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« Hors-série »
Chapitre 1 « Antérieur à Orion - Un étrange colis »
Ce texte a été crée dans le cadre d'un AT ayant pour thème "bestiaire asiatique". Il est complètement autonome et l'histoire se déroule à une époque antérieur à Orion. Bonne lecture.

Estalio s’étire pour dénouer ses muscles engourdis par l’effort avant de se rincer le visage d'une serviette râpée et humide. Il passe une main lasse dans ses cheveux courts pour les remettre en place tout en observant le hangar autour de lui. Malgré la fatigue et la dureté de la tâche, le jeune homme de vingt ans ne se plaint pas. Tout le monde n’a pas la chance de travailler aux grues d’Arae. Bien que perchée en haut d’une falaise abrupte et à près d’une demie-lieu de l’Océan Voreinus, la citadelle est considérée comme une ville portuaire grâce à un fleuve qui passe sous ses fondations pour se jeter du haut de la muraille. Une fois en bas, l’eau reprend son cours pour rejoindre l’océan.

Pour mettre à profit cette situation et gagner le nom de port, les hommes ont installé deux immenses grues de chaque côté de Cararae, la cascade, pour monter et descendre inlassablement de jour comme de nuit de grandes caisses remplies de marchandises. Les grues sont activées à l'aide de poulies animées par un attelage de six chevaux de trait que le personnel prend bien soin de changer toutes les 3 heures pour ne pas les épuiser à la tâche. Une fois de retour sur la terre ferme, les denrées sont déchargées sur les berges du fleuve puis placées un peu plus loin sur de longues pirogues qui les transportent au point de chargement des bateaux. Ces derniers n'auront alors plus qu'à quitter l’île pour s’éparpiller dans l’Archipel de Galaé.

Le jeune homme comprend que sa pause est terminée et qu'il doit arracher ses yeux sombres en amande à sa contemplation lorsque Aquaji Lios, son supérieur et partenaire de chargement, l’appelle à grand renfort de signes. L’homme qui a atteint la cinquantaine de solstices d’été garde toute la vigueur de sa jeunesse malgré ses trente ans d’expérience aux grues d’Arae. Il a une large carrure bâtie par les lourdes caisses pleines de marchandises qu’il a soulevées toute sa vie. En cette fin d’été, il est légèrement vêtu pour ne pas souffrir inutilement de la chaleur moite qui règne dans les îles d'Eau : un pantalon élimé en coton noir qui s’arrête à mi mollet et une large chemise de lin légère, ouverte sur son torse velu. Ses épaisses bottines en cuir épais, seules entorses à sa tenue estivale, sont cerclées de métal et rembourrées de chanvre pour limiter le risque d’accident en cas de chute de caisses sur ses pieds. Une fois à portée de voix, Aquaji l’informe en quelques mots de sa nouvelle mission.

« On a une cargaison. » Estalio est peu surpris par cette annonce étant donné que c’est à peu près tout ce qu’il a fait depuis son arrivée. Honnêtement, il aurait pensé que son travail au chargement des grues serait plus passionnant. Malgré ce léger regret, il obéit sans discuter à son supérieur et charge la première caisse sur le plateau. Étant un fils de bûcheron, il est plus habitué à travailler au grand air qu’à l’espace confiné des docks où la chaleur peut rapidement devenir étouffante. Même le vent, lorsqu’il daigne s’inviter sous les colonnades, n’améliore pas les choses puisqu’il est chargé d’eau de la cascade les trempant comme s’ils venaient de braver un violent orage d’été et rendant leur travail particulièrement difficile à exécuter. Pourtant, Estalio ne revient pas sur sa décision de travailler au port. S’il réussit à passer la période d’essai, ça lui assurera un travail quotidien pour de nombreuses années et c’est une situation plus sûre que celle de bûcheron qui reste une activité trop saisonnière pour offrir une situation stable. De plus, contrairement aux docks, les abords de la citadelle d’Arae ne sont pas particulièrement sûrs et il y a de grands risques de se faire attaquer par une bête sauvage. Estalio ne tenant pas à perdre un œil ou pire, une jambe comme son grand-père, il se félicite d'avoir décroché ce poste.

Après de longues minutes de chargement silencieux, Estalio transpire comme un marchand souffrant d’embonpoint sous le soleil de Galaé. Il n’a pas encore des vêtements très adaptés à la manutention, continuant de porter sa tenue de bûcheron qui ne lui entrave pas les mouvements mais reste un peu épaisse pour l'humidité qui règne dans le dock. Son caleçon en coton sombre qui lui colle à la peau à cause de la transpiration, doublé d’une paire de bottes qui lui arrivent au niveau des genoux est particulièrement désagréable à supporter. En haut, sa longue tunique grise à manches courtes qu’il prend soin de garder ouverte est maintenue à la taille par une épaisse ceinture où subsistent les lanières destinées à accueillir une hache. Elle a le mérite d’être plus légère et de lui permettre de supporter tant bien que mal la situation. Le jeune homme attrape un bord de son col pour le secouer afin d’inviter une des rares brises qui s’engouffrent sous les colonnades à entrer en contact avec sa peau pour le rafraîchir un peu. Il essuie la transpiration qui perle sur son front et son regard s’arrête un instant sur sa main dont la peau normalement tannée par les années de vie en extérieur, commence à pâlir sans les rayons du soleil qui la frôlent habituellement. Le jeune homme fait rouler ses larges épaules qui n’ont rien à envier à celles d’Aquaji avant de se baisser pour attraper une autre caisse à charger.

