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« Histoires d'Imaginaire »
1 « L'Oeuf de l'Imaginaire »
Publié par Diogene, le vendredi 10 juillet 2015

Quelle heure est-il ? Pourquoi s’ennuyer avec une question aussi inutile avec un soleil au radieux au-dehors? Levons-nous plutôt et allons profiter de la journée. Je suis toujours vêtue de mon inénarrable habit de nuit, dont les motifs se meuvent sans cesse, lorsque retentit l’appel. Je le regarde un instant : une cascade moussue est apparue. Elle plonge dans un lac de cristal, qui devient ensuite une rivière serpentant dans un bosquet de saules et de chênes. Je souris à l’idée du rêve qui m’aura plongé dans cette contrée, de ravissement à n’en point douter.

Un peu plus tard, alors que mon petit déjeuner se repose au fond de mon estomac, je m’apprête dans la salle de bains. Alors que je me saisis du pot contenant la poudre de dentifrice et que je l’ouvre, ...j’y découvre…un œuf. Oui, un œuf, brun moucheté, ovoïde, un œuf tout ce qu’il y a de plus ordinaire, sauf, sauf qu’il est percé à sa base. Intrigué je jette un coup d’œil à l’intérieur, où j’y distingue une écriture fluette. Impossible de la déchiffrer, même avec une loupe. Je prends alors une longue inspiration et souffle dedans. L’œuf se met à grossir démesurément, avant d’exploser dans un tourbillon de plumes, qui se pressent alors sur le sol, où s’écrie :

– Façonne-moi !

Je ramasse alors les plumes une à une dans mes mains et lorsque je les ai enfin toutes ramassées, d’une caresse, je leur insuffle une vie nouvelle, devenant Plume d’Écriture. Puis elle s’élève doucement et me fait signe de la suivre. Je lui fais alors remarquer que je suis encore dans le plus simple appareil. Mais la plume n’en a cure et ouvre brusquement la porte en grand. Quelle n’est ma surprise en découvrant le paysage qui s’étalait un peu plus tôt sur mes habits. J’entends le bruit d’une cascade aux éclats de cristal. Au loin j’aperçois une clairière vive et claire, où trône un vénérable chêne, de l’autre côté c’est un bosquet de saules et de chênes. Tendant la main, j’attrape la plume et prends la direction du lac. En chemin, je croise une végétation multicolore et luxuriante, aux accents de mon enfance lors de la chasse aux œufs de Pâques dans les bocages. Et je n’ai pas fait quelques pas que je tombe nez à nez avec un arbre à…œufs. Décidément Oniria sera toujours pleine de surprises.

– Penses-tu vraiment être en Onirie aujourd’hui ? s’exclame une voix qui rit aux éclats.

Je me retourne, rien. Je lève les yeux, je regarde autour de moi, toujours rien. Dépité je reporte mon regard sur l’arbre, où sont suspendus des œufs lumineux, brillants de mille feux. Ils sont là, oscillants, indolents, hypnotisants, de leurs lents mouvements, prisonniers du champ de pesanteur, l’esprit égaré du voyageur.

J’essaie de les compter, mais ils sont si innombrables que j’en perds vite le fil, en même temps que je me sens me perdre dans l’infini. Au fond de mon cœur, une porte vient de s’ouvrir d’où semble s’exhaler un souffle nouveau. Je me sens vivre, je me sens ivre, je me sens libre. Devant moi, les œufs se sont rassemblés, ils ne se balancent plus, ils se sont fondus en un œuf unique, couvert de motifs runiques. Tout d’un coup il explose dans une immense gerbe colorée, qui m’aveugle. Mais dès que ma vue revient, ils sont à nouveau là se balançant au gré des vents. Où donc est passé l’œuf géant ? Alors que je m’interroge, retentit de nouveau l’éclat de rire, plus prégnant et plus présent.

Dans ma main la plume s’agite tant, que je la libère et à tire-d’aile se place devant l’arbre. Tous se figent aussitôt, tels des musiciens devant leur chef. À peine ai-je formulé cette pensée, que la plume se met à danser follement et s’élève alors une musique, dont les harmoniques se mélangent à celles de mon cœur. Mais au milieu de cette symphonie, tintinnabule une clochette. Non, un grain, un grain enfermé dans un cristal : Grain de folie, grain de riz, grain de rire, grain de l’ivraie, grain de poivre, grain de sable, grain de mystère ; la ritournelle jaillit dans mon esprit. Je jurerai pourtant ne jamais l’avoir entendu, mais mon cœur sait ce que mon esprit ignore. Cependant, je n’en capte que des fragments épars et colorés, comme autant de carreaux d’une mosaïque démesurée. Sous mes yeux ébahis, les œufs, de nouveau, fusionnent pour devenir œuf géant, tandis que la plume m’invite encore une fois à la suivre. Je m’approche de l’ovoïde. Il trône à la place de l’arbre dont il a pris les teintes cuivrées et mordorées. J’en effleure alors délicatement la coquille du bout de mes doigts gourds. Elle est douce et tiède, comme ce souffle nouveau qui s’exhale hors de mon cœur. A mesure que j’en caresse la surface, je sens pulser une joie et une tristesse, au travers de la matière.

– Pourquoi ris-tu ? m’enquis-je auprès de l’œuf

– Parce que c’est dans ma nature.

– Pourquoi pleures-tu ?

– Parce que, je suis…libre

– Mais alors pourquoi ris-tu ?

