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2 « Le Cycle d'Aymerick »
Chapitre 1 « »
Sous le soleil, tout le jour, elle rit,

Douce et agréable à toute heure.

Mais de cette charmante amie,

Seule la lune entend les pleurs...


Toujours belle, toujours jolie,

La voir ainsi est un bonheur.

De ce visage qui sourit,

Seule la lune entend les pleurs...


De ses paroles elle vous ravit,

Vous inondant de sa chaleur.

De cette chère compagnie,

Seule la lune entend les pleurs...


Douce Reine d'or, quel malheur :

Seule la lune entend les pleurs...



Poète anonyme




*********



Je déposai la lourde pile d'assiettes, reliefs du déjeuner, à côté de la bassine déjà bien garnie. Comme à son habitude lorsque c'était notre tour de corvées, Nälya me lança un regard noir. Je lui répondis avec mon plus beau sourire.

- C'étaient les dernières. Amuse-toi bien !

La jeune fille, de quatre ans mon aînée, se redressa pour s'étirer le dos.

- File d'ici avant que je te plonge la tête dans l'eau sale, Aymerick.

Je ris de bon cœur à sa remarque et filai dans la cour en esquivant un torchon sale lancé après moi. Nälya était arrivée à la Tour avec le dernier Appel, tout comme mon ami Dënorh. Elle avait encore ce côté bourru et méfiant qu'ont les personnes habituées à vivre et à s'en sortir seules. D'ici quelques mois, sa véritable personnalité se révèlerait et je ne doutais pas qu'elle ferait une agréable compagnie. Depuis six ans que je vivais entre ces murs, j'avais eu le temps de voir comment les personnalités évoluaient en s'installant ici.

Je l'entendais encore grommeler après avoir fait quelques pas dans la cour. La prairie qui entourait les bâtiments des Aspirants était un endroit vraiment agréable pour passer ses moments de liberté, d'autant plus par une si belle journée. Je balayai l'espace du regard, à la recherche de mon ami, lorsqu'une ombre passa sur moi. Nul besoin de lever la tête : il n'existait rien de plus imposant dans les cieux qu'un Aîné. Et je n'étais pas le seul à avoir assisté à cette apparition. De l'herbe haute, à quelques mètres de moi, surgit un jeune homme à la tignasse brune. Je le regardai, amusé, s'élancer vers l'arbre en contrebas où nous avions l'habitude de nous retrouver. Il était déjà perché dans ses branches lorsque j'arrivai et n'avait pas même remarqué mon approche. Autant profiter de la situation pour lui jouer un tour ! J'inspirai profondément et pris ma voix la plus autoritaire, forçant sur les graves.

- Aspirant Dënorh !

La réaction fut immédiate. Il sursauta à tel point qu'il faillit glisser de sa branche. Ne pouvant me retenir plus longtemps, je laissai éclater mon rire.

- Aymerick, triple andouille ! J'ai bien failli me briser le cou !

J'en doutais fort, mon ami étant bien trop agile pour se laisser choir pour si peu, mais je gardai ma remarque pour moi, me contentant de le rejoindre. Jetant un regard par dessus le muret qui nous séparait de l'espace réservé aux Maîtres et aux Aînés, je restai béat en découvrant Dame Lëysha au bord du lac. Rien d'étonnant à ce que Dënorh eût été trop absorbé pour me voir arriver. Vie était de loin la créature la plus envoûtante que ce monde eût jamais portée.

- Ce n'est vraiment pas gentil de garder ça pour toi, Dënorh. Tu pourrais penser à ton vieux pote quand même.