Les deux hommes travaillent en silence, Aquaji préférant cela aux conversations de complaisance. Cela ne dérange en rien le jeune homme qui n'a jamais été bavard de nature et qui n’est pas là pour faire la causette mais pour gagner sa vie. Inlassablement, Estalio soulève d’épaisses caisses en bois qu’il dépose avec plus ou moins de délicatesse sur le plateau de la grue. Une fois pleine, Aquaji fait signe au grutier que le chargement est près et ce dernier fait claquer son fouet en réponse. Les chevaux se mettent à tourner autour d’une énorme colonne de bois entourée d’épaisses cordes de chanvre pour mettre l'énorme engrenage composé d'un nombre incalculable de poulies en mouvement. Rapidement le plateau se soulève à quelques centimètres du sol pour permettre à Aquaji et à Estalio de le pousser au-dessus du vide à l'aide d'une glissière. Une fois en place, Aquaji fait un signe rapide au grutier qui abaisse un énorme levier avant de faire de nouveau claquer son fouet. Les chevaux se remettent à avancer et quelques secondes plus tard le plateau disparait pour descendre le long de Cararae. Le supérieur du jeune homme s'éloigne un peu pour prendre la prochaine commande pendant qu’Estalio en profite pour se rafraîchir à l'aide de sa serviette passée sous le robinet d'eau fraîche.

Son attention est rapidement attirée par un étrange personnage portant une caisse recouverte de tissu noir qui frappe à la porte du Grand Guide du Port d’Arae, Messire Favrè. Il est clair qu’il n’est pas là pour chercher du travail, affichant plus la silhouette élancée d’un notable ou d’un marchand que celle d'un docker. Estalio se demande ce qui peut expliquer sa présence en ces lieux étant donné que les affaires commerciales se font normalement à l’étage supérieur de la bâtisse et que les clients descendent rarement voir ce qui ce passe au chargement. L'inconnu porte un long kimono de soie chatoyante aux manches pendantes, maintenues en place par une épaisse ceinture de coton sombre. En bas, il a un long pantalon à larges jambes aussi noir que la ceinture et dont le tissu a été plissé. Le vêtement est si long que ses pieds restent invisibles et que son extrémité est légèrement salie à force de traîner par terre. L’homme jette un regard suspicieux derrière lui et cela permet à Estalio de voir son visage. Il a la physionomie typique des descendants des plus anciennes colonies installées dans les îles d’Eau. Il a un teint qui vire sur le jaune, des yeux très étirés qui rendent ses pupilles presque invisibles et des traits fins. Son allure excentrique est complétée par une immense barbe très fine qui tombe sur sa poitrine. Ayant peu côtoyé les gens des anciennes colonies, Estalio a quelques difficultés à évaluer son âge mais il ne lui donnerait pas plus de quarante ans. Le jeune homme cache un demi sourire lorsqu'il voit l'homme se baisser légèrement pour permettre à lui ainsi qu'à son chapeau de près d'un pied de haut d'entrer par la petite porte qui conduit au bureau de Messire Favrè.

Estalio est de nouveau ramené à la réalité par Aquaji qui l’appelle et il s’approche du bureau du Grand Guide pour écouter les nouveaux ordres. « On prépare les prochains chargements. » Estalio se contente d’hocher la tête en prenant le premier sac venu pour le placer dans une caisse en bois. Visiblement cette fois-ci, ils vont charger des céréales. Le travail se poursuit dans sa routine habituelle et le silence est tel que le jeune homme sursaute lorsque la porte s’ouvre derrière lui. Le marchand sort de la pièce derrière le Grand Guide d’Arae avec un air satisfait et un rouleau de parchemin noirci, déroulé entre ses mains.
Monsieur Favrè jette un coup d’œil à ses hommes en plein travail et s’adresse à Aquaji avec familiarité. « Tu as besoin de ton docker ? » Ce dernier se contente de secouer la tête et le maître des lieux reprend. « Toi là, approche. » Estalio obéit en fronçant les sourcils. « Messire Ao de Fran a besoin de main d’œuvre, je te donne l’autorisation de quitter ton poste le temps qu’il aura besoin de toi. » Pendant que le Grand Guide rentre dans son bureau en les laissant en tête à tête, le jeune homme s’approche du marchand en question avec un air sérieux qu’il estime de circonstance. L’homme tire une bourse d’une de ses manches et place une pièce d’or dans la main hâtivement tendue d’Estalio.

