be there for you through it all

Even if saving you sends me to heaven…

(The Red Jumpsuit Apparatus, Your Guardian Angel)

https://www.youtube.com/watch?v=Q7Em4fUOrZo

PROLOGUE

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Je m'éveille brutalement.

Couchée sur une surface dure. Ma tête me fait mal.

Je touche mon front à tâtons : je sens un bandeau d'où partent des connexions...

Une substance chaude poisse mes doigts. Je force mes yeux à

s'ouvrir, malgré la lumière qui les agresse.

Du sang.

Mes mains sont couvertes de sang.

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Bérénice s'éveilla brutalement. La maison était plongée dans la pénombre. La pluie martelait avec acharnement les parois de bois, mais ce bruit avait quelque chose de rassurant : elle se sentait à l'abri, protégée.

Ce sentiment ne suffisait pas, cependant, pour faire disparaître les terribles images gravées dans son esprit.

« Lumière », murmura-t-elle.

L'éclairage habilement dissimulé dans les lambris laissa filtrer une lueur tamisée. Elle repoussa la lourde courtepointe et bascula les jambes vers le plancher. Assise sur le rebord du lit, elle passa les deux mains dans la masse emmêlée de sa longue chevelure puis lissa machinalement sa chemise de nuit de coton blanc. Même si elle avait peine à se l'avouer, elle ressentait une crainte sourde à l'idée de se rendormir et de revivre dans ses rêves cette même scène. Plus encore, de la voir se poursuivre.

Elle se leva avec des gestes gourds, tirant du réconfort du contact du plancher de bois sous la plante de ses pieds nus. À pas hésitants, elle se dirigea vers la cuisine en laissant machinalement ses doigts frôler les planches des murs. Le couloir s'illuminait sur son passage, ne laissant aucune zone d'ombre la retenir.

Comme tout le reste de la maison, la cuisine avait été aménagée « à l’ancienne » : une vaste cheminée de pierre couvrait l’essentiel du mur du fond, des ustensiles de métal et de faïences étaient sagement suspendus à des patères et une lourde table de bois, encerclée de chaises assorties, occupait l’espace central. La plupart des équipements modernes se dissimulaient derrière une cloison de lambris. Sur différentes dessertes, le matériel d’art de sa grand-mère gisait, abandonné pour la nuit.

Elle décrocha un mug émaillé de vert tendre et le tint sous la fontaine d’eau chaude, avant de tirer au hasard un sachet de la boîte à tisane où dansait une ronde de castors. Pendant que le sachet infusait, elle appuya ses deux coudes sur la table et enfouit ses mains dans ses cheveux, les yeux fixés sur le récipient, sans vraiment le voir.

Lentement, les fleurs d’hibiscus dont elle ignorait la présence teintèrent l’eau d’un rouge ardent…

D’un rouge sang.

PREMIERE PARTIE

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Mes mains sont couvertes de sang.

Je les tourne devant mes yeux, comme des objets étrangers.

Malgré la douleur dans ma tête, malgré ces câbles qui me retiennent captive, je m’appuie sur mes coudes pour me redresser.

Mon uniforme noir ne révèle rien. Rien que des tâches plus sombres qui luisent légèrement sous la lumière assourdie.

Une odeur fade monte à mes narines : l’odeur du sang.

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Son premier réflexe fut de se lever pour jeter le liquide empourpré dans l’évier, mais elle prit une longue inspiration et le repoussa légèrement, sentant la faïence lui brûler les doigts. Elle ferma les yeux, perdue dans des souvenirs si proches, mais déjà si lointains.

À l'annonce de la mission, elle avait ressenti de l’excitation vaguement nuancée d’appréhension. Enfin, elle allait découvrir ce que ressentaient ses collègues militaires sur le terrain. Berry n’était pas d’un naturel peureux : se laisser équiper d’un implant cybernétique homme-machine était pour beaucoup un pari hasardeux. Moins de trente pour cent des comptech cybernétisés jouissaient d’un fonctionnement optimal de leur implant ; comme elle faisait partie du lot, elle avait toute raison d’être confiante en sa chance.

Ses doigts caressèrent machinalement la discrète interface dissimulée derrière son oreille droite. Un petit cercle de métal ciselé, à fleur de peau, qui était devenue une part d’elle-même deux ans plus tôt. Grâce à cette optimisation, elle avait été intégrée à une équipe des forces spéciales, en tant qu’agent technique. Même si elle pouvait intervenir sur le terrain, en recherchant sur requête légale des informations dans les méandres des mémoires informatiques, elle n’était pas censée faire face à la moindre situation dangereuse.

Elle savait cependant qu’immerger sa conscience au cœur des données numériques n’était pas sans risque ; mais des risques connus et soigneusement évalués ; des risques auxquels ses capacités et sa formation lui permettaient de faire face. Les autres membres de l’équipe n’en étaient pas pleinement conscients ; tout comme elle-même ne pouvait exactement évaluer le danger qu’ils rencontraient sur le terrain. Ce qui les mettait, en quelque sorte, sur un pied d’égalité.

