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1 « Les Chasseurs de Mythes »
Chapitre 1 « Cérémonie de recrutement »
Fort de la sagesse que lui confèrent ses dix-huit solstices d’été, Miphine Greg se tient fièrement sur l’estrade qui se dresse sur la place principale de Vijuk pour célébrer la cérémonie de recrutement. Ses yeux se promènent sur la ville, composée d’allées proprement entretenues où se font faces des maisons individuelles en bois. Ces dernières s’élèvent sur un ou deux étages et sont surmontées de toits particulièrement pointus. L’ensemble est bordé par l’immense forêt de feuillus d’Halfog qui s’étend sur des lieues vers l’Est et des champs de céréales savamment cultivés par les fermiers.

Miphine se redresse et bombe le torse pour faire honneur à son uniforme. Il aime porter la tenue officielle d’Orion et il le ferait plus souvent si elle n’était pas d’un blanc si salissant. Il lisse son pantalon large en coton épais et s’assure pour la dixième fois d’un rapide coup d’œil qu’il ne forme aucun pli en s’insérant au niveau de ses mollets dans ses bottes de cuir aussi claires que le reste de sa tenue. Il poursuit l’ajustement de sa tenue en tirant discrètement sur la veste dont les pans se croisent à l’avant pour marquer sa taille et ses larges épaules de guerrier entrainé depuis trois longues années. Le tissu blanc qui la compose est un mélange de soie et de coton fin lui donnant un aspect précieux et légèrement luisant sous les rayons du soleil qui descend de plus en plus vers l’horizon. La pâleur de la tenue contraste avec l’écusson couleur sapin marqué en fil de l’argenté du sceau de l’école : un O d’où partent les points cardinaux couleur sapin, attaché sur son cœur et brodé dans son dos. D’un geste minutieux, il retire une peluche qui s’est accrochée dans la surpiqure verte sombre de sa veste.

Maîtresse Ekiis s’avance sur le devant de la scène pour prendre la parole. Miphine respecte particulièrement son professeur de science des animaux mythiques et science environnementale qui a de nombreuses années d’expérience derrière elle. En la voyant redresser la tête, une main posée sur le carquois plein de flèches qui pend à sa taille, Miphine pose la sienne sur le pommeau de son cimeterre. Il échange un regard complice avec son meilleur ami, Tokias Eplis, qui se tient du côté opposé du professeur, sa propre main sur la garde d’une épaisse épée qui ne peut se manier qu’à deux mains. L’un et l’autre portent une tenue identique à la sienne marquant leur appartenance à Orion. La voix de Maîtresse Ekiis s’élève sans mal malgré ses soixante solstices d’été, intimant le silence à la foule en contrebas.

« L’archipel de Galaé est peuplé d’humains, d’animaux et de mythes. Ces derniers se différencient par la Mei qui coule dans leurs veines. Sans utiliser le langage des savants pour l’expliquer, c’est l’essence de ses êtres qui combine leur force de vie et leurs histoires. Il est unique pour chaque mythe, même au sein d’une espèce identique.

Pendant des centaines d’étés, malgré quelques accrochages de temps à autre, la paix a régné sur Galaé. Malheureusement, l’équilibre a été rompu entre les Hommes et les Mythes lorsque ces derniers ont revendiqué la propriété de certaines terres tout en estimant la présence de l’autre comme une déclaration de guerre et les conflits se sont multipliés.

Durant de nombreux solstices, la situation n’a fait qu’empirer, obligeant l’Homme à se retrancher toujours plus dans ses villes pour être à l’abri des attaques menées par les Mythes. Les quelques colonies s’étant installées dans les îles du Sud ou les îles d’Eau ont particulièrement souffert de la situation, ces territoires étant historiquement plus sauvages que les îles centrales.

Au plus sombre de ces années, un groupe d’humains se montra particulièrement efficace lors de chasses de mythes et il se fit remarquer auprès des Grands Guides des Terres. Ils étaient cinq, taillés pour les combats et se mettant au service de la communauté pour la protéger. Il y avait Chasseur Actéon, le meneur, Chasseur Zloac, son fidèle bras droit à la force surhumaine, Chasseresse Itrès, dont son charisme n’avait d’égal que sa capacité à débusquer et tuer sa proie, Chasseur Bhémis, dont la sagesse était reconnus par tous et Chasseur Sic, autant traqueur que médecin.

Comme beaucoup de spécialistes dans ce domaine, ils faisaient appel au Moroï. C’est une capacité rare, possédée seulement par une poignée d’Hommes à chaque génération qui leur permet d’acquérir la Mei d’un Mythe pour l’insuffler dans leur Ombre. Cette dernière semble alors prendre vie et devient un animal prêt à combattre pour son maître. Ils en avaient une telle maîtrise que rapidement on y fit référence en parlant d’art.

