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Publié par Aislune S., le samedi 18 mai 2019

Au fur et à mesure des heures qui suivirent, le climat changeait : de la neige tombait par intermittence, en gros flocons laiteux prêts à fondre sur le moindre organisme à sang chaud. Des nuages à l’aspect grumeleux envahissaient le ciel dévoré par une aube presque inexistante. Naëjan n’aimait pas trop les régions glaciales, mais il s’y accommodait sans problème. Les naga n’assistaient pas les humains en général, ils évitaient toute forme de contact avec eux. Les derniers en date étaient chargés d’hostilité. Naëjan trouvait cette espèce trop arrogante.

Il se cacha dans un bosquet assez vaste et se métamorphosa en humain à nouveau. Il contempla l’horizon. Au-delà d’un grand champ rempli de neige, il aperçut de la fumée.

Le village est par là.

Le naga commença à s’engager en tendant les mains devant lui. Une lueur orangée s’y logeait et embrasait le manteau immaculé pour créer un chemin.

Soudain, ses oreilles perçurent des cris déchirants. Il ne releva même pas la tête : il fonça en s’aidant d’Harmagan, son spiritès de l’air.

Les hiverlyns tournèrent en cercle, puis fondirent sur lui, prêts à cracher leur souffle mortel, la gueule ouverte. Heureusement, il les évita de peu et se faufila dans un fossé. Il invoqua de la glace au-dessus de lui pour se protéger le temps que les oiseaux partent chercher une autre victime. Enfin, il se recroquevilla en position du fœtus. Pendant ce temps, son âme se détacha de son corps, telle une fumerolle, et vagabonda un peu afin de guetter le moment où les hiverlyns décideraient de quitter les lieux.

Trois heures plus tard, lorsqu’il sortit de sa cachette et se glissa à nouveau dans le bois, le soleil était déjà haut dans le ciel. Il n’avait pas beaucoup progressé à cause des hiverlyns. Depuis combien d’heures se terrait-il ici ? Cela se comptait en semaines au moins. Il avait eu beau user de ruses, ces oiseaux de malheur revenaient toujours à la charge, comme s’ils l’attendaient ! Pourtant, il devait trouver un moyen de…

Son regard fut attiré par un éclat sur sa gauche. L’horizon était dégagé, le manteau blanc de flocons scintillait, mais ce que ses pupilles avaient aperçu possédait une aura beaucoup plus pure. Naëjan se concentra davantage et ajusta sa vision. Il put distinguer une forme gelée et recouverte à demi par la neige. Prudemment, il sortit des fourrés et s’approcha. Au diable les hiverlyns ! De sa main, il ôta la fine pellicule givrée, pour se retrouver face à deux yeux stupéfaits et à un visage de glace. Il sentit une essence familière émanant de la victime.

Une Âmel... mais que fait-elle ici ?

Il ne réfléchit pas plus ; il posa ses doigts sur le corps emprisonné et fit appel à deux de ses spiritès. Une chaleur sèche naquit entre ses paumes. Il utilisait une énergie très complexe, issue de l’interaction entre les particules positives et négatives de WY, son spiritès de l’éther. Un prénom atypique puisque le Nativi concerné appartenait à une espèce humanoïde descendant d’une forme d’intelligence artificielle qui, au fil des siècles, avait développé ses propres émotions, son libre arbitre… WY avait été un Machinex. Harmagan, lui, prêtait ses molécules d’azote et de dioxygène afin d’alimenter le phénomène.

De petits éclairs, sans teinte précise, sinuèrent autour du naga et de l’Âmel et les entourèrent comme pour former une bulle. Ils crépitèrent à une cadence régulière.

La vision de Naëjan vacilla ; tour à tour, il vit des ombres blanches et noires fondre les unes dans les autres, se séparer ou s’affronter devant ses yeux, qu’il avait pourtant fermés. Puis tout cessa. Il tomba à genoux. Instinctivement, il reprit son apparence de naga pour recouvrer des forces et souleva une femme d’âge mûr, aux longs cheveux couleur de lune. Il ne devait pas rester ici. Il fallait qu’il trouve un abri.

Sans tarder, il s’enfonça dans les bois et marcha un moment. Ensuite, il allongea l’inconnue sur de la mousse, au pied d’un gros épicéa, le temps de plaquer ses mains au sol et de faire jaillir de grandes feuilles pour créer un cocon dans lequel il la déposa ; les végétaux préserveraient la chaleur de son corps, déjà si basse... Enfin, le naga se posta à côté pour veiller à sa sécurité. Il attendrait que cette Âmel se réchauffe un peu. Après, il comptait retrouver le lieu où elle habitait. Maintes questions tournoyaient en son esprit.

 

 

***

 

 

Le Fléau leva les yeux vers le ciel plutôt livide aujourd’hui. Du moins, dans la zone où il se terrait pour le moment. Son estomac repu ne le tourmentait plus. Il pouvait pleinement se concentrer sur son objectif.

