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Le blog de « Le Mythe des Arbres Orgueilleux »
Louarg vendredi 16 septembre 2016 à 19h03
Extrait de la Petite Ontologie et Ethnologie de Leeri par Lenne Brignez, Lorpag Zul et Zazazille Darogaz


Les Ambulants (& les Primitifs)

Lorsqu'il s'agit de parler des Ambulants, il est difficile de ne pas évoquer leurs parents. Les Ambulants sont issus d'une union entre un Primitif et un humain, ou plus précisément, ils possèdent un Primitif parmi leurs ancêtres. Leur apparence ressemble en tous points à celle des humains, et un œil profane aurait bien du mal à les distinguer. Cependant, il est primordial de comprendre que les Ambulants sont une race autant qu'un peuple et ne sont pas des humains, quand bien même ne porteraient-ils en eux qu'une infime goutte de sang de Primitif.

Le peuple Ambulant est relativement jeune, étant donné qu'il n'a que quatre siècles. Avant cela, les unions entre Primitifs et humains existaient, mais elles étaient vues comme des relations immorales et, aux yeux des Primitifs tout du moins, le fruit de cette union était une abomination. De sorte que, les rares Ambulants qui virent le jour il y a plus de quatre siècles furent élevés par des humains quand ils n'étaient pas tués, et ils n'avaient alors d'autres choix que de renier leur singulière origine.

Pour mieux comprendre l'origine des Ambulants, il est judicieux de connaître la situation et les enjeux de l'époque. Notamment, il faut se rappeler que les Terres Marchandes étaient alors un brasier sanglant et que ses habitants vivaient et survivaient en pleine Guerre des Manuscrits. Un conflit qui porte bien son nom car ce dernier dura si longtemps qu'aucun homme ne se souvenait du début des exactions. C'était là l'un des plus grands avantages des Primitifs.

Puis, arriva Tjiir Owovil etan Meavil, un jeune mage prometteur de Luv-Yr qui était parvenu à unir les terres de l'est, fondant le royaume dezien*. Le roi Tjiir fut certainement l'un des plus grands adversaires des Primitifs durant la guerre. Et à la mort du roi*, ses opposants, malgré leur victoire, pansèrent leurs plaies avant de s'en retourner sous terre.

La victoire des Primitifs était indubitablement amère. Les pertes qu'ils avaient subies étaient conséquentes, et surtout, chaque membre de leur peuple était irremplaçable. Avec un taux de natalité extrêmement bas, ils comprirent qu'ils ne pouvaient continuer à rivaliser avec les humains de cette manière. Si ces derniers étaient des roseaux ou des bambous croissant audacieusement et se moquant d'une coupe prématurée, les Primitifs étaient des arbres centenaires, des imposants séquoias dont la mort était une tragédie.

Les Primitifs* avaient besoin d'une armée. Une troupe indéfectible dont ils pourraient disposer et se servir comme bon leur semble. Cette simple idée signa, à mon humble avis, la naissance de tout un peuple : les Ambulants.

À cela, on pourrait réfuter que les Ambulants n'ont jamais été une armée et que leur force militaire était tout juste médiocre : peu d’entre eux, en effet, étaient des combattants. Au contraire, la plupart sont des artisans, des marchands ou des troubadours. Les Ambulants ne cessent de voyager, arpentant les Terres Marchandes sur de grands chariots : les Kew. Un groupement de Kew et d'autres plus petits chariots est appelé Convoi. Un Convoi est souvent composé de plusieurs centaines d'Ambulants, soit l'équivalent d'un petit village et est dirigé par le Uo, le chef du groupe.

Comme je l'ai déjà dit, les Ambulants ne sont pas des guerriers, et d'ailleurs, pour les protéger, les Primitifs firent appel à leurs vieux alliés : les Déserteurs du Soir. Ces derniers chargèrent certains de leurs combattants de protéger les Convois. De nos jours, on appelle ces gardes du corps des Lectavis.

Pour en revenir à notre histoire, puisque les Ambulants n'étaient pas des soldats, quel pouvait donc être leur intérêt aux yeux des Primifs ? Il suffit de voir l'évolution des relations économiques comme politiques des siècles qui suivirent pour comprendre. Les Ambulants étaient des marchands et leur mode de vie nomade leur permettait de toucher l'entièreté des Terres Marchandes. De par leur commerce, ils se firent de nouveaux alliés comme les Brolls ou les Mustav-laz. Les ruhons, quant à eux, obsédés par leurs guerres de territoire, ne voyaient en les Ambulants que des grands groupes de colporteurs avec lesquels ils pouvaient acquérir les matières premières dont ils manquaient.

Mais c'était là, justement, leur force. En quelques décennies, les seigneuries ruhondes devinrent dépendantes des trocs réalisés avec les Ambulants. De sorte que, et bien que les Ambulants ne soient en possession d'aucun territoire, ces derniers étaient devenus le principal pilier économique des Terres Marchandes. En définitive, la stratégie des Primitifs s'étaient avérées payante.