Il s’adresse à lui sur un ton brusque et dénué de tout respect pour le jeune docker. « Tu auras la même quand j’estimerai ton travail fini. » Le jeune homme ne discute même pas des conditions. Une pièce d’or correspondant à un mois de travail, il n’a aucun mal à comprendre l’intérêt qu’il a d’accepter la mission. « Appelle-moi Messire Ao. »

« Bien Messire Ao. Mon nom est Estalio. » L’homme ne semble pas s’intéresser à lui et le jeune homme ne sait pas s’il a entendu sa présentation ou non.
Le marchand reprend en jetant des coups d'œil anxieux autour de lui. « Récupère la caisse dans l'entrée du bureau du Grand Guide. » Le jeune homme obéit en prenant soin de frapper avant d'entrer. Le Grand Guide ne relève même pas la tête pour le regarder faire, lissant de ses épaisses mains d’ancien docker peu adaptées au maniement de la plume, un parchemin qu'il lit avec attention. Lorsqu’Estalio soulève la caisse cubique d’à peine trois pieds de côtés, il est un peu déstabilisé car la caisse ne pèse quasiment rien. Brusquement, il sent quelque chose bouger à l’intérieur et il réalise qu’il porte quelque chose de vivant. Un peu troublé par sa découverte, il emboîte le pas du marchand en se demandant ce que peut bien contenir son colis.

L'homme remonte l'allée de la citadelle qui mène à la tour de garde la surplombant. La ville s'enroule tel un serpent lové autour de l'immense clocher où des guetteurs se tiennent prêts à donner l'alerte en cas d'attaque. Dans les murs parsemés de fenêtres et de portes à intervalles réguliers se dressant de chaque côté de l'allée, s’organise la vie des habitants. La muraille a été découpée et attribuée aux différentes castes de la ville pour leur permettre de vivre en communauté. Les clans les plus riches les ont ordonnancés en grands salons privés alors que les plus pauvres se contentent d’une juxtaposition de pièces communes. Estalio ne s’en plaint pas, appréciant cette vie qui lui rappelle un peu la maison de ses parents où plusieurs générations partageaient le même toit et parfois la même chambre.

Le jeune homme slalome maladroitement entre les piétons et les carrioles qui encombrent l'allée pour suivre l'homme qui le paye si cher. Plusieurs fois, l'homme en question ralentit pour qu'il puisse le rattraper en lui jetant une œillade appuyée pour lui montrer sa réprobation. Ils progressent de longues minutes avant d'atteindre un des dix carrefours qui facilitent la circulation dans Arae, permettant d’accéder aux hauteurs de la ville sans avoir besoin de remonter toute l’allée qui fait plus de deux lieues. Une immense fontaine se dresse au milieu et fait office de régulateur pour le flux des voyageurs. Les murs de la citadelle s’interrompent à cet endroit pour permettre à la population d’accéder aux niveaux inférieurs ou supérieurs de la spirale que forme l’allée principale.

Estalio et Messire Ao traversent le rond-point et atteignent un marché que le jeune homme n’a jamais eu l’occasion de visiter. En observant les pierres précieuses, les étoffes soyeuses, la qualité des tentes et les habits des marchands, il constate que la zone rassemble des échoppes de produits de luxe et il comprend qu’il n’ait jamais eu besoin de venir jusque-là. Un coup d’œil aux murailles lui révèle des fenêtres ouvragées qui indiquent que la caste habitant ce quartier est aisée.

Il est mené à travers les étals vers un ensemble de trois tentes de soie aussi chamarrée que celle qui compose le kimono de Messire Ao. Deux femmes à l'allure aguicheuse et un homme armé d'un sabre les accueillent avec déférence. L'homme s'engouffre dans la plus petite des tentes sur la droite et, avec hésitation, Estalio l'y suit, entrant à son tour dans l’espace restreint. L'intérieur est aussi luxueux que l'extérieur, le sol étant jonché de coussins de tissus précieux. Au centre de la pièce se trouve une table basse finement ouvragée et incrustée de pierres qui a certainement coûté aussi cher que tous les coussins réunis. Estalio se tient dans l'entrée en attendant que Messire Ao lui dise quoi faire. L'homme est à genoux devant un coffre et fouille à l'intérieur avec application. Il en ressort une demi-douzaine de parchemins qu'il dépose sur la table. En se redressant avec un air satisfait, il semble enfin remarquer le docker qui attend sans rien dire.

Il s'adresse à lui sur un ton abrupt qui devient familier au jeune homme. « Dépose ça près de l'entrée et assis-toi. J'ai deux-trois choses à voir avant qu'on reparte. » Estalio obéit en s'asseyant à même le sol, effrayé à l'idée de salir un des coussins qui lui paraissent aussi fragiles que précieux. L'homme passe près de lui pour sortir, laissant le docker seul avec son chargement. Quelques secondes plus tard, comme réveillé par l'absence de bruit, l'animal s'agite dans la caisse. Renonçant alors à toute prudence, le jeune homme soulève le tissu, poussé par la curiosité.

