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2 « La Marque d'Ombre »
Prologue
Publié par Diogene, le vendredi 1 janvier 2016

– Docteur. Je l’ai encore fait !

Le patient se tenait devant lui, enfoncé autant qu’il le pouvait dans le fauteuil en cuir. Ce dernier se tordait nerveusement les mains, comme un enfant que l’on aurait pris en flagrant délit. C’est à peine s’il osait lever la tête et regarder son thérapeute. Il préférait garder sa mine de chien battu pour lui en fixant le bout de ses chaussures.

– Pourquoi ai-je mis ses affreux mocassins ? se demandait-il.

En fait, il voulait écarter de lui ses pensées de la nuit.

– Qu’avez-vous encore fait ?

Le médecin avait une voix très douce, presque mélodieuse. Il la sentait s’insinuer dans les replis de son esprit, mais les mots refusaient de sortir. Depuis combien de temps était-il ici ? Cinq minutes, un quart d’heure, une demi-heure, plus ? De toute façon, il ne voulait pas savoir. Le temps défile et c’est bien ainsi. À un moment ou un autre, viendra le moment où son médecin lui annoncera la fin de sa séance. Alors, il paierait et s’en irait, pour y revenir, encore et encore, jusqu’à ce que cède la carapace épaisse de son inconscient.

– Monsieur Verdoux ?

Le patient sursauta, il s’était encore perdu dans le dédale de ses pensées.

– Monsieur Verdoux. Qu’avez-vous encore fait ?

Il relève la tête, ses traits creusés, sa barbe abondante et ses yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, accentuent encore plus son magnétisme naturel. Ses cheveux bruns sont soigneusement peignés, avec une raie sur le côté.

– Je… je… cette nuit, ça a recommencé.

Ses pupilles se dilatent et sa peau devient moite, l’angoisse monte à mesure que viennent les mots.

– Nous ne sommes que tous les deux, monsieur Verdoux. Nous sommes dans mon cabinet.

Mais l’homme ne réagit pas, son regard est toujours aussi vide et ses membres amorphes. Il se lève alors et pose ses mains sur ses tempes, qu’il masse doucement. Puis dans le creux de son oreille, lui insinue des mots doux comme du velours, des syllabes dont le bruissement serait un mouchoir de soie :

– Où êtes-vous monsieur Verdoux ?

Les sons s’étirent ,suaves, hypnotiques, presque gourmands. Dans leurs orbites, les yeux s’agitent en tous sens et un murmure s’échappe des lèvres entrouvertes :

– Considérons n lancers d’une aiguille, de longueur l inférieure ou égale à la largeur d’une latte de parquet. On peut considérer alors que toutes les positions différentes de l’aiguille mises bout à bout forment un polygone à n côtés. Plus n est grand plus ce polygone se rapprochera d’un cercle. Le périmètre P de ce cercle vaut alors P=nxa. Donc, le diamètre de ce cercle vaudra D=P/π=nxa/π..

– Mon… sieur Ver… doux.

La voix se glisse, sinueuse, délicate, suave, presque langoureuse, elle lui délie l’esprit et, encore une fois, en ouvre les portes. Devant lui, se tient une femme. Elle est floue, comme si sa vue était brouillée de larmes. Il lui semble apercevoir un autre visage, plus dur, plus acéré, mais il disparaît bientôt. Entre ses mains, il tient un trousseau. Il a retiré une petite clé, qu'il il brandit bien haut, une petite clé dorée, puis la pose. Une petite tache de sang l’a souillée, dans sa main un couteau. Il s’approche alors de la femme, plus blanche encore que son châle, lève la lame et tonne :

– Il vous faut mourir madame !

L’homme tient entre ses mains le manche du poignard, enfoncé dans sa gorge :

– Notre séance touche à sa fin, monsieur Verdoux.

L’homme le fixe de ses yeux gris. Des yeux d’où rien ne semble vouloir s’échapper. Combien de temps s’est-il écoulé. Une heure. Oui, une heure. C’est le temps d’une séance, une heure. Soixante minutes, trois mille six cents secondes, environ autant de battements de cœur. Il se lève et regarde de nouveau ses chaussures :

– Non, vraiment. Ces chaussures ne sont pas assorties.

L’homme lui tend une carte, lui tend un papier froissé.

– A bientôt monsieur Verdoux.

Dans le fauteuil une ombre sourit.

  
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