Aussi, quand on lui avait donné l'occasion d'intervenir sur le terrain, elle n'avait pas hésité une minute. Elle savait à présent qu'elle aurait dû refuser, mais le passé était le passé : elle ne pouvait plus le changer.

Elle releva la tête et du bout du doigt, retraça les motifs sinueux du bois. Même éveillée, elle ne parvenait pas à empêcher les souvenirs de la submerger.

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Une odeur fade monte à mes narines : l’odeur du sang.

« Non… NON ! »

Cette voix est la mienne, mais je n’ai pas conscience d’avoir crié.

J’ai l’impression de sombrer.

Une forme se précise dans mon champ de vision. Un visage pâle, des mèches de cheveux sombres. Des yeux verts, terriblement inquiets. Des mains qui appuient sur mes épaules, me forçant à demeurer allongée.

« Tout va bien, Berry. Reste tranquille… »

Mais que peuvent des mots contre la panique qui me submerge ?

Les syllabes rauques déchirent ma gorge :

« Ce sang… Tout ce sang… »

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Berry esquissa un sourire un peu amer : elle avait été si excitée à la perspective de cette mission. L'équipe des Forces Spéciales devait se rendre sur Arcadium et infiltrer clandestinement le bâtiment d'un consortium impliqué dans le pillage de secrets scientifiques. L'ISO avait reçu le feu vert pour fouiller ses locaux, mais les services de sécurité du consortium avaient refusé de coopérer. Comme le temps pressait et que cette affaire devait rester confidentielle, le colonel Alvarez avait accepté la proposition du capitaine Philip Lockhart, son chef d'équipe, de pénétrer de nuit dans le bâtiment et de récupérer les données incriminées.

Le second de Lock, le lieutenant Tobias Kincaïd, n'avait pas manifesté beaucoup d’enthousiasme à cette perspective :

« Lock, tu devrais peut-être faire appel à une équipe d'intervention. Tu ne vas quand même pas tenter le coup avec des gamins qui n'ont même pas soixante-cinq ans à eux trois. Même avec nous et les caporaux pour les couvrir, nous ne savons pas comment ils peuvent réagir sur le terrain. Sans oublier qu'il y a un agent technique dans le lot : elle n'a pas été préparer à ce style d’action. »

Tob. Si prudent, si raisonnable... Trop raisonnable, sans doute, la plupart du temps, de l’avis général.

Pourquoi Lock ne l'avait-il pas écouté, cette seule et unique fois ?

Mais sur le moment, elle avait silencieusement applaudi la réponse de Lock :

« Tob, ils ont besoin de faire leurs armes. Nous ne pouvons pas les garder indéfiniment à l'abri. Carsen est sortie parmi les premiers de sa promotion. Férier fait partie de ces rares comptech à avoir parfaitement réussi l'intégration de son interface. Quant à Guttirez... Si quelqu'un est fait pour ce boulot, c'est bien lui ! Rappelle-toi qu’il a servi pendant presque quatre ans dans les équipes d'intervention avant que je ne le repère pour mon équipe. On ne peut pas le considérer comme inexpérimenté. »

Tob était resté dubitatif. Il ne savait que trop bien que quand Lock avait pris une décision, il fallait des arguments bien plus puissants pour le faire fléchir.

Si seulement il avait pu les trouver...

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

« Ce sang… Tout ce sang… »

« Calme-toi, Berry. Ce n’est pas le tien.»

Pas le mien ?

Ma conscience embrumée reconnaît enfin Cid. Mon amie. Ma « grande sœur ». Ma main poissée de rouge saisit la sienne, encore posée sur mon épaule.

« Qu’est-ce que… »

Ses mots précèdent presque les miens :

« Déconnexion traumatique. Nous contrôlons tes signaux cérébraux. Tu as eu de la chance : tu ne présentes aucun signe de lésion. Juste un peu de tension. Tout va bien. »

Cid n’est pas du genre à mentir.

Mais si tout va bien, d’où vient cette angoisse qui comprime sa voix ?

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Berry n'avait pas gardé en tête tous les détails du briefing. Grâce aux informations des services de la Sécurité civile d'Arcadium, rectifiées par quelques éléments issus de transfuges du consortium et d'observateurs locaux, l'ISO avait pu constituer un plan précis du bâtiment et en déduire les dispositifs de sécurité auxquels ils devaient s’attendre.

Le complexe se trouvait isolé au milieu d'une vaste propriété ; l'équipe pourrait exploiter les systèmes furtifs de sa navette, le Paragon, qui se poserait au plus près du bâtiment. Le but était de parvenir à pénétrer discrètement dans le bâtiment pour infiltrer Berry dans la salle de contrôle informatique. Une fois branchée sur le système central, elle pourrait récupérer les données et injecter une routine qui empêcherait l'ennemi d'accéder à ses propres informations pour les effacer.