Son souffle se coupe pendant un instant en croisant l’orbite complètement noire de l’animal retenu captif. Ce dernier s'affole en se sentant observé avec tant d’insistance et il s’empresse de se tasser au fond de sa cage en métal forgé tout en remuant nerveusement ses longues oreilles qui tombent mollement. Estalio le regarde replier sa longue queue qui semble faire près de trois fois la longueur de son corps et dont l’extrémité est enfermée dans un carcan de métal. Ce dernier parait si lourd que l’animal ne semble pas pouvoir le soulever et est obligé de le laisser trainer au fond de la cage pour le ramener contre lui. Chacun de ses mouvements, aussi furtif soit-il, fait chatoyer ses écailles de couleur dorée au gré de la lumière qui les atteignent. Le pan de la tente se soulève et Estalio, agité par un sursaut de mauvaise conscience, remet précipitamment le tissu sombre qui recouvre la cage en place. L'homme armé d'un sabre entre et se place près de lui en lui jetant un regard peu engageant. Il est clair qu'il a été chargé de le surveiller mais le jeune homme n'en prend pas ombrage, encore sous le coup de sa découverte.

Indifférent à la présence du gardien, Estalio se laisse emporter par le flot de ses souvenirs qui le ramène des années en arrière lorsqu’il n’était qu’un enfant qui rêvait d’entrer à Orion, l’école des Chasseurs de Mythes. Malheureusement, le destin ne l’a pas choisi, mais ces animaux fabuleux aussi mystérieux que dangereux l’ont toujours particulièrement fasciné. Même aujourd’hui, lors des veillées du solstice d’hiver, il ne peut s’empêcher de demander encore et encore à son grand-père de lui raconter les légendes des fondateurs d’Orion.

Comme tout habitant de l’Archipel de Galaé, il a déjà croisé des Jackalopes, des Cheshires Cats, des Homas et des biches de Cérynie qui sont des Mythes courants et inoffensifs pour un homme armé d’une hache. Il jurerait même que dans sa quinzième année, lors d’une de ses premières sorties seul en forêt pour ramener du petit bois, il a vu un Péritio dans la pénombre du sous-bois. Mais s’il ne se trompe pas, il vient de voir un Mythe d’un tout autre niveau, un animal exceptionnel et convoité que peu d’êtres humains ont eu l’occasion de croiser dans leur vie. Les dragons sont par définition rares mais l’Huang Long est certainement un des plus méconnus de tous.
Estalio ferme les yeux et creuse sa mémoire pour se remémorer les légendes populaires mais peu de choses lui reviennent à l’esprit. Il lui semble que l’Huang Long cherche généralement la protection de Mythes plus puissants mais cela reste flou dans sa mémoire. Il lui semble également se souvenir, et le carcan de métal qui entoure la pointe de sa queue le lui confirme, que cette partie de son corps est particulièrement aiguisée et dangereuse.

L'homme de main de Messire Ao se racle la gorge et Estalio ouvre précipitamment les yeux pour le dévisager avec méfiance. Ce dernier s'apprête à lui demander s'il a un problème lorsque le marchand rentre dans la tente. Il jette un regard à l'homme armé d'un sabre qui se contente de répondre d'un bref hochement de tête. Visiblement, c'est le signal qu'il attendait car il s'intéresse de nouveau au jeune homme qui attend avec anxiété.

« Parfait. Reprend la caisse et suis-moi. » De nouveau, le jeune docker obéit et soulève la cage. Néanmoins, cette fois-ci, il le fait avec plus de douceur pour éviter de balloter le précieux animal. L’homme lui fait signe de s’approcher et lui met un sac en bandoulière plein de parchemins autour du cou. Estalio jongle maladroitement avec son chargement pour ajuster correctement le sac avant de suivre Messire Ao qui le presse.

L’homme revient sur ses pas, les ramenant du côté des docks. L'allée est toujours aussi chargée de monde et il est de nouveau difficile pour Estalio de suivre son guide. Messire Ao a le pas vif et slalome sans peine entre les charrettes et les piétons pas toujours pressés alors que lui prend particulièrement garde à ne pas secouer son chargement et évite plusieurs fois de rentrer in extremis dans l'arrière d'une charrette qui ralentit. Une fois devant les docks, le marchand monte à l'étage où se trouvent les comptoirs commerciaux, Estalio à sa suite. C'est un bâtiment en pierre, accessible par un escalier en fer forgé ouvragé. Il est accolé à la muraille de l'enceinte et les bureaux s'enfoncent profondément dans les murs d'Arae. Une fois à l'intérieur, devant un comptoir derrière lequel se tiennent une femme d'un âge avancé et un jeune homme à la silhouette frêle à peine plus vieux qu'Estalio, Messire Ao demande un certain ‘’Messire Stack’’. La femme aux cheveux grisonnants note quelque chose sur un long parchemin avant d'indiquer au marchand de la suivre. Elle contourne la banque pour devancer ses invités dans un escalier en colimaçon. Estalio s’engage derrière eux en prenant soin de ne pas cogner la cage contre les barreaux pas assez espacés à son goût. Il suit son employeur dans une pièce dont la porte a été fraîchement ouverte par l’hôtesse d’accueil qui garde un sourire commercial aux lèvres.