– Parce que le rire est mon élan de vie. Et toi que fais, tu t'es perdu dans la clairière de lac de cristal ?

– Je suis venu chercher la source.

- Navré, mais je ne sais ce qu’elle est. Mais je vais t’aider, car tu m’as écouté.

Aussitôt l’œuf se met à se ratatiner, jusqu’à pouvoir tenir dans le creux de ma main. Seulement, j’ai peur de le blesser et puis je suis nu, alors où le ranger ? Ah non, je vous vois venir. Franchement vous croyez que c’est une idée que vous me sifflez là. Non, non, non ! Fermant les yeux, je glisse l’œuf dans ma main droite, tandis que de la gauche, j’ouvre mon cœur avant de l’y glisser. Lorsque je les rouvre, je suis toujours dans la clairière, l’arbre a disparu, laissant se dévoiler le lac dans toute sa beauté. Dedans se reflète de mille paillettes, les éclats d’un soleil sans pareil. Autour ce ne sont que buissons et arbustes chantant au gré des sifflements des vents, comme autant de harpes vibrantes. Mais en y regardant de plus près, çà et là, entre les feuillages des reflets dorés et argentés d’œufs enluminés. Alors plongeant dans une joie enfantine, je me mets à les chasser et lorsque je ne les trouve pas, c’est la plume qui me guide. Et sans même m’en apercevoir, j’arrive sur le rivage, les bras débordants de mes trouvailles. Je les dispose alors sur le sol et remarque alors les runes qui y sont gravées ainsi que la mélodie de nuances qui s’y dessine. Rétablissant l’harmonie, je les range en un arc-en-ciel chatoyant, mais j’y note un bémol. Non. Pas une fausse note, mais une note manquante, une note de cœur, une note rougeoyante. Alors plongeant ma main dans mon sternum, j’en sors l'œuf rougi à blanc par mon feu intérieur. Délicatement, je le pose au milieu de ses semblables. Rien ne se passe, des notes aigrelettes tintent dans ma tête, comme autant de clochettes. Hypnotisé par cette mélodie, je le ramasse et d’un trait de plume, je fends le lac en deux. La ride de cristal se répand jusqu’à la cascade qui s’écarte, laissant apparaître une porte imaginaire. Je m’avance alors, tel un automate, répondant à l’appel de celui qui se cache derrière jusqu’à l’étrange portail noir, où je devine s’agiter un être qui ressemble au Mat.

– Qui es-tu ? m’interroge en surprenant cet étrange être plein de couleurs.

– Qui es-tu ? me répond-il en me dévisageant de ses yeux rieurs.

– Tu ne m’as pas répondu ! Mais soit, je suis un sculpteur, mais je l’ai perdu.

– Et moi je suis le mat ! Celui qui d’une pichenette répand le chaos perdu.

– Où sommes-nous ? dis-je en regardant autour de moi le paysage chatoyant.

– Ne le devines-tu pas ? Nous sommes au centre de toute vie, dans un nœud de temps.

– Pourquoi donnes-tu à mes questions des oracles, qui sont autant d’interrogations ?

– Pourquoi ne le ferai-je pas ? Après tout je fais partie de la révélation.

– Je ne suis qu’un être éphémère et évanescent, qui ne peut en aucun cas être toi, toi le sculpteur.

– Et pourquoi dis-tu cela ? Tu es libre après tout de ta vie et de tes pensées, toi, toi le penseur.

– Non, car je suis prisonnier de ma propre liberté.

– Elle m’oblige à tourner le dos ceux que j’aime et que j’ai aimés.

– Je ne suis qu’un passeur, accompagnant celui qui d’un Voyageur est devenu un Sculpteur.

– Alors, fou, deviens la source de ma créativité, en échange je t’offre mon imaginaire où s’épanouira ta liberté

– Alors, sculpteur, j’en deviendrai le cœur. En échange, répands les fruits de cet imaginaire et offres en les fleurs à l’être aimé.

– Hélas, il me faut une clé pour ouvrir ta prison.

– N’es-tu point sculpteur ? Cette plume, comme cet œuf que tu tiens dans les mains, n’appartient pas à l’imaginaire, me souffle une voix.

Cette fois je les ai aperçus, une paire d’yeux verts et brillants, pétillants de rire. Alors prenant la plume, j’en aplanis et rassemble les barbules à son extrémité, en une forme biscornue. Ensuite, j’insère la pointe dans l’œuf qui deviendra le pommeau de ma clé. Une fois façonnée, celle-ci me brûle presque les doigts, mais ce n’est là que le fruit de mon imagination. La portant au centre du portail, elle s’y glisse sans malice et y disparaît, faisant alors voler en éclats le voile noir. S’échappe alors une brume aux couleurs de l’infini et de l’impossible, hurlant de joie et de tristesse. Ouvrant alors en grand mon poitrail, je lui déclame :

– Ô être de folie, épris de liberté. Tu t’es toi-même emprisonné. Viens dans ce cœur d’imaginaire, qui est le mien, devenant la source de ma création, ferment nouveau de futures relations.

Aussitôt la vapeur m’investit devenant à l’intérieur un Rêveur, tandis que de Voyageur, je deviens Sculpteur. Ramassant alors l’œuf de l’Imaginaire, devenu Clé de l’Imaginaire, je referme mes côtes arrachées. De Voyageur, je suis devenu Sculpteur, Sculpteur de Rêves façonnant le réel pour le transmuter en imaginaire, qui n’aspire qu’à faire découvrir et partager, ces mondes, que, sans cesse, je découvre.

  
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