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« Textes Annexes et Autres Nouvelles »
Chapitre 1 « Joyeux Noël les Gars ! »
L’avantage du C4, c’est qu’il est stable et qu’il ne dégage pas d’odeur. Hyper pratique quand on est au beau milieu d’un nid de cafards, au plus près de son cœur, et qu’on doit passer inaperçu pour pouvoir armer son petit paquet surprise.
La question de l’odeur – de mon explosif en tout cas, la mienne étant contenue par la combinaison intégrale que je porte sous mon uniforme et qui retient toutes mes émanations corporelles – étant réglée, reste le problème épineux du bruit. Parce que ça, y’a rien qui puisse le camoufler, à part des gestes lents et mes camarades à l’extérieur.
Ah oui, faut que je vous explique notre manière de procéder : lorsque nous attaquons des nids de cafards, nous le faisons en deux vagues. Une première fait diversion et attire un maximum de bestioles hors de leur résidence. La seconde prend alors position au plus près de l’entrée, avec pour mission de veiller pendant que l’élément clé va poser son paquet surprise à l’intérieur. Si vous n’avez pas suivi, c’est de moi dont je parle là.
Mes copains sont donc en train de monter la garde pendant que les autres ont attiré les cafards dans un guet apens et essaient d’en bousiller un maximum avant qu’ils ne se replient directement vers leur nid. D’ailleurs, dans l’oreillette que je porte, c’est ce qui vient de se passer : la retraite a été lancée et je n’ai plus que quelques minutes avant qu’ils ne rappliquent ici.
Je me trouve dans une galerie toute proche de la salle de ponte. Elle est assez haute et large pour que je m’y tienne accroupi, et je viens de fixer mon dernier pain de C4 sur la paroi. Le détonateur se trouve au beau milieu de ma sculpture en pâte à modeler explosive, et je le programme pour qu’il explose dans deux minutes. C’est le temps qu’il m’a fallu pour arriver sur jusqu’ici, et j’ai bien l’intention de mettre encore moins de temps pour en sortir.
Un sentiment de prudence me saisit soudain, et j’envisage très brièvement d’augmenter le délai à deux minutes trente. Mais je n’en fais rien. Trente secondes ça ne parait pas grand-chose, mais ça peut tout changer : les cafards peuvent me repérer, me donner la chasse, et se trouver massivement dehors lorsque la détonation aura lieu. Résultat des courses : l’équipe de soutien devra ouvrir le feu, gaspiller des munitions et peut-être des vies humaines, pour une opération qui aurait dû se solder par une purée de cafards, et pas un hachis menu. Je laisse donc mon minuteur sur la durée initialement prévue. Et alors que je m’apprête à appuyer sur le bouton qui va lancer le compte à rebours, un bruit sur ma droite me fait suspendre mon geste.
Lentement, très lentement, je tourne la tête en direction de l’origine du bruit, même si je sais déjà ce qui l’a causé et ce que ça implique pour moi. Je vois apparaître la corne caractéristique d’un scarabée rhinocéros, une de ses bestioles qui mesurent deux mètres au garrot grâce au génial traitement du Professeur Elroy. L’insecte géant s’arrête pour me regarder, et même si ses yeux ne sont pas expressifs, je sais qu’il me fixe pour déceler quel sera mon prochain mouvement. Car non seulement ces mutants sont gros, mais en plus ils sont intelligents. A moi de l’être plus que lui.
Ce n’est pas la première fois que je fais ce genre de rencontre lors d’une mission. Et je m’en suis toujours tiré grâce un truc qui s’appelle l’instinct de survie. Réfléchir c’est bien, mais parfois, c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Alors je m’exécute.
Mon doigt appuie sur le lancement du minuteur, et sans attendre mon reste, je m’élance dans la direction opposée de la bestiole, aussi vite que je le peux. Vous allez me demander comment je peux courir alors que je n’ai même pas la place pour me tenir debout. Et bien vous seriez surpris de la vitesse à laquelle vous pouvez aller plié en deux avec un scarabée géant aux fesses. Et puis, cette galerie très basse a clairement été creusée par des fourmis, qui ont le corps plus fin, souple et surtout moins haut. La corne qui lui vaut son nom se heurte souvent au plafond, provoquant une pluie de cailloux sur moi. Et ça le ralentit.
Dans ma tête, je décompte les secondes, tout en entendant dans mon oreillette les avertissements de plus en plus pressants de ma garde rapprochée.

— Ils arrivent, Lieutenant ! Et ils nous ont repérés. Quels sont les ordres Lieutenant ? !
— Barrez-vous ! je beugle. Barrez-vous !
— Mais Lieutenant...
— C’est un ordre !!!!
— A vos ordres, Lieutenant.