En entrant, Estalio découvre un homme à la bedaine développée et aux lunettes cerclées d’or qui fait signe à Messire Ao de s’asseoir en face de lui. Le maître des lieux frotte son crâne chauve de sa plume tout en invitant le marchand à parler. Ce dernier ne se fait pas prier et prend la parole sans cacher l'excitation qui semble soudain l'habiter.

« C’est le Grand Guide du port d’Arae qui m’a parlé de vous. Il m’a indiqué que vous étiez un grand marin qui aime les belles aventures. »

« Tout dépend de l’aventure mon cher… ? »

« Ao, Messire Ao De Fran. » Estalio a du mal à imaginer leur hôte comme un corsaire et il préfère renoncer à écouter la conversation pour poser la cage près de lui tout en s’accroupissant contre le mur. Il laisse son esprit vagabonder mais est violement ramené à la réalité par son patron. « Estalio, le sac. » Le jeune homme obéit et apporte le sac au marchand, surpris qu'il se souvienne effectivement de son nom. Ce dernier l’attrape et fouille à l’intérieur tout en reprenant sa conversation avec le marin. « Comme je vous le disais, j’ai de nombreuses cartes faisant référence à ces îles à l’Est, en dehors de l’Archipel de Galaé. » Messire Stack regarde les cartes que lui tend le marchand avec un air sceptique pendant qu’Estalio reprend sa place.

« Je connais les légendes des îles de l’Est au-delà de l’Océan Voreinus et de leurs indigènes plus riches que les plus riches de nos marchands qui sont censés les peupler. Mais je connais également les dangers qu’il y a à tenter de les découvrir. Les tourbillons rendent toute expédition impossible sans courir de gros risques. »
« Imaginez les richesses qu’apporteraient une telle aventure. Quelques bateaux perdus ne seraient rien en comparaison.»

« Sous réserve qu’on les trouve… Et encore. Je ne suis pas patient, Messire Ao et j’aime les gains à court terme. Hors là, même si on arrive à destination, il faudra qu’on apprenne à communiquer avec les habitants des îles et ça prendra du temps. Déjà que les affaires avec les colonies des îles du Sud ne sont pas chose facile à cause de leur accent à couper au couteau, alors avec des peuples extérieurs à l’archipel... »

« Ce ne sera pas un problème. » Messire Ao se tourne vers le jeune homme qui sursaute. « Ramène la cage. » Estalio dépose avec beaucoup de soin l’Huang Long sur le bureau recouvert de cuir. Le marin plisse les yeux de mécontentement en observant la caisse qui envahit son espace privé. Le marchand soulève alors le tissu sombre pour révéler son trésor à son hôte. Estalio profite de la pleine lumière pour observer le dragon plus attentivement. Le corps tout en longueur de l’animal rappelle celui d’un serpent dont le cou marque à peine la différence entre le poitrail et la tête allongée. Ses babines blanches aussi longues que ses oreilles rappellent fortement la barbiche de Messire Ao. L’Huang Long sous l’effet de la peur se tasse un peu plus sur lui-même en contractant ses cuisses marquées et Estalio entend ses quatre petites griffes ressemblant à des serres d’oiseau de proie, crisser sur le fond en métal de la cage.

Son corps recouvert d’écailles or est marbré de lignes pâles plus ou moins régulières que le jeune homme identifie comme des cicatrices. Les deux entailles les plus importantes sont situées sur son dos et entre ses oreilles. L'Huang Long est couché, la queue enroulée autour de lui comme s’il espérait se protéger du monde extérieur. Le dragon ouvre un œil fatigué pour observer quelques secondes les humains qui l'entourent avant de les refermer en poussant un soupir. Messire Stack hausse les sourcils en détaillant le Mythe des yeux.

« Comment avez-vous… »

« Mon père l’a trouvé au milieu des montagnes lors d’une expédition très loin au nord d'Arae. »

« Il n’a pas l'air en très bonne santé. Il donne l'impression qu'il va mourir dans la journée.»

« Cela fait dix ans qu’il l'a trouvé et l’Huang Long n’a pas beaucoup changé durant toutes ces années. Certaines marques sont dues à mon père qui lui a coupé les collerettes sur son dos et sa tête. Elles lui permettent normalement de voler et mais ceci a grandement limité les risques qu’il ne s’échappe. » Estalio ne retient pas une grimace en comprenant que les cicatrices du dragon sont dues à la barbarie d’un homme. Les Mythes sont dangereux et causent de nombreuses pertes humaines chaque année si bien qu’Estalio a conscience qu’il ne devrait pas éprouver de pitié pour l’animal. Néanmoins, le dragon a une présence si noble que le tuer pour vendre ses écailles lui aurait paru moins cruel que de l’avoir maintenu en captivité pendant tout ce temps.