La jeune fille faisait partie de l’équipe depuis moins d’un an et déjà, on lui offrait un premier rôle. Bien entendu, durant l’essentiel de la mission, elle ne serait qu'un bagage précieux mais encombrant, mais la réussite ultime de l'opération dépendait intégralement d'elle.

Son enthousiasme de star nouvellement couronnée avait été mis à rude épreuve durant le briefing : tous les dangers auxquels ils devraient potentiellement faire face, soigneusement décrits et commentés, avaient éveillé en elle une appréhension qu'elle s'était efforcée tant bien que mal de masquer. Elle savait que si Lock la voyait manifester le moindre doute, il renoncerait à l’emmener.

Berry n'avait jamais eu l’occasion de participer aux préparatifs de ce genre d’expédition. Elle devait avouer qu'elle avait été impressionnée par les compétences de ses camarades ainsi que par la manière dont chacun d’eux faisait profiter les autres de son domaine d’expérience : Lock et sa connaissance des réseaux criminels, Tob et sa compréhension des points réglementaires, Cid et sa vision toute militaire, le sergent Ramon Guttirez et son expérience dans les Forces d'Intervention, les caporaux Burke et Aden et leur longue pratique du terrain... Elle avait pu apprécier leur finesse d'analyse et les remarques judicieuses qu’ils étaient susceptibles

de formuler.

Berry avait toujours placé le savoir technologique au-dessus de tous les autres domaines de connaissance : après tout, c'était la science qui avait élevé l'homme au-dessus du singe moyen et qui faisait tourner le monde à peu près rond. Pour la première fois de sa jeune vie, elle éprouvait une certaine humilité devant la maîtrise dont faisaient preuve ses compagnons.

Elle avait quitté la salle un peu rassurée : six des meilleurs professionnels de l'ISO seraient déployés autour d'elle, autant de gardes du corps dévoués à sa sécurité... Elle ne devait pas les décevoir. Pas une seule seconde, elle n'avait pensé qu'un garde du corps était, avant tout, celui qui se mettait dans la ligne de tir à votre place.

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Si tout va bien, d’où vient cette angoisse qui comprime sa voix ?

Je ferme les yeux. Je ne sais toujours pas où je suis mais cela m’indiffère. Si seulement je pouvais me rappeler…

Mais il n’y a rien. Rien que l’altercon, puis ce grand flash douloureux.

Peu à peu, je prends conscience de bruits autour de moi. Le ronronnement de propulseurs. La respiration tendue de Cid. Plus loin, des bribes de paroles, les alertes de machines, la rumeur désordonnée d'un groupe affairé.

Je rouvre les yeux : Cid regarde par dessus son épaule. Je me redresse de nouveau, pour tenter de voir ce qui se passe de l’autre côté de l’allée.

Une haie de dos noirs bloque ma vue. Une voix grésille sur le canal de com, interrogative. Indistincte. Mais la réponse est claire :

« ETA : 12 mn. Nous avons un blessé grave. »

Les mots pénètrent mon esprit comme autant de stylets…

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

En laissant ses doigts parcourir machinalement ses joues, elle les découvrit trempées de larmes. Parviendrait-elle un jour à laisser derrière elle ces terribles instants ?

Ils avaient pénétré dans l'immeuble du consortium, quasiment invisibles dans leurs tenues légères d'intervention, sombres et curieusement mates, comme si elles avaient été fabriquées à partir de la substance même des ténèbres. Les cagoules dissimulaient la pâleur de leur peau, les fines lunettes de vision infra-rouge l'éclat de leurs yeux. Ils étaient devenus des créatures de la nuit. Des créatures de nuit.

Elle avait détourné les yeux quand les caporaux, reconnaissables à leur large stature, avaient sans bruit maîtrisé les vigiles. Elle savait que les hommes n'étaient qu'endormis... sonnés, tout au plus, mais ces actes demeuraient des agressions physiques caractérisées. Elle avait peine à admettre que ses collègues pouvaient agir de la sorte, même par nécessité.

Par contre, elle avait observé avidement quand Tob et le sergent Guttirez avaient employé un matériel sophistiqué pour repérer et désactiver les dispositifs de sécurité. Elle avait été trop prompte à croire que, parce que la technique n'était pas leur domaine de prédilection, ils avaient tendance à en négliger l'utilité.

Un par un, ses gardes du corps s'étaient séparés du groupe pour tenir les positions stratégiques dans le bâtiment, afin d'éviter toute intrusion.

Comme prévu, elle s'était retrouvée en la seule compagnie du « chevalier servant » que Lock avait désigné pour être son ultime protecteur, et qu’elle avait plaisamment surnommé « messire Galaad ». L’intéressé avait apprécié la référence en connaisseur, acceptant le sobriquet avec le sourire.