Mais il ne releva pas la pique. Nous restâmes ainsi, silencieux, fascinés, jusqu'à ce que l'Aînée s'élançât à nouveau vers les cieux et regagnât la Tour. J'assénai alors un coup de coude bien placé entre les côtes de mon ami. Je mettais un point d'honneur à l'aiguillonner, le taquiner, à longueur de journée. Comme Nälya, Dënorh faisait partie de ces jeunes à qui la vie n'avait pas fait de cadeau avant de leur offrir leur chance ici. Mais là où la jeune femme était bourrue et solitaire, mon ami, lui, était presque vide et froid. Il s'était d'abord fait remarquer physiquement, étant le plus jeune du groupe qui avait entendu l'Appel avec lui, son air décharné le rajeunissant encore plus. Puis les autres s'étaient rapidement méfiés de lui. Son regard vide, son absence de réaction, le mutisme dans lequel il était plongé le rendaient presque hostile aux yeux de nos condisciples. Je l'avais attrapé le jour même de son arrivée en train de chaparder dans les cuisines. C'était là l'étrange début de notre amitié. Si aujourd'hui il était bien plus ouvert qu'alors, il lui arrivait par moments de s'abîmer dans ses pensées. Le sortir de ses noires réflexions était le rôle que je m'étais assigné et Dënorh le valait bien.

- Avoue que tu maudis chaque jour cette règle idiote de limite d'âge qui t'a valu de rater la Mue de Dame Lëysha à deux petits mois près.

Mon terrain favori pour le taquiner. J'y avais cru pourtant, à sa succession. La fascination qu'il éprouvait pour Dame Lëysha m'avait convaincu qu'il serait son prochain Maître. A présent je craignais, au fond de moi, qu'il n'eût raté sa chance et ne restât Aspirant toute sa vie. Mais je gardais mes doutes cachés et écoutais d'une oreille distraite sa rengaine habituelle en lui tapant sur l'épaule.

- Mais oui, bien entendu. Maître Ilvin commence à se faire vieux. Tu règneras sur la nuit aux côtés de Dame Dënya au lieu d'être le Maître des Maîtres. C'est toujours ça.

Je sautai à bas de notre perchoir avant qu'il ne pût répliquer et pris la fuite vers le bâtiment des dortoirs. Dënorh sur les talons, je lui lançai quelques piques sur ses jambes faiblardes et sa tignasse de sauvageon. Puis nous nous séparâmes le temps de chercher carnets et plumes dans nos dortoirs respectifs et nous prîmes ensuite le chemin de notre salle de classe.

Installés à nos pupitres habituels, Dënorh rêvassait dans son coin tandis que je griffonnais les pages de mon carnet. Celui-ci était bien plus rempli de croquis en tous genres que de notes. Sept années à écouter les mêmes rengaines sur les Aînés, je les connaissais par cœur depuis longtemps. Le dessin, en revanche, avait toujours été ma grande passion et bien qu'en deuxième ligne pour succéder à mon père à la tête de ses affaires, il n'avait jamais apprécié que je perdisse mon temps à ces "sottises". A présent, plus rien ne m'empêchait de me vouer à mon art. Une fois satisfait de mon esquisse de Dame Lëysha, j'attirai l'attention de Dënorh d'un coup de coude pour la lui montrer. Sa réaction indignée m'arracha un gloussement qui me valut des regards noirs de la part de mes condisciples autour.

La journée s'écoula sans histoire et, à la fin du dîner, j'allais attendre sous notre arbre que Dënorh eût terminé ses corvées. Chaque jour s'achevait ainsi, nous trouvant rêvassants, adossés au tronc. Lorsque, finalement, le sommeil me gagna, je me levai et baillai théâtralement. Ebouriffant les cheveux de mon ami, je lui lançai la dernière pique de la journée.

- Ne t'endors pas là, si tu tombes malade tu pourrais manquer une nouvelle fois ta chance de devenir Maître.

Son grognement d'animal revêche me fit glousser puis je l'abandonnai en lui souhaitant la bonne nuit. Regagnant la chaleur accueillante de mon dortoir, je me glissai entre les draps et sombrai rapidement dans le sommeil.

Ce fut la voix de Lënoriack, assistant de Maître Alnya, aboyant des noms dans le couloir qui m'arracha à mes songes. Je sautai dans mes vêtements et filai avec mes camarades en direction du Nid, le cœur battant la chamade. Si mon esprit encore endormi ne m'avait pas joué de tour, Dënorh avait été appelé à se présenter à la Mue et il était hors de question que j'en rate la moindre seconde.
  
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