On pourrait cependant se demander quelle assurance ces derniers ont que l'armée de marchands qu'ils ont créé ne se retournera pas contre eux à l'avenir. La réponse tient en deux mots : les Principes.

Si vous, lecteur, habitez les Terres Marchandes, vous avez certainement entendu parler de ces fameux Principes, en particulier le premier, celui concernant les contrats, mais probablement n'en savez-vous guère plus. Après tout, les Ambulants se montrent assez secrets sur le sujet. J'ai eu la chance d'accéder à ce savoir bien gardé et je compte bien le partager, mais avant tout, par égard pour les lecteurs originaires d'autres contrées, je vais d'abord expliquer en quoi ils consistent.

Il est dit que les Primitifs édictèrent neuf Principes que les Ambulants se devraient de respecter, quoi qu'il en coûte. Ces Principes sont assez similaires à des lois, à la différence près qu'ils ne peuvent tout simplement pas être enfreints. En effet, théoriquement, quand bien même le souhaiterait-il, un Ambulant ne peut enfreindre les Principes. Cela est cependant faux dans la pratique, car ces neuf lois sont classées par ordre d'importance. Si deux Principes se contredisent, l'Ambulant suivra le Principe le plus important.

Dans leur ordre d'importance :

— Principe 1er : Tu respecteras ta part des contrats.
— Principe 2ème : Tu obéiras aux Primitifs.
— Principe 3ème : Tu ne tueras pas un Primitif.
— Principe 4ème : Tu ne tueras pas un Ambulant.
— Principe 5ème : Tu ne compromettras pas ton peuple.
— Principe 6ème : Tu ne compromettras pas le Convoi.
— Principe 7ème : Tu obéiras au Uo.
— Principe 8ème : Tu ne prendras pas part directement aux querelles des autres peuples.
— Principe 9ème : Si deux contrats entrent en conflit, le premier établi sera prépondérant.

De cette manière, les Primitifs se sont assurés l'allégeance des Ambulants. Mais je devine vos questions. Quelque chose ne colle pas avec l'ordre de ces Principes. Si ces derniers ont été édictés dans le seul but de restreindre les libertés des Ambulants, le premier Principe est une singularité. Puisqu'il se trouve en première position, cela signifie qu'il est prépondérant à tous les autres, et de ce fait, un Ambulant ayant fait un contrat allant à l’encontre de la survie de son peuple voire du peuple des Primitifs pourra agir comme bon lui semble.

Ma théorie est que les Primitifs n’avaient tout simplement pas le choix. Certaines de mes sources laissent à penser que les Primitifs eux-mêmes seraient soumis au premier Principe. De sorte que si l’on ne possède qu’une fraction seulement du sang d’un Primitif, on devrait se plier à cette règle. Probablement que les maîtres des Ambulants, refusant de pointer du doigt une telle faiblesse, ont délibérément placé cette contrainte innée au sein des Principes. Bien sûr, cela n’est qu’une hypothèse. Ayant personnellement assisté aux terribles tourments d’un Ambulant qui allait à l’encontre d’un de ses contrats, je n’ose imaginer quelles conséquences un Primitif doit subir lorsqu’il en enfreint un.




*Deviendra par la suite l'empire Dezan.
*Le corps de Tjiir Owovil etan Meavil n'a en fait jamais été retrouvé. Une tombe, vide, lui est dédiée à Golorgaz. Beaucoup pense qu'il aurait succombé dans les Musades et que sa dépouille giserait dans les profondeurs des marais sans fonds qui borde le territoire du Midra. Mais que Tjiir ait été tué par les Primitifs ou non n'a que peu d'importance. Ce qui est certain, c'est que les Primitifs furent, lors de la confrontation, victorieux.
*Beaucoup de textes datant de la guerre des manuscrits évoquent « le Maatre », une entité qui serait étroitement mêlée aux Primitifs. Son rôle reste indéfini et les soi-disantes preuves de son existence sont vagues et douteuses. Dans la plupart des ouvrages que j'ai parcouru, il semblerait qu'il inspire beaucoup de respect aux Primitifs. D'autres manuscrits évoquent les Sept, les plus anciens des Primitifs, qui dirigeraient leur peuple et prendraient toutes les décisions.


Par la plume de Lorpag Zul,
historien et maître académicien d'Illidarmas


Les Commentaires (Commenter)
Beatrice Aubeterre
lundi 19 septembre 2016 à 22h18
Un article extrêmement fouillé, qui semble droit sorti d'une encyclopédie ! Il donne envie de découvrir ton monde ! :)
Louarg | mardi 20 septembre 2016 à 13h11
Merci, Beatrice !
Isabelle
vendredi 23 septembre 2016 à 08h24
Voilà un article fort complet qui montre à quel point ton univers (monde serait limitatif) est développé. Félicitations
Louarg | dimanche 25 septembre 2016 à 17h36
Content que l'article plaise !
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