Après le briefing, Lock l'avait prise à part pour lui demander si cet arrangement lui convenait. Elle n'avait pas compris cette question : pourquoi aurait-elle remis en cause la compétence d'un de ses coéquipiers ?

Elle réalisait à présent à quel point elle s'était fourvoyée sur le sens de sa question.

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Les mots pénètrent mon esprit comme autant de stylets…

Les dernières brumes se déchirent. Je suis à bord du Paragon, dans le petit « salon de repos » convertible en infirmerie.

L’équipement médical dissimulé dans les parois a été déployé. Au-dessus des hommes affairés, s’entremêle une jungle de tubes et de câbles ; l’ordinateur de diagnostique diffuse alarme après alarme.

« Son rythme cardiaque s’est encore accéléré…

— Il faut le stabiliser…

— Burke, transmets son profil médical à la base-relais !

— Lock, tu es sûr que...

— C’est une urgence, on s'en fout, de leur putain de secret d’état ! »

Cid se tourne de nouveau vers moi. Ses yeux brillent un peu trop, ses lèvres tremblent.

«Tout ira bien, prononce-t-elle, comme pour s’en persuader. Tout ira bien, tu verras…»

Mais je vois bien qu’elle peine à le croire.

Une terreur sourde s'empare de moi...

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Berry se redressa et agrippa des deux mains le rebord de la table, en prenant une longue inspiration. Si seulement elle avait pu recevoir un avertissement, une prémonition... Mais non, tout s'était déroulé si parfaitement. Comme dans une course où chaque obstacle passé rendait plus confiant de franchir le suivant et d'arriver au bout de l'épreuve.

Quand l’équipe était arrivée sans encombre à la salle de contrôle informatique, dans la semi-pénombre étrangement nuancée par les voyants multicolores qui clignotaient un peu partout, ils avaient ôté lunettes et cagoules. Les cheveux de Berry, hâtivement noués, s’étaient déliés et répandus sur ses épaules. Elle les avait hâtivement relevés, cambrant légèrement son corps mince gainé de noir. L’adrénaline courait à plein débit dans ses veines. Elle ne s’était jamais sentie aussi

intensément vivante.

Elle pouvait quasiment sentir le regard de son compagnon peser sur elle. Machinalement, elle s’était retournée, admirant le jeu des lumières intermittentes sur sa silhouette élégamment musclée, sur les reliefs ciselés de son visage. La tête légèrement penchée sur le côté, son arme entre les mains, il lui avait adressé un sourire :

« Pourquoi Galaad ? » lui avait-il demandé subitement, avec un regard limpide et interrogateur.

Un peu surprise, elle avait laissé retomber ses bras, relâchant sa chevelure en cascade dans son dos.

« Parce ce qu’il était le meilleur des chevaliers. Le plus pur d’entre les purs… », avait-elle répondu, comme une évidence.

Il n’avait pu s’empêcher de rire doucement, avant d’ajouter avec un haussement de sourcils :

« C’est ainsi que tu me vois ? »

La question l’avait prise de cours. Était-ce ainsi qu’elle le voyait ? Elle se trouvait bien en peine de répondre. À chaque fois qu’elle posait les yeux sur lui, au gré des circonstances, du jeu de la lumière et de ses propres humeurs, la perception qu’elle avait de lui changeait subtilement.

Ce qu’elle voulait être pour lui.

Ce qu’il pourrait être pour elle.

« Je… je ne sais pas… »

C’était tout ce qu’elle avait réussi à sortir. Sentant son trouble, il avait désigné du menton le panneau de connexion :

« Allez, au travail, nous ne sommes pas ici pour bavarder ! » avait-il lancé sur un ton qui imitait si parfaitement les accents sévères de Tob qu’elle avait eu du mal à se retenir de rire à ce trait d’humour inattendu.

Puis un sourire chaleureux et rassurant avait joué sur ses lèvres :

« Nous reprendrons cette conversation plus tard. Vas-y, j’assure tes arrières ! »

Et c’était ce qu’il avait fait. Mais à quel prix…

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Une terreur sourde s'empare de moi...

Les souvenirs refluent dans mon esprit. Avant la pénombre, avant le flash, avant l’altercon.

Un sourire. Un regard d’encouragement. Des paroles rassurantes.

Cette troublante proximité née du danger partagé.

« Vas-y, j’assure tes arrières ! »

Et après…

Les images fantasmées sont pires que la réalité. Quelque chose se rompt dans ma conscience, des flots tièdes se déversent sur mes joues.

Soudain, je regrette la confusion de l’ignorance.

Mais c’est plus fort que moi.

Je dois savoir !