« C'est effectivement exceptionnel ce que vous me montrez Messire Ao De Fran, mais ça m’apporte quoi ? »

« Un Huang Long peut comprendre tous les langages pour peu qu’il reste quelques heures à l’écouter. Il servira de traducteur. »

« Il peut faire ça ? »

« S’il a faim, il le fera. Il n’utilise que des mots clés car il est trop bête pour former des phrases élaborées mais pour entrer en contact avec un autre peuple, je pense que c’est amplement suffisant.» Le marin devient songeur en fixant l'Huang Long avec un regard calculateur. Visiblement les arguments de Messire Ao semblent faire mouche. Après un instant, il s’adresse au marchand sur un ton suspicieux tout en lui indiquant Estalio du menton.

« Qui est l’homme derrière vous ? »

« Un docker. »

« On aura pas besoin de lui. »

« Non, je peux le congédier. »

« Ça me parait une bonne idée, nous pourrons ainsi discuter à notre aise. »

Messire Ao s’approche de lui et pose une nouvelle pièce en or dans sa main. « Ta présence n’est plus nécessaire, tu peux retourner au dock. » Le jeune homme fixe un instant le dragon avant de quitter la pièce à contrecœur. Le sort de l’animal l’attriste mais il ne voit pas trop ce qu’il pourrait faire pour l’aider. Il n’est qu’un petit docker et il a trop à perdre pour se mettre un riche marchand et le comptoir commercial du port à dos.

● ● ●


Cela fait plusieurs jours qu’Estalio a retrouvé son poste au chargement et malgré le temps qui passe, il garde un goût amer dans la bouche : l’Huang Long hante régulièrement ses rêves et détourne souvent le cours de ses pensées lors de ses tâches quotidiennes. Les Mythes sont craints à juste raison car ils sont un réel fléau pour la sûreté de Galaé et c’est pourquoi ils sont chassés afin d’assurer la sécurité des colonies. Néanmoins, le jeune homme a du mal à accepter la torture dont le dragon a été victime et qui n’est pas justifiée à ses yeux. Ces deux pensées contradictoires troublent régulièrement l’esprit du docker qui éprouve des difficultés à oublier l’étrange rencontre qu’il a faite.

Aujourd’hui comme les autres jours, il charge inlassablement le plateau de la grue lorsque son regard est attiré par un cube recouvert de tissu sombre horriblement familier. Il soulève le pan discrètement et devine un reflet or dans la pénombre du hangar. Aquaji lui demande de se presser et le jeune homme s’exécute en gardant l'Huang Long pour la fin. Son responsable s’éloigne pour remplir des documents pendant qu’Estalio pose la cage avec soin sur l’amas de caisses qui l’accompagne. Il devine que Messire Ao est arrivé à ses fins au vu de tous les paquetages.

Plus il y pense, plus le projet du marchand lui parait suicidaire et honnêtement, il lui parait inconcevable que l'animal ou son maître ne survivent à cette aventure. Pour lui, ces îles ne sont que de vieilles légendes racontées aux enfants lors des soirées d’hiver pour les occuper. D’un autre côté, il n’avait jamais vu un Huang Long avant et il n’était pas persuadé qu’ils existaient réellement.

La voix d’Aquaji le fait sursauter quand il le hèle de nouveau. « Place le harnais en position. » Le jeune homme s’exécute sans s’éloigner plus que nécessaire de la cage du dragon. Ses pensées sont ramenées vers les blessures causées à l’animal par Messire Ao ou son père et le jeune homme agit alors impulsivement. Profitant de l’absence de son responsable occupé à remplir les parchemins de chargement, il saisit fermement deux barreaux pour les dessouder du socle en fer. Ils résistent un instant mais finissent par céder sous l'insistance du jeune homme. Il mise sur le fait qu'il n’est pas rare que des colis soient endommagés lors de la descente en se cognant contre les parois pour que ça passe pour un accident. Il sent un mouvement sec dans la cage et il bouche l’ouverture nouvellement faite de sa main.

« Attends un peu avant de sortir. Là tu ne pourras pas passer inaperçu. » L’animal se calme et Estalio se demande s’il l’a compris ou s’il a simplement peur de lui.
Aquaji l’appelle de nouveau en montrant son agacement. « C’est bon, c’est en place ? »

« Un des colis parait fragile.. »

« C’est pas mon problème. » Le jeune homme savait qu’il répondrait ça et il sourit intérieurement. « Viens-là, il reste une palette avant la fin de notre service. » Il obéit en s’éloignant avec un petit pincement au cœur en songeant au dragon qui devrait bientôt retrouver sa liberté.

● ● ●


Estalio sort de la salle d’eau mise à leur disposition après leur travail, content de rentrer au dortoir mais s’arrête brusquement en entendant des éclats de voix. Il prend soin de rester invisible aux yeux des clients clairement insatisfaits et se concentre pour tenter de discerner le sujet de la dispute. Il reconnait sans mal les voix du Grand Guide du port d’Arae, d’Aquaji ainsi que celles de Messires Ao et Stack. Les propos sont tellement fouillis qu’il a du mal à leurs donner un sens.