Leur maitrise était telle que naturellement de jeunes apprentis chasseur allaient à eux pour bénéficier de leur expertise. C’est ce qui a donné naissance à Orion, l’Ecole qui enseigne l’art de la chasse aux Mythes. C’était en 1345, il y a deux cents solstices d’été, et depuis l’enseignement n’a fait que s’améliorer et se diversifier... »
Et, blablabla…

Cela fait une demi-lune qu’ils sont sur la route à la recherche des futures recrues d’Orion et Miphine connait le discours par cœur à présent. Chaque soir, ils s’installent dans une nouvelle ville où sont rassemblés pour l’occasion les adolescents des villages alentours dans leur quinzième solstice d’été. Etant dans les îles centrales, les plus peuplées, et d’autant plus sur une des plus grosses îles de l’archipel, Mor, il devrait y avoir un recrutement intensif mais force est de constater que pour cette fois-ci, les adolescents possédants le Moroï ne sont pas légions. C’est une tendance qui empire ces dernières années, inquiétant fortement le corps enseignant d’Orion. Avec un nombre de chasseurs décroissants, l’équilibre difficilement acquis risque d’être de nouveau rompu.

Cette appréhension est clairement affichée sur le visage de Maîtresse Ekiis qui ne prend pas la peine de se cacher derrière un masque d’indifférence. Elle a les sourcils froncés la faisant paraitre plus âgée qu’elle ne l’est réellement. Plusieurs fois, il la voit repousser avec agacement une mèche s’échappant de son chignon grisonnant. Ses yeux bruns se posent avec insistance sur la trentaine d’adolescents qui se tient au pied de l’estrade n’accordant pas un regard à leur famille qui est en retrait plusieurs pas derrière eux.

Quand son discours interminable arrive enfin à son terme, Miphine la voit hésiter au moment de se mettre devant l’élégante table en bois sombre où a été dressé le nécessaire au bon déroulement de la cérémonie. Elle se met finalement en place lorsque le Grand Guide de Vijuk, un homme de petite taille au ventre bedonnant, lui tend la liste des adolescents présents pour la cérémonie. Ce dernier représente sa ville lors des grandes occasions comme celle-là et il assure au quotidien l’arbitrage des conflits qui peuvent secouer les lieux. Etant choisi par le peuple tous les deux solstices d’été, il est généralement apprécié et respecté par la population locale. Maîtresse Ekiis déroule le parchemin, pour lire le premier nom inscrit. Le Grand Guide s’écarte rapidement pour laisser la place à un jeune homme à l’allure chétive et à la démarche hésitante. Lorsqu’il lui passe devant pour se placer près du professeur, Miphine lui lance un regard paternaliste qu’il veut encourageant. Sa peur évidente lui rappelle sa propre expérience et il espère lui insuffler un peu de confiance.

L’adolescent donne sa main à la femme aux cheveux gris qui la prend sans ménagement. Elle ouvre une fiole en cristal contenant un liquide sombre et pose une pipette rattachée au bouchon sur la peau du jeune homme. Le trait foncé ainsi tracée scintille un instant avant de reprendre sa couleur sombre originelle. Dans un soupir, le professeur d’Orion rend son verdict à voix haute.

« Tarn Abij, refusé. » Pendant que l’adolescent quitte rapidement la scène pour laisser la place à un nouvel élève potentiel. Miphine tourne de nouveau la tête vers son meilleur ami qui fixe la foule avec une intensité inhabituelle. Il devine qu’il cherche ses sœurs qui doivent passer le test cette année. L’une est née en UnaLuna, deux jours après le solstice d’été marquant le début de la nouvelle année et l’autre au début du TredecimaLuna qui la clôture.

Rapidement, Maîtresse Ekiis arrive à la benjamine. « Daïne Eplis. » Lorsque la jeune fille foule le sol de l’estrade d’un pas conquérant, Miphine est soufflé par sa ressemblance avec son frère. Elle a la même haute stature, le même teint halé, les mêmes yeux bleus pétillants, les mêmes cheveux bruns que la jeune fille porte long et surtout le même sourire charmeur. Il n’y a qu’une réelle différence entre-eux : là où Tokias affiche de très larges épaules et une musculature digne des plus grands Chasseurs d’Orion, Daïne a réussi à conserver une grande partie de sa féminité malgré les entraînements intensifs qu’elle a reçus depuis son enfance. Evidemment, le corps athlétique qu’elle affiche aujourd’hui n’est pas qu’un don héréditaire mais le fruit d’un travail quotidien.