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Le danger, bien que réel – ou peut-être parce qu’il était bien réel –, comportait quelque chose de grisant. Dans cet îlot technologique en plein cœur du territoire ennemi, Berry avait eu le sentiment de fonctionner enfin au maximum de ses possibilités, voire plus encore. En laissant son regard peser sur son compagnon, elle s’était demandée s’il partageait cette euphorie ; il était fort probable que son expérience, sa formation, sa nature même tempéraient les effets qu'une telle situation pouvait avoir sur lui. Elle s’en était sentie presque peinée.

Elle s’était avancée vers le siège situé devant les modules d’interface, avait tiré de son sac à dos son interface de sécurité et commencé les tests techniques. Après s’être confortablement installée, elle avait repoussé sa chevelure pour dégager le port de branchement de son implant cybernétique homme-machine, juste à l’arrière de son oreille et opéré la connexion.

Il la fixait toujours, comme pour l’assurer de sa présence tant que sa conscience appartenait encore un peu à ce monde. La couleur de son regard était curieusement dénaturée par la lueur des voyants, mais sa troublante limpidité restait préservée…

Qu’avait-il songé en la voyant ainsi faire corps avec la machine, non seulement sur le plan physique, mais plus encore, par l’esprit ? La jugeait-il étrange, inhumaine peut-être ? Non, pas lui. Jamais. Dans le monde où ils vivaient, le concept d’humanité s’effilochait sur les bords, là où s’aventuraient les êtres humains cybernétisés ou génétiquement modifiés.

Ceux qui demeuraient, par nature ou par prudence, dans la zone de sécurité avaient besoin de comprendre ce que des êtres différents d’eux pouvaient leur apporter. Ces derniers avaient tout autant besoin de se sentir partie prenante de cette foule qui les observait avec curiosité ou suspicion, qui parfois les tenait à l’écart par crainte et incompréhension.

Mais dans l’équipe, les choses se passaient différemment. Ce n’était pas que les préjugés étaient absents, mais chacun tâchait de lutter contre ces notions avec une foi sincère. Humains classiques, genhum, humains cybernétisés, extra-solaires… Ils avaient appris à s’accepter pour pouvoir fonctionner ensembles. Pour prendre soin les uns des autres. Rassérénée par ses pensées, elle avait renversé la tête en arrière, fermé les yeux et laissé sa conscience dériver...

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Je dois savoir !

Le sang répandu et l'anxiété des autres témoignent seuls du drame qui s'est pourtant déroulé près de moi... à cause de moi. Les images fantasmées sont souvent pires que la réalité.

La main de Cid est encore agrippée à la mienne. Mais je ne sais qui de nous deux cherche le plus de réconfort.

« Qu’est-il arrivé ? »

L'hésitation fait place au silence, le silence se prolonge ; ses yeux témoignent de l'angoisse, de la détresse de ceux qui sont condamnés à assister passivement à la souffrance des autres.

Enfin, ses paupières s'abaissent et les mots, neutres et vides d'émotion, trouvent un chemin vers ses lèvres.

« Il y avait une issue non répertoriée... Ils nous ont court-circuités. Ils étaient quatre. Tous armés. Ils vous ont trouvés avant que nous puissions les intercepter... »

Ces hommes avaient pour mission de protéger les données. La mienne était de les leur soustraire.

J’étais leur cible, dans une pièce où il n’y avait aucun endroit pour se mettre à couvert. Et mis à part les conséquences de cette déconnexion brutale, je suis indemne.

Soudain, tout devient terriblement limpide, effroyablement logique.

« Il m’a protégée de son corps… »

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

En toute confiance, Berry avait laissé son esprit pénétrer ce monde étrange que l'on avait, faute de mieux, nommé altercon. Dans cet état de conscience alternatif, plus aucune des sensations du monde extérieur ne pouvait lui parvenir. Son corps devenait aussi vulnérable que celui d'un nouveau né endormi.

Pendant un moment, les lueurs résiduelles des voyants avaient joué sur ses rétines, avant de s'évanouir lentement. Un nouveau monde s’était recréé autour d'elle, qu'elle ne pouvait appréhender qu'à travers ce sens étrange qui n'appartenait qu'aux comptech cybernétisés. Un sens qui transformait les données en montagnes, en canyons et en torrents qu'elle sentait se dresser, se mouvoir, la frôler, s’enrouler autour d’elle... Elle se mouvait dans cet univers sans être soumise à la pesanteur ni à aucune des contraintes terrestres, volant et bondissant au gré de sa volonté, au fil des flux numériques.