J’entends l’ordre de repli fuser, et aussi celui des tirs, sans savoir s’ils viennent de l’extérieur ou bien de mon oreillette. Il faut dire que je concentre tous mes sens sur ma fuite, et que rien d’autre ne compte plus pour moi que de m’extirper aussi vite que possible de ce trou à rats – enfin à cafards. C’est à peine si j’entends l’information que me transmettent mes hommes à l’extérieur, à savoir qu’ils essaient d’entraîner le reste du nid vers l’entrée principale, et pas celle vers laquelle je me dirige. Si la chance est de mon côté, je n’aurais pas de comité d’accueil à ma sortie, ce qui augmentera considérablement mes chances de survie. J’en suis déjà à cent dans mon décompte, ce qui me donne encore vingt petites secondes pour déboucher à l’air libre.
Alors que je vois la lumière au bout de mon interminable tunnel, je me fais littéralement pousser dehors. Mon poursuivant a dû trouver que je m’attardais un peu trop et m’a assené un bon coup de sa corne dans le dos. Juste au moment où je comptais « cent dix-neuf » dans ma tête. Son attaque me coupe le souffle – et me casse probablement quelques côtes – et je m’imagine déjà piétiné lorsque l’explosion retentit. Et son souffle me balaie comme un simple fétu de paille...
Je perds toute notion de haut, bas, gauche, droite. Je vole, mais croyez-moi, ça n’a rien d’agréable. Parce que je sais que l’atterrissage va probablement me tuer, et que même si je m’y suis préparé depuis que j’ai rejoint l’armée, c’est assez flippant de voir que ce moment est déjà arrivé. Merde, j’aurais bien dégommé quelques cafards de plus.
Dans un bref sursaut de survie, je me roule en boule en espérant que ça amortira l’impact. Sauf que j’atterris finalement sur le côté, pile poil sur mon bras gauche. La douleur que provoque mon os en se cassant m’arrache un hurlement, que j’entends distinctement avant d’être étouffé par l’éboulement de roche qui me tombe dessus. J’ai peut-être mis un peu trop de C4, le nid était censé s’effondrer sur lui, pas exploser façon champignon atomique. Tant pis, je m’en souviendrais pour une prochaine fois. Ou pas.
Je sens ma conscience qui m’abandonne. Mon corps me lâche. Ma dernière pensée est qu’aujourd’hui, c’est Noël. Mourir ce jour-là, c’est assez original, non ?

***


Le paradis est humide. Et remuant. Et bruyant. Et douloureux. A moins que je ne sois en enfer. Nan, pas possible. J’étais un chouette gamin et tout ce que j’ai fait en devant adulte, je l’ai fait pour venger ma famille. Je mérite bien une place dans les nuages, non ?
En tout cas, moi qui espérait qu’une fois là-haut, toutes mes blessures seraient guéries, je me suis bien planté. Mon dos hurle à chaque soubresaut, et mon bras est un enfer de douleur à lui tout seul. Mes oreilles bourdonnent comme si une ruche s’était nichée dans mon crâne, et j’ai l’impression qu’on essaie de me noyer, car de l’eau glacée ne cesse de dégouliner sur mon visage, tandis qu’on me gifle les joues.

— Lieutenant, réveillez-vous !

Ah tiens, j’entends de nouveau. On dirait la voix... Mais oui, c’est bien la voix de mon Sergent, celui qui était dans le véhicule qui m’a emmené au nid et qui me tenait au courant de ce qui se passait à l’extérieur. Lui aussi est mort ? Zut, c’était un bon gars, et un super soldat. Il aurait mérité de vivre...

— Lieutenant, ouvrez les yeux ! Y’a une belle infirmière à poil sous sa blouse qui vous attend.

J’essaie de faire ce qu’il me dit, parce que les goûts du Sergent en matière de femmes sont assez discutables. Et lorsque mes paupières se soulèvent, ce que je vois n’a absolument rien de sexy.
Mon Sergent me surplombe, couvert de poussière, et derrière lui, j’aperçois un ciel bleu sans nuages.

— Ah, me dit-il, bienvenue parmi nous Lieutenant. Vous nous avez fait un sacré vol plané ! Faudrait pas oublier que c’est au corps des Marines que vous appartenez, pas à celui de l’Air Force.
— Je suis vivant ? ! je m’exclame, un peu trop vivement au goût de mon corps.
— Oh oui ! Bien amoché, mais vivant ! Z’avez vraiment une chance de cocu ! Quand on vous a vu voler et finir sous les rochers, on n’a pas cru que vous pourriez survivre. Mais comme il était hors de question de laisser votre cadavre au milieu de ceux des cafards, on a été vous chercher.
— Sacrée idée que vous avez eue là, Sergent...
— Ouais, ça m’arrive. Vous avez un bras de cassé, quelques côtes amochées, et probablement un truc au crâne. Le doc est prévenu et vous attend. Essayez de ne pas bouger jusqu’à ce qu’on arrive.
— Ça c’est un ordre que je vais me faire un plaisir de suivre !

J’avale un peu d’eau qu’il me verse doucement dans la bouche, et même si je m’étrangle un peu en avalant, ça me fait un bien fou.

— Sergent, je demande une fois que j’ai fini. Et la mission ?
— Un succès complet, Lieutenant ! Ça a pété vers le haut, pas comme vous aviez prévu, mais l’impact a fait s’effondrer le reste du nid et les rochers ont écrasé ceux qui étaient encore dehors. On a achevé ceux qui restaient encore debouts au lance-roquettes.
— Chouette nouvelle. Ça devrait nous donner un peu de répit avant la prochaine mission.
— Ouais. Et surtout vous donner le temps pour vous réparer. Il faudra être en forme pour rejoindre Denali.

Denali. Ça me revient d’un coup. Ma prochaine mission n’est pas un nid à faire exploser. Mais une expédition vers l’Alaska pour rejoindre une autre base, qui a besoin de renforts. Ce qui est bizarre car là bas, vu le froid qui y règne, y’a pas beaucoup de cafards. Mais bon, je suis un soldat, et si mon Etat Major me dit d’aller quelque part, je le fais.
J’entends les autres gars dans le véhicule me féliciter, tout comme ceux qui ont joué les appâts et qui nous précèdent. Et c’est alors qu’une pensée me traverse l’esprit, et je demande au Sergent de me passer la radio.

— Au fait, soldats, je commence.
— Oui Lieutenant ? me réponds le gars à l’autre bout du fil.
— JOYEUX NOEL LES GARS !!!

Des hourras et des éclats de rire me parviennent en réponse, autour de moi ou dans la radio, que je rends au Sergent. Finalement, même si j’étais presque prêt à y rester aujourd’hui, je suis content d’avoir survécu.
Je mourrai un autre jour.
  
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