« …C’est inadmissible... »

« …Vu le prix payé… »

« …Une fois chargé, ce n’est plus de notre responsabilité… »

« …C’était à vous de prév… »

« Qu’est-ce que vous allez faire pour rembourser le préjudice ? »

Messire Favrè répond sans cacher son agacement. « Messire Stack, vous savez que les animaux ne doivent pas descendre par la grue. » Estalio comprend que l’Huang Long a réussi à s’enfuir et il jubile intérieurement bien que vu son état de santé, il espère qu’il arrivera à survivre suffisamment longtemps pour en profiter.

Le corsaire répond à son interlocuteur sans cacher sa colère. « Ça prend près de trois jours pour atteindre les navires ! »

« Oui, mais c’est plus sûr et c’est pour ça qu’on a mis cette règle en place. »

« Je connais les règles mais sauf votre respect, Grand Guide, vous avez également un devoir de livraison. »

Estalio entend le Maître des lieux soupirer. « Suivez-moi, on va discuter de tout ça dans mon bureau. Aquaji, votre présence est également requise. » Le jeune homme entend des bruits de pas mêlés à de nouvelles réclamations et une porte claquer. Il attend encore quelques secondes avant de sortir de sa cachette pour quitter aussi rapidement que possible les lieux. Rapidement, il attrape son sac et s’empresse de passer la porte extérieure pour éviter tout risque de croiser Messire Ao qui pourrait facilement faire le rapprochement.

Il remonte l’allée avec un sentiment de puissance, revigoré par son acte de bonté. Malheureusement, ça ne dure pas. Il réalise qu’Aquaji pourrait laisser échapper son nom et il n’est pas suffisamment optimiste pour envisager que le marchand ne se doutera de rien. Son pas se fait moins vif et il rejoint le dortoir que partagent les dockers avec l’esprit tourmenté.

Il entre dans la muraille de la cité d’Arae par une épaisse porte en chêne cloutée où est incrusté un engrenage, symbole des travailleurs du port. Il pénètre dans un hall de quatre toises de circonférence où les arcades de pierre ont été polies avec soin. Ce long travail fastidieux permet à la matière d’avoir un aspect luisant reflétant la lumière des lampes à huile qui pendent du plafond. Les lieux sont vides, ce qui n’est pas une surprise en cette fin de matinée. Le jeune homme laisse un escalier en colimaçon sur sa droite pour s’engager dans un couloir dont les fenêtres donnent sur l’allée qu’il vient de quitter et s’engouffre dans la première pièce sur la gauche. C’est le dortoir réservé aux employés saisonniers du port. Une dizaine de lits sont collés au mur, seulement séparés par des panneaux de papier et ils font face à de grandes armoires attribuées individuellement.

Le jeune homme jette un regard distrait par la fenêtre à l’allée qui longe le côté opposé du rempart et décide de tirer les rideaux pour plonger la pièce dans l’obscurité. Il dépose sans douceur son sac sur son lit situé au milieu du dortoir avant de s'avachir dessus pour enlever ses bottes et sa ceinture, bien décidé à faire une petite sieste avant le repas du midi qui sera servi dans le réfectoire commun attenant à la chambre. Il sait qu’il serait plus raisonnable et hygiénique de commencer par aller aux termes pour se laver mais il n’a pas le courage de marcher à l’autre bout du bâtiment pour rejoindre les bains communs.

Un mouvement dans son sac attire son attention et c’est avec stupeur qu’il voit une forme allongée de couleur dorée sortir de son sac. L’animal s’extirpe tant bien que mal des lanières fermant la besace pour s’assoir devant le jeune homme comme le ferait un chat, sa longue queue enroulée autour de ses pattes.
L’homme et l’animal se fixent de longues secondes et c’est le dragon qui finit par rompre le silence. « Fatigué. » La voix caverneuse du Mythe est inattendue pour un être aussi frêle. Sans réagir, le jeune docker regarde l’Huang Long se faufiler dans son armoire à peine entrouverte, le bout de la queue traînant par terre. Assommé par la découverte, Estalio reste plusieurs minutes sans bouger.

Le jeune homme se décide enfin à s'approcher de la nouvelle cachette du dragon. Lorsqu’il ouvre la porte avec précaution, il voit l’éclair doré de sa queue disparaître derrière une pile de tuniques et il prend le risque de les écarter légèrement pour observer l'animal. Ce dernier s'est couché sur un pull inutilisé à cette époque de l'année et ne bouge pas lorsque le regard d'Estalio se pose sur lui. Le docker observe quelques secondes les flancs de l'animal se soulever régulièrement au rythme de sa respiration avant de refermer la porte aussi délicatement que possible.

En allant se rasseoir sur son lit et en prenant sa tête dans ses mains, le jeune homme se plonge dans une profonde réflexion. Etre lié à un Mythe, à quelques exceptions près, est tabou et source d’ennuis interminables. Le projet de tuer le dragon pour vendre son corps lui traverse fugacement l’esprit car il sait que cela lui rapporterait certainement suffisamment d’argent pour qu’il n’ait plus besoin de travailler de sa vie. Mais même en mettant de côté la répulsion qu’il éprouve à l’idée de tuer le dragon qu’il a libéré, il ne sait pas à qui il pourra s’adresser pour vendre l’animal et il est quasiment sûr que d’une façon ou d’une autre ça reviendra aux oreilles de Messires Favrè, Stack ou Ao, lui attirant des problèmes par la même occasion.
Il finit par décider de laisser dormir l'Huang Long en se promettant de le faire fuir dès qu'il aura retrouvé des forces.