Cet univers était le sien. Il n'était pas dénué de dangers, mais des dangers qui présentaient à ses yeux une familiarité suffisante pour qu'elle se sente tout à fait prête à les affronter, sans appréhension excessive. De temps à autres, elle laissait certaines données effleurer ses sens ordinaires, fragments d’images, de sons qui volaient autour d’elle comme des nuées désordonnées jusqu’à ce qu’elle puisse identifier ce qu’elle cherchait réellement. Les algorithmes de décryptages chargés dans son implant faisaient disparaître les barrières les unes après les autres. Elle écartait les chausse-trappes, déjouait les pièges, terrassait les virus qui la menaçaient de leurs épines. Elle se sentait puissante, invincible. Comme dans les rêves, le temps s’écoulait différemment dans l’altercon.

Elle n’aurait su dire combien de temps elle avait passé à explorer les entrailles de l’ordinateur, mais le voyage avait paru trop rapide à son goût. Quand elle avait trouvé les données recherchées et lancé leur déplacement vers son implant, suivi de la mise en place des verrous qui bloqueraient l’accès des techniciens à leurs propres espaces, elle avait ressenti la satisfaction du travail accompli et un peu de déception que tout soit pour ainsi dire terminé. Le reste n’était plus que routine…

Mais dans le monde réel comme dans l’altercon, elle demeurait elle-même, Bérénice ; soudain privée de préoccupations plus immédiates, elle avait laissé son esprit vagabonder de nouveau autour de la figure de son protecteur d’une nuit. Tandis qu'elle luttait contre les dragons de l'altercon, elle avait laissé son protecteur, son « messire Galaad », affronter les dragons de la réalité.

Et Bérénice, tout à la fois chevalier et princesse, devait-elle se résoudre à une austère fraternité d’arme ou se livrer au fantasme d’un chaste amour courtois ? Était-il déraisonnable, voire malsain, de songer à plus ?

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

« Il m’a protégée de son corps…»

Cid ne répond pas, se contente de dévier son regard, sans toutefois se retourner totalement vers le groupe absorbé dans la tâche majeure de sauver une vie.

Je ferme brièvement les yeux : une image se forme dans mon esprit… Aussi réelle que si je l’avais vue.

Celle d’une forme brisée pressée contre la mienne, percée de blessures dont s’écoule un sang qui semble presque noir dans la lueur erratique des voyants lumineux.

Un sang qui, lentement, trempe mon corps inerte, mon uniforme sombre, la peau de mon visage et mes mains dégantées, les longues mèches de ma chevelure pâle.

L’image est trop intolérable ; mes paupières se relèvent d’elles-mêmes.

Des fins sillons humides brillent sur les joues pâles de Cid.

« Il… il a réussi à en abattre deux et en toucher un troisième avant que le dernier ne prenne l’ordinateur pour cible et ne tire… vers le port de connexion. »

Le flash. La pénombre.

Déconnexion traumatique.

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Tout comptech, tôt ou tard, vivait l’expérience désagréable d’une déconnexion brutale. Dans la plupart des cas, la coupure subite des échanges de données s’apparentait à un mauvais réveil : les sens naturels n'avaient pas le temps de reprendre leur empire sur le corps. Il s’ensuivait une pléthore d’effets désagréables : désorientation, vertiges, nausées… Même s’ils mettaient du temps à s’effacer, ils ne présentaient aucune gravité en soi. C’était juste un mauvais moment à passer, dont on pouvait atténuer l’inconfort par le repos et quelques médications légères.

Une déconnexion traumatique était toute autre chose. Si un flux électrique important se trouvait détourné vers un câble transmettant les données, il pouvait atteindre l’implant de l’interface homme-machine et soumettre le cerveau du comptech à une dangereuse surtension.

Dans ce cas, la déconnexion était le moindre de ses soucis. Les effets pouvaient aller d'une simple perturbation des échanges électriques dans le cerveau à la destruction des connexions nerveuses. D'une « simple » crise d'épilepsie à un état végétatif permanent. Comme tout accident majeur, la déconnexion traumatique arrivait rarement... et toujours aux autres. Les interfaces de sécurité étaient conçues pour absorber l’essentiel de ces surcharges, mais elles ne faisaient, en fait, que minimiser les dégâts.

Machinalement, Bérénice porta la main à l'interface de son implant. Ses doigts s'attardèrent sur le léger relief de la prise émergeant de la peau duveteuse à la naissance des cheveux, juste derrière son oreille. Elle s'en était bien tirée. Très bien tirée.

Quand l'équipe l'avait retrouvée, elle était encore secouée de convulsions, les yeux révulsés ; un filet de bave s'écoulait de sa bouche, se mêlant au sang qui maculait son visage. Personne ne lui avait décrit cette scène... Mais quand un comptech envisageait l'opération qui lui permettrait enfin de ne faire plus qu'un avec les systèmes qui constituaient sa passion et sa vie, les neurochirurgiens spécialisés s'assuraient qu'ils comprenaient bien les risques encourus, au-delà de la

fascination et de l'ivresse de la plongée dans l'altercon.

