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2 « L'Atelier »
Chapitre 1 « 12 décembre 2199 »
12 Décembre 2199 - Magdeleine


Oslo a tremblé. Le tremblement n’a pas affecté toute la haute sphère du gouvernement. Pourtant, la ville est en feu, à ce qu’il paraît. J’en ai vu des images plus tôt dans la journée, sur l’écran de mon domicile. Les sapins artificiels des rues se sont transformés en torches. Et bien évidemment, ces pauvres pantins d’arbres n’y sont pour rien. Un transporteur aérien de marchandises s’est écrasé. Encore un vaisseau de commerce attaqué. Maintenant sa carcasse fumante gît en plein centre-ville. Étonnant comme le régime se montre peu efficace pour neutraliser les pirates à l’origine de ces désastres. Le reportage ne s’attarde pas sur les pertes humaines. On évoque seulement un retour à la normale dès les prochains jours. Et manifestement, ici, personne ne semble s’affoler. Oslo n’est pas si loin.

Nous sommes à Kiev. Il sera bien temps de s’inquiéter quand la menace planera au-dessus de nos têtes, n’est-ce pas ? Mais j’oubliais, des centaines de transporteurs transitent chaque jour à travers l’épaisse couverture nuageuse de nos cieux. Qui sait si un jour, cette pollution omniprésente que nous avons nommée « vapeurs » ne sera pas à l’origine de crashs aériens. Les technologistes doivent chaque année rivaliser d’ingéniosité pour proposer de nouveaux appareils plus perfectionnés pour percer la purée de pois ambiante. Heureusement que les autorités fournissent à chacun un cache-nez pour toute sortie hors des buildings. Ce qui ne change rien au fait que nous soyons réellement attaqués. À la pollution, s’ajoute l’angoisse sourde d’une menace invisible et réelle qui peut frapper partout.

Les pirates. Des airs bien sûr. Le régime n’est pas infaillible. Il prétend seulement l’être. Et sa domination tient uniquement à sa puissance militaire et technologique. Le régime finit toujours par avoir gain de cause. Tout est une question de temps. Quant à la figure du Styrrman, pirate mythique et invulnérable, beaucoup d’entre nous sont convaincues qu’il n’est qu’un bouc émissaire fictif. Comment pourrait-il lutter contre le régime depuis plus de cent ans ? S’il a réellement existé, il est sans doute mort depuis des lustres. La milice, force militaire omniprésente du régime, aurait alors trouvé utile de conserver son squelette pour l’agiter en guise d’épouvantail devant les badauds en quête de coupables. Mais de coupables de chair et de sang nous ne voyons jamais. Même à l’Atelier, nous ignorons malheureusement quelles sont les réelles forces d’opposition aux autorités.

Nous ne sommes qu’une poignée de femmes à l’Atelier. Nous savons qu’organiser une résistance armée nous coûtera des vies. Mais qu’y pouvons-nous ? Jusqu’à maintenant nous avons vainement tenté de frapper les esprits en bravant les interdits vestimentaires. Le régime, sous couvert d’égalité entre les sexes, a raillé du paysage les attributs féminins. Le vêtement masculin est naturellement devenu la norme. Bien d’autres choses aussi se sont imposées. Mais là n’est pas le sujet. Pour lutter contre cette normalisation préjudiciable, nous nous sommes mises à fabriquer les vêtements et autres accessoires désormais interdits. Robes, jupes, chapeaux, chaussures à talons, sacs à main, etc. C’est ainsi que notre local clandestin s’est vu transformé en véritable atelier de couture. Maintenant, nous l’appelons unanimement ainsi, l’Atelier, même si sa fonction a bien évolué aujourd’hui.

Ira vient de me rejoindre dans la salle d’écriture. Il y a un rictus bizarre sur ses lèvres. Elle me donne un torchon gribouillé. Elle m’explique qu’elle vient de recopier en toute hâte un étrange message qui a envahi toutes les machines technologiques. Je déchiffre l’écriture d’Ira à la recherche de sens. C’est un message informatique, un appel à la révolte et un discours aux allures de confession où transparaît la bravade. Son auteur se dit être le Styrrman. Il fait remonter sa naissance en 2065. Ridicule. Cependant, il y a quelque chose de vrai dans ses paroles. Cet individu, quel qu’il soit, est certainement un insurgé. Et il a sans doute bien fait de reprendre cette identité. Je n’ai pas l’impression que les autorités se seraient hasardées à mettre en évidence un discours révolutionnaire sur leurs machines, leur propre réseau, le nuage. Le nuage doit toujours rester pur et univoque. Il n’empêche que comme nom de réseau on fait mieux. Chaque fois que je regarde le ciel, je pense aux nuages et donc au nuage.

Le ciel est envahi par d’épais paquets nuageux, denses et noirs. Bien rare, le jour où nous voyons le soleil ! Avec un horizon aussi sombre, le nuage du régime paraît largement plus sinistre. Les informations qui y transitent sont protégées, vérifiées, analysées et recueillies. Ce qui m’amène à une interrogation. Quelles compétences peut détenir cet inconnu pour percer à jour les barrières du nuage ? Et ainsi à une autre, quelle sera la réaction du régime face à cette menace sortie de nulle part ? Il est probable que les heures à venir nous renseignent. Les autorités ont-elles déjà censuré le message ?

L’Atelier a cela de spécial que le réseau nuageux n’y entre pas. Heureusement. Nous ne pouvons donc pas être espionnées. Par contre, nous pouvons être suivies dans nos déplacements pour se rendre à l’Atelier. Ce qui se serait révélé franchement dangereux si le bâtiment ne s’était pas trouvé en plein no man’s land. Ce territoire, jugé impropre à accueillir la vie, a été livré à lui-même. Les autorités n’y pénètrent pas. Cependant, ce n’est pas sans raison. Concernant le terrain cerclant l’Atelier, la cause se résume à la présence nombreuse d’individus dégénérés qui survivent tant bien que mal dans ce lieu d’extrême pollution. Il est moins difficile qu’on le pense de les tenir à distance. Il paraît que c’est leurs faces difformes qui provoquent la folie de tous ceux qui les croisent. Je veux bien croire que le choc est certain. Mais n’est-ce pas la preuve que notre monde est malade ?

Vivre dans la torpeur est une erreur. À l’Atelier, nous envisageons aujourd’hui le début d’une nouvelle lutte. Pour ce faire, nous avons prévu l’intégration d’une nouvelle recrue quelque peu spéciale. Elle devrait être un nourrisson fraîchement sorti de prison pour être rééduqué. Et ce serait par nos soins bien sûr. Nous en saurons plus quand les discussions entre les différents redresseurs de Kiev auront eu lieu. Pour l’heure, je dois filer.
  
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