● ● ●


Comme prévu de longue date, Estalio est en route vers le domicile de ses parents. Il inspecte avec attention les bas-côtés pour trouver un coin qui peut convenir pour mettre son plan à exécution. Bien que la route soit complètement praticable car régulièrement entretenue par les colonies, les abords ressemblent à un gruyère où la végétation est rare, mêlant roches dures et eau claire. Dans de telles conditions, trouver un espace accessible et invisible de la route se révèle un exercice délicat.
Cela fait une semaine que l’Huang Long a trouvé refuge auprès du jeune homme et par chance, le docker n’a pas eu à subir les conséquences de ses actes. Aquaji n’a même jamais évoqué l’incident avec lui. Estalio n’a pas eu l’occasion de réentendre le son de la voix du Mythe mais en y réfléchissant, hormis pour prendre ses affaires dans son armoire et lui donner à manger, il n’a pratiquement eu aucun contact avec lui. A présent qu'il semble aller mieux et lui faire un peu confiance, il veut retirer le carcan de métal qui plombe toujours la queue de l’animal. Puis il compte l’abandonner dans la nature pour ne plus courir le risque d’avoir des ennuis en le gardant dans son armoire.

Armé d’une vieille tenaille dénichée dans un coin oublié du dock, il ouvre son sac et attrape le dragon d’une main pour le poser sur le sol avant de s’accroupir près de lui. Il vérifie une dernière fois qu’ils sont invisibles de la route avant de s’intéresser de nouveau à l’animal. Ce dernier est recroquevillé sur lui-même, clairement perturbé d’être brutalement mis à découvert.

Il remarque que le dragon observe nerveusement l’outil destiné à le libérer et il tente de le rassurer. « Pour ta queue. » Au bout de quelques secondes, l’Huang finit par tendre son appendice en direction d’Estalio et ce dernier le saisit avec autant de délicatesse que possible.

Il lui faut de longues minutes ponctuées par des couinements de souffrance de l’animal pour réussir à le dégager. Une fois le métal dans les mains, le jeune homme n’est pas complètement satisfait de son travail : il a écorché le petit dragon à plusieurs endroits avec la tenaille. Il observe la pointe de la queue avec attention et soupire en constatant le piteux état dans lequel elle se trouve. Le carcan de métal, visiblement en place depuis des années, a laissé une profonde marque à sa base. La pointe de la queue est surmontée d’une collerette or très dure, cassée par endroits comme si on avait essayé d’émousser son tranchant. Estalio se doute que c’est effectivement ce qu’il s’est passé et n’ose imaginer la souffrance que l’Huang a dû endurer.

Le jeune homme se relève en mettant la tenaille dans son sac et s’adresse à l’animal qui se contente de bouger avec précaution la queue. « Voilà, tu es libre. »
Il se tourne pour rejoindre la route sans un regard en arrière quand la voix caverneuse du Mythe se fait entendre. « Fatigué. Seul. » Le jeune homme marque un temps d’arrêt en serrant les dents mais ne se retourne pas et rejoint la route. Il avance d’une démarche assurée en direction de sa ville natale avant de se raviser et de faire brutalement demi-tour quelques enjambées plus loin. Il revient sur ses pas et voit que le dragon n’a pas bougé.

Ce dernier répète les mêmes mots en le fixant du regard. « Fatigué. Seul. »

« Trouve-toi un autre Mythe, c’est ce que font ceux de ton espèce, non ? »

« Fatigué. » Estalio soupire en se frottant l’arrière du crâne. Il prend conscience qu’il n’arrivera pas à rentrer chez lui l’esprit tranquille en abandonnant le Mythe derrière lui. Il se baisse et ramasse l’animal pour le remettre dans son sac en abandonnant la tenaille à sa place.

En reprenant la direction de la route, le jeune homme réfléchit aux conséquences de son acte : revenir à la citadelle serait trop dangereux pour l’animal comme pour lui. D’un autre côté, le travail aux grues d’Arae n’est pas aussi passionnant qu'il s'y attendait et il s’est surpris plus d'une fois à attendre impatiemment la fin de son service pour retrouver le Mythe. De plus, grâce à la générosité de Messire Ao et à ses économies rassemblées ces derniers mois, il a suffisamment d’argent pour s’acheter une petite maison à l’écart de la ville et s’installer à son compte en tant que bûcheron.

À bien y réfléchir, malgré les dangers de la vie en extérieur, l’idée d’arpenter la forêt en compagnie de l’Huang Long est loin de lui déplaire et il se demande si d’une façon ou d’une autre, l’animal ne lui permettra pas de réaliser son rêve d’enfant : en apprendre plus sur les Mythes…
  
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