Des films arrachés à des caméras de sécurité qui avaient accidentellement capté ces drames leur étaient présentés, afin qu’ils saisissent ces désastres dans toute leur ampleur, toute leur horreur… toute leur disgrâce. Elle avait même craint un moment qu'on ne les conduise dans une des unités de soins intensifs où des techniciens dont le brillant cerveau avait été à jamais privé de sa fulgurance étaient péniblement maintenus en vie.

Les images suffisaient bien assez à écarter les moins motivés des candidats et à prévenir les autres de l'importance capitale des mesures de sécurité. C'était une leçon difficile à oublier...

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

Déconnexion traumatique.

Cid garde le silence ; l'émotion rend sa respiration irrégulière et forcée. Les mots passent avec peine ; elle doit les arracher un par un de sa gorge trop serrée. Fidèle à son devoir, fidèle à elle-même – ce qui pour elle semble du pareil au même, elle prend à cœur le devoir de dire tout ce qu'il y a dire.

« Il a débranché ton implant… en se couvrant comme il pouvait. »

Une longue inspiration...

« Il était probablement déjà blessé. Mais assez conscient pour faire le nécessaire. »

Une pause, presque en apnée.

« Au niveau de l'interface de sécurité, comme tu nous l'as appris. Les trois stades de procédure. Puis l'interface proprement dite. »

Une nouvelle inspiration, plus longue...

« C'est à ce moment-là qu'il a dû être touché pour la seconde et la troisième fois. »

Je demeure muette. Je ne trouve rien à dire. Malgré les pensées qui tournent dans ma tête douloureuse, dans une étrange sarabande de fascination et de désespoir.

Combien de mes coéquipiers auraient pensé à le faire ?

Se seraient-ils même souvenus comment faire ?

L’auraient-ils fait au péril de leur vie ?

« Il t’a sauvée, Berry. »

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Quand Berry avait intégré l'équipe, Lock avait tenu à ce que chacun des autres membres apprenne la procédure à appliquer si un danger potentiel venait à la menacer en cours de connexion. Non seulement les gestes à effectuer, mais la raison derrière chacune de ces étapes. Sans cette préparation aux plus sombres éventualités, elle ne serait plus qu'un corps végétatif, privé à jamais son esprit vif-argent. Morte. Pire que morte.

Elle savait qu'un jour, sa sauvegarde pourrait dépendre totalement d'un de ses compagnons. Mais elle n'avait pas réalisé que ça pourrait être à ce prix. Depuis cette terrible nuit, à chaque minute d'éveil, et même au plus profond de son sommeil, la culpabilité la rongeait lentement.

Machinalement, elle referma ses deux mains autour du mug émaillé, surprise de constater que le métal était à présent à peine tiède. Ses pensées l’avaient éloignée de la réalité bien plus longtemps qu’elle ne l’avait supposé. Les tisanes froides l’écœuraient ; elle avait à présent une raison valable de se débarrasser de ce liquide pourpre dont la seule vue lui remuait les entrailles. Elle recula ses jambes engourdies sous sa chaise et prit appui sur la table pour se lever. Une extrême lassitude alourdissait tout son corps.

Une fois debout, elle demeura immobile, une main posée sur le dossier, sans pouvoir se résoudre à aller se recoucher. Le visage pâle, angoissé de Cid flottait devant ses yeux : avec le recul, elle se sentait reconnaissante de l'inconscience profonde dans laquelle l'avait plongée la déconnexion. Elle n'était pas militaire, elle n'avait reçu qu'un entraînement de sécurité plus que succinct. Elle n'avait qu'une vague idée des dégâts que pouvaient provoquer une arme, même de petit calibre.

Trois projectiles frappant un corps à pleine force, transperçant la peau, déchirant la chair, ouvrant les veines, fracassant les os. Épargnant par pur miracle les organes vitaux. Mais quand le reste de l'équipe s'étaient rué dans la petite salle, le sang qui s'échappait à flots des blessures avait commencé à emporter une vie en se déversant sur le sol.

À cette pensée, elle se sentit prise de nausée. Elle plaqua une main sur sa bouche, contenant la bile brûlante qui remontait le long de son œsophage, mais pas les larmes qui inondèrent ses joues.

Horizon, Planète Arcadium, 12 avril 2351.

« Il t’a sauvée, Berry. »

Une longue pause. Enfin, elle poursuit, d’une voix aussi ténue que la mienne :

« Il a réussi à avoir le dernier avant de… de perdre connaissance. Il te couvrait de son corps. C’est pour cela que… »

Elle ne parvient pas à poursuivre. Mais je connais déjà les mots qu’elle n’a pas prononcés.

« Que je suis couverte de son sang… »

Cid baisse les yeux.

Je perçois de nouveau les voix désincarnées, de l’autre côté de l’allée.

« Son état semble stabilisé. Pour l'instant. Il faut avertir la base relais pour qu’elle prépare une intervention d’urgence.