Il est de coutume pour les fils et les filles de haute famille de se préparer à une entrée potentielle à Orion. Lokas Eplis, leur père, étant lui-même un Chasseur, a donné à ses enfants la meilleure éducation possible en la matière même si la possibilité que deux membres d’une même fratrie y entrent, reste très rare. Pour faire honneur à la solennité de l’instant, la jeune fille porte une robe bustier crème en soie fine, ceinturée à la taille pour mettre ses formes avantageuses en valeur et des bottines de lin légères, ornées de broderies.

Maîtresse Ekiis applique de nouveau le liquide sombre sur le dos de la main de l’adolescente et après un bref scintillement, il prend une couleur vert pomme qui se détache clairement sur la peau naturellement bronzée de la jeune fille. Le soupir de soulagement que pousse discrètement son professeur n’échappe pas à Miphine. Sa voix retentit pour informer l’assemblée de la bonne nouvelle.

« Daïne Eplis, reçue. » Une fois l’annonce faite par un membre du corps enseignant d’Orion, l’élu n’a d’autre choix que d’intégrer l’école. Vu le sourire radieux affiché par Daïne, il est clair qu’elle est enchantée. Une brève salve d’applaudissements accueille la nouvelle, rapidement coupé par le nouveau nom cité par Maîtresse Ekiis.
« Sekka Eplis. » La cadette de Tokias s’avance à son tour sur l’estrade. Cette fois-ci, hormis les yeux bleus et les cheveux bruns de son frère, Miphine trouve peu de points communs entre-eux. Elle a la peau claire, une petite taille, cinq pieds de haut, grand maximum et un visage particulièrement inexpressif. Elle ne semble pas avoir eu à suivre les mêmes entraînements que son frère et sa sœur, affichant une silhouette fine et visiblement peu taillée pour l’effort intensif. Elle n’est pas chétive mais il a du mal à l’imaginer dans un combat au corps à corps ou pire, face à un mythe.
Même sa tenue contraste avec celle de sa sœur tant elle semble simple et loin des standards appréciés par la haute bourgeoisie. Elle porte une simple chemise claire de coton fin, coupée de façon ajustée et rentrée dans un short lâche en lin marron clair qui se plisse au niveau de ses genoux à chacun de ses pas. Ses bottines de cuir de couleur proche de celle de son caleçon ne font pas un bruit lorsqu’elle s’avance sur l’estrade. Contrairement à Daïne un peu plus tôt, quand elle tend sa main à Maîtresse Ekiis, elle n’a aucun regard pour Tokias fixant uniquement la ligne sombre que le professeur dessine avec soin. Cette dernière scintille avant de virer au vert pomme. Il y a un instant de flottement provoqué par la surprise de la découverte. Malgré ses maigres connaissances en la matière, Miphine est quasiment certain qu’auparavant, jamais une fratrie de trois enfants n’est entrée à Orion pour devenir des apprentis chasseurs. Maîtresse Ekiis finit par se ressaisir pour annoncer la nouvelle.
« Sekka Eplis, reçue. » Au lieu des applaudissements, cette fois-ci c’est une rumeur stupéfaite qui s’élève du public. Maîtresse Ekiis y coupe court pour appeler un nouvel élève et poursuivre la cérémonie.

« Colop Faber. » Miphine profite de l’arrivée du nouvel apprenti potentiel pour jeter un coup d’œil à Tokias, placé de l’autre côté de la scène. Il semble encore sous le choc de la nouvelle. Le jeune homme tente d’attirer son attention mais sans succès. Il voit à sa mâchoire serrée que la nouvelle le surprend autant qu’elle l’inquiète. Il le comprend facilement. Lui-même, venant d’une ferme, n’était pas préparé à son entrée à Orion mais il avait un solide gabarit qui lui a permis de supporter les efforts imposés par l’entraînement intensif de l’Ecole. Pourtant malgré cet avantage, son apprentissage n’a pas été une partie de plaisir. Sekka, plus faible, aura probablement beaucoup de mal à supporter le nouveau rythme qu’elle va devoir adopter.

Il reporte son attention sur la cérémonie et Maîtresse Ekiis qui continue d’appeler inlassablement de nouveaux étudiants dans l’espoir de recruter un nouvel apprenti bien que pour le moment ce soit sans succès. Voir sa tension monter en fur et à mesure que la cérémonie avance, augmente son propre stress.
Tout comme Maîtresse Ekiis, le jeune homme a des raisons d’être inquiet face au manque de nouveaux étudiants. Il sait qu’en entrant en quatrième année à Orion, il va devoir assurer le tutorat d’un premier année d’où sa présence aux cérémonies de recrutements en compagnie de Tokias. Malheureusement, le nombre de tuteur dépendra de la taille de la nouvelle promotion. Il sait également que sa chance de devenir un jour professeur à Orion dépendra en grande partie de cette condition. Le jeune homme croise donc les doigts pour que le destin se montre clément à son égard et pour que son rêve ne reste pas une chimère inatteignable.
  
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