Au sein de lui, assommé par cette énergie qui avait fait défaut au Fléau jusqu’à présent, Herin somnolait. Il ne reprendrait pas le contrôle tout de suite.

Le Fléau savait qu’il recroiserait la fille qu’il traquait sans relâche ; impossible pour elle de fuir. Sa quête était de retrouver le Fragment… tout comme lui. Leur intérêt commun aurait pu les réunir. Il n’en était pas ainsi. Ils s’étaient déjà rencontrés à plusieurs reprises par le passé et, à chaque fois, il avait tenté de l’anéantir. Elle avait sans doute récupéré une grande partie de ses souvenirs de ces affrontements depuis qu’elle avait résolu son Secret au Village des Songes Endormis.

Un rictus amer fleurit sur les lèvres de l’hôte forcé que le Fléau possédait. Soudain, alors qu’il ressassait son dernier échec, il se raidit comme si de l’eau glacée s’était répandue sur lui. Une présence, non loin de...

Encore ces maudits errants ! Allez-vous-en !

À peine l’injonction formulée dans ses pensées, la curieuse sensation disparut. Le Fléau grogna ; il n’aimait pas être dérangé, surtout par des créatures qu’il ne pouvait ni contrôler ni toucher.

 

 

***

 

 

Avec un émerveillement sans pareil, Julie contemplait le ciel qui se colorait de mauve et de rose pastel. L’aube avait commencé sa danse séductrice afin de conquérir l’horizon. Au lieu d’une petite semaine, cela faisait plusieurs mois qu’elle logeait chez Lena, à Luzeris. Une décision plus sage que de se lancer tête baissée à la recherche de Ludivine, sans rien connaître de Gaïa. Dire qu’elle devait repartir aujourd’hui !

Le temps jouait contre elle. Il fallait qu’elle retrouve Elnaura le plus rapidement possible.

Perdue dans ses pensées, la jeune femme sursauta lorsqu’une main lui toucha l’épaule. Ce n’était que Cœryl, qui la rassura d’un regard. Ils se trouvaient à l’entrée de l’auberge, une simple maisonnette au colombage bleu-gris sur des murs noirs, avec un toit pentu et d’une superbe teinte d’ocre rouge. Sans un mot, læ fey tendit un sac à dos au tissu vert feuille à Julie, qui fronça les sourcils : avec ses lacets et sa coupe, il évoquait le corsage d’une femme. Deux lanières permettaient de le transporter aisément.

— Je suis content que tu te sois changée et que tu aies aussi gardé tes bottes. Elles semblent très résistantes, en plus d’être belles.

— Oui, mais pour combien de temps ? Elles finiront par s’abîmer, soupira-t-elle.

— Alors nous irons chez un cordonnier qui les renforcera. Il n’y en a pas à Luzeris, mais dans le prochain, peut-être que si.

— Hm.

Elle hocha la tête, puis examina une dernière fois sa tenue : un pantalon brun, dont la matière ressemblait beaucoup au blue-jean, mais qui était beaucoup plus souple ; un haut en satin violet, dont quelques pans effleuraient ses cuisses. Les manches se terminaient aux coudes. Le décolleté faisait penser à la découpe d’un bustier, sauf qu’il était uni et cachait entièrement la poitrine, tout en dévoilant la gorge de la jeune femme. Une cape ample émeraude, avec une capuche à larges bords, accompagnait le tout.

Julie lâcha un autre soupir avant de demander à Cœryl :

— Où nous dirigeons-nous au juste ?

— Au nord. C’est là qu’est Elnaura.

— Tu la connais personnellement ?

— Pas vraiment, mais elle fait partie des plus puissants Âmels de Gaïa.

Songeuse, la jeune détective posa les yeux sur la petite place aux briques grises en face d’eux. Des maisons, avec ou sans colombage, et des ruelles étroites disposées en étoile la jouxtaient. Une fontaine en pierre blanche, composée de trois bassins et d’une pièce maîtresse percée de trous laissant échapper l’eau, agrémentait son centre.

Un pépiement d’oiseau, qui provenait sans doute d’un arbre poussant à l’entrée du village fortifié, interrompit leurs pensées. Son intensité étonna Julie. Sur Terre, le chant de ces animaux ne parvenait même plus à couvrir les clameurs continues et polluantes des grandes villes.

Toujours en silence, ils se dirigèrent vers le sud de la place de Luzeris. Le trajet fut vite parcouru. Ils croisèrent quelques badauds à cette heure matinale, qui les saluèrent avec cordialité. Puis le pont-levis fut baissé. Les deux gardes, Thar et Howlu, se trouvaient à l’extérieur des murailles, fidèles à leur poste.

Au moment où Julie et Cœryl s’apprêtaient à franchir la sortie, deux inconnus habillés en noir et au visage masqué atterrirent devant eux. Elle eut un mouvement de recul et se saisit d’une dague que læ fey lui avait remise. Pourquoi les deux gardes ne réagissaient-ils pas ? Elle remarqua qu’ils avaient disparu.