— Je m’en occupe. »

L’un des dos anonyme se retourne, prend un visage connu. Des yeux gris pâle se posent sur moi. Les yeux fatigués et inquiets de

notre chef d’équipe.

« Cid, comment va-t-elle ? »

La voix de Lock est aussi fatiguée et inquiète et que son regard.

« Ça peut aller, répond Cid. Elle est consciente et cohérente. »

Il passe une main sur son visage.

« C’est déjà ça. Est-ce qu’elle sait… »

Cid hoche la tête avec un peu d’hésitation.

Je secoue la tête, en maudissant ces câbles qui me retiennent.

Je ne veux pas qu’ils parlent de moi comme si je n’étais pas là.

Je ne veux pas qu’ils s’inquiètent pour moi alors que l’un des nôtres lutte contre la mort.

« C’est à cause de moi… »

Province du Québec, Canada, planète Terre, 26 avril 2351.

Elle inspira profondément, luttant contre la nausée, la sentit lentement refluer. La réalité de l’instant présent reprenait doucement ses droits. Une douce odeur de bois ciré et de plantes séchées flottait dans la pièce. La pluie s'était légèrement calmée et les gouttes frappaient le toit en un motif régulier, apaisant. Les aiguilles de la pendule à l'ancienne indiquaient presque trois heures du matin. Contrairement à la plupart des gens, Berry pouvait la déchiffrer d'un bref coup d'œil ; elle sourit légèrement en se souvenant du temps passé en compagnie de sa grand-mère, à en acquérir les arcanes.

Elle essuya soigneusement ses joues et baissa les yeux vers le mug qu’elle tenait toujours à la main, les doigts crispés sur la poignée. Elle se redressa et, sur des jambes qui la supportaient à peine, marcha jusqu’à l’évier et versa la tisane dans la cuvette d’émail blanc. Elle regarda le liquide couler avec nonchalance vers le siphon : non, l’infusion de fleurs d'hibiscus, limpide, légèrement rosée, ne ressemblait pas à du sang, très loin de là.

Elle ouvrit le robinet, regarda l’eau en chasser les derniers filets, puis rinça maladroitement le mug, sans parvenir à éviter les éclaboussures qui trempèrent rapidement les manches longues et le devant de sa chemise de nuit. Elle devait regagner son lit et tâcher de dormir, ou la fatigue ensablerait ses yeux et alourdirait ses membres la journée durant.

Elle pivota sur elle-même et esquissa quelques pas vers la porte, mais la crainte d’être de nouveau saisie par l’angoisse la figea. Ses lèvres se relevèrent en une courbe sinueuse quand elle songea à l’analyse ampoulée que Kenneth Burban, le psychologue du Centre médical de l’ISO, aurait faite de son malaise si elle s’était résolue à le consulter.

Stress post-traumatique.

Sentiment de culpabilité.

(Presque) syndrome du (presque) survivant, même si personne n’était mort – mis à part leurs agresseurs.

Natacha Vinnitskaïa, la responsable du Centre, lui avait fermement conseillé de prendre un rendez-vous avec Burban, mais Berry avait repoussé la proposition. Non par arrogance, mais par crainte.

La crainte de voir exposés ses secrets.

La crainte d’y être confrontée.

Messire Galaad. Le surnom semblait si bien lui correspondre. Avant de le connaître, jamais elle n’aurait cru qu’un homme pouvait prétendre à la perfection. Mais même le plus pur des chevaliers appartenait à ce monde. Tandis que lui… Son esprit complexe et brillant s’apparentait à une essence savamment distillée. Sa beauté physique témoignait tout à la fois sa finesse comme sa force, le récipient ciselé de cette précieuse essence. Il appartenait à peine à ce monde.

Pas un chevalier.

Un Ange.

Elle n’usait pas habituellement de superlatifs aussi littéraires. Elle se considérait comme une fille simple, sans complexes ni complications. Elle feignait une désinvolte camaraderie, avec juste cette touche d’ambiguïté assumée qui sous-tendait bien souvent l’amitié entre garçon et fille. Mais ce n’était qu’une apparence, une illusion pour masquer son désir, si peu, si mal refoulé.

Le désir à cause duquel, sur Arcadium, le sang d’un Ange avait coulé...

  
Commenter ce chapitre
Pour commenter, veuillez vous connecter ou vous inscrire.
Licence Creative Commons
ALLEEDESCONTEURS.FR DECOUVRIR L'ALLEE L'ALLEE & CO STATISTIQUES
Les fictions publiées
L'agenda des publications
Les auteurs de l'Allée
Les Trois Rues | la compétition
Foire aux questions
Publier sur l'Allée
Nous contacter
Forums de discussion
LeConteur.Fr
Partenaires & Liens
28 fictions publiées
715 membres inscrits
Dernier inscrit: Lilitor
AlléeDesConteurs.fr ~ 2005-2018