La sueur coula dans son dos, Cœryl serrait les dents et concentrait son attention sur leurs deux adversaires. Au bout d’une ou deux minutes interminables, une des deux personnes éclata de rire. Julie, le cœur battant, reconnut la voix de Lena. Stupéfaite, elle s’écria :

— Mais enfin, c’est quoi ce bordel ?

Et voilà, mon langage de flic qui refait surface.

La jeune aubergiste ôta son couvre-chef ; hilare, elle regarda longuement Cœryl, puis lâcha d’un ton ferme :

— Vous croyez pouvoir partir à l’aventure sans moi ?

— Lena, c’est trop dangereux pour toi.

— Peuh ! renifla-t-elle avec dédain. Il faut de tout pour faire un monde. Je peux vous être utile même si je ne possède aucun pouvoir, bien plus que tu ne l’imagines.

— Hors de question, nous en avons déjà parlé, rétorqua-t-yel.

— Mais tu n’as pas le choix ! s’exclama son acolyte.

Sa voix était légèrement masculine. Pourtant, Julie était tiraillée par un doute... Elle capitula :

— Cœryl, laisse-les venir avec nous.

Yel la fixa avec stupéfaction. La jeune femme soupira et ajouta :

— Mon intuition me dit qu’ils pourront nous aider.

— Ils ? Eh oh, je ne suis pas un mec !

La deuxième personne ôta son masque en l’agrippant par le devant. Deux yeux gris et bridés en émergèrent, ainsi que des cheveux blond-roux coupés courts et un visage androgyne. Julie secoua la tête en guise d’excuse. Elle était détective, mais ne parvenait pas à appréhender quelqu’un physiquement... le comble ! L’autre s’écria :

— Je vous interdis de partir sans prendre sous votre aile une spécialiste du camouflage et de l’espionnage !

— Et aussi curieuse qu’une commère surtout. Faites attention à vos effets personnels, Naïty adore fouiller…

— Arrête, tu exagères ! ronchonna la concernée.

Elle se tourna de nouveau vers la détective, les poings sur les hanches :

— Je le répète, je suis une fille de seize ans, malgré ma voix et mon apparence. Ma sœur ne m’a pas présentée à vous jusque-là parce que j’étais absente. J’étais dans une des rares villes de Gaïa, Daumeru, un peu plus à l’est d’ici.

— Je… je suis désolée, bégaya Julie, c’est juste votre v…

— Oh ! Les civilités, ça va cinq minutes. Tutoie-moi, je te l’ordonne.

— Naïty ! s’exclama Lena, en la foudroyant du regard.

— Quoi, grande sœur ?

— Un peu de respect !

— Mais je suis respectueuse !

— Stop ! Arrêtez de vous disputer, intervint à nouveau la jeune femme. Je vous laisse nous accompagner.

— C’est de la folie, ne put s’empêcher de rétorquer Cœryl, en levant les yeux au ciel.

Naïty ricana :

— Toi, change ton refrain. Il commence à être usant.

Elle se tourna vers Julie et mit les poings sur les hanches.

— Je n’ai pas de pouvoirs non plus, mais je sais me battre. D’ailleurs, tu ne tiens pas trop mal ta dague. Avec un peu d’entraînement, tu serais une parfaite voleuse.

— Euh… merci.

Lena poussa un soupir de découragement et se retint d’infliger une taloche à l’adolescente. Elle se contenta de dire :

— Bon. Ce n’est pas le tout, mais je crois qu’il faut y aller. Plus on perd de temps…

— … et plus nous sommes en danger, termina Cœryl, contrarié.

— Oh Ryl, tout se passera bien, lâcha Lena à læ fey, pour tenter de læ rassurer.

Yel ne répondit pas. Par contre, son regard se posa sur Julie, qui rengainait sa dague dans sa ceinture en cuir.

Il va falloir que je lui parle. Elle ne semble pas consciente du danger.

Lena et Naïty ne remirent pas leur couvre-chef, mais gardèrent leurs manteaux noirs. Thar et Howlu s’étaient cachés à l’intérieur pendant la rencontre. Ils réapparurent et les saluèrent avec enthousiasme avec de grands signes et des sourires amusés. Avec la complicité de Lena, ils n’étaient pas intervenus. Julie agita la main tout en constatant qu’ils avaient coupé leurs cheveux blonds. Ils se plaignaient tout leur temps qu’ils étaient frisés et, d’après eux, il n’y avait que les femmes qui pouvaient être belles avec une coiffure pareille.

Quatre chevaux attendaient la troupe fraîchement formée. La jeune détective en fut surprise : c’était la première fois qu’elle croisait un animal « normal » sur Gaïa ! Sans compter les insectes ou les oiseaux, évidemment, mais tout de même... Naïty lui souffla à l’oreille :

— Ils sont en voie d’extinction. Quant aux licornes, je n’en parle même pas, seuls les plus illustres magiciens peuvent les approcher.

Cœryl n’ouvrit pas la bouche pour commenter, tandis que Lena lui jetait un regard en coin.

  
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