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1 « Révolution »
Chapitre 1 « Au nom du père »
LA SEMAINE SUIVANTE – MEMORIAL HOSPITAL

Les premiers jours suivant le drame, Jeremiah Lloyd s’était bien gardé d’apparaître en public ; les journalistes piétinant devant sa demeure n’obtiendrait de lui aucune déclaration officielle pour le moment. Non, cela il le réservait pour le moment où le seul survivant de ce qui faisait déjà office d’attentat contre les intérêts de sa compagnie, sortirait du coma artificiel dans lequel il était plongé.
Les bips des instruments de mesure emplissaient la pièce de sonorités peu agréables et Morgan restait étendu sur le lit, immobile. Un bandage serré couvrait son crâne tandis qu’une pompe forçait sa respiration ; d’après l’armée de médecins et de spécialistes, le choc reçu sur son crâne lors de l’explosion avait provoqué l’apparition d’un point de compression sur son cerveau.

Martha Lloyd observait son fils à travers la baie vitrée du couloir d’un air las ; elle avait peu dormi depuis l’incident au laboratoire et la tristesse d’avoir perdu son premier enfant n’était contenue que par l’espoir de voir le second sortir de son état léthargique. Elle avait perdu pied quand les officiers de police étaient venus leur annoncer le décès de James à leur manoir retiré du domaine d’Andore. Puis elle s’était murée dans un mutisme froid, laissant parfois perler au coin de ses yeux olivine une larme rebelle.
« Martha ? fit son mari derrière elle. Max te raccompagne à la maison, Olivia nous préviendra au moindre signe d’amélioration.
— Es-tu à ce point insensible ? répondit-elle sans lui faire face.
— Ma chérie…
— Nos enfants, Jeremiah… Je viens d’enterrer l’un de mes fils, et l’autre est dans cette chambre, sais-tu seulement pourquoi ? »
L’homme à la chevelure grisonnante baissa un regard insensible vers le sol.
« Je vais demander à ce qu’on installe un fauteuil pour toi.
— C’est incroyable… dit-elle. Même devant moi tu oses encore te défiler.
— J’ai des responsabilités et tu le sais, rétorqua-t-il d’une voix plus grave. La mort de James, le labo…
— Vas au diable avec tes recherches. »

Ne trouvant plus rien à répondre à sa femme dont la colère l’avait lui-même surpris, Jeremiah Lloyd s’effaça et quitta l’établissement hospitalier sous bonne escorte. Un de ses gardes du corps qui attendait au coin du couloir menant à la chambre le salua ; il avait pour consigne de veiller au respect de l’intimité de la famille tout en restant à bonne distance afin de ne pas assister aux conversations privées qui animaient le couple.

Dans la cours, les journalistes interviewaient des membres du personnel pour tenter d’en apprendre plus sur l’état de santé du dernier né de la prestigieuse mais brisée famille des Lloyd.
La limousine contourna la foule et aucun ne put savoir qui se trouvait à l’intérieur.
« Dois-je vous conduire au manoir monsieur ? demanda respectueusement le chauffeur à Jeremiah qui se servait un verre de scotch à l’arrière.
— Non, pas tout de suite. Allons au siège d’abord, je dois récupérer de la paperasse.
— Bien, monsieur. Dois-je revenir chercher madame par la suite ?
— Inutile Brendan, restez disponible pour elle demain matin. »
Le chauffeur remonta la vitre qui séparait l’habitacle de l’avant et Jeremiah poussa un long soupir avant d’avaler le liquide ambré d’une traite. Reposant son vers vide dans le minibar, l’homme en costard taillé sur mesure décrocha son téléphone portable et composa le numéro de sa secrétaire.
« Molly, convoquez les responsables du service recherche et développement à la première heure demain.
— Bien sûr, monsieur, quelle raison dois-je invoquer ?
— Il y a beaucoup trop d’intérêts en jeu, Révolution doit reprendre son cours au plus vite… »
Le quinquagénaire raccrocha le combiné sur son support et ferma les yeux un instant, comme si un simple battement de paupière allait aider à faire disparaître le stress d’une semaine bien trop chargée. Jeremiah n’avait pas pleuré à l’annonce du décès de James, il n’avait versé aucune larme lors de son enterrement et n’avait même pas cillé devant les reproches de son épouse.
Le sens commun l’aurait volontiers déclaré froid ou insensible, mais il aurait corrigé quiconque se serait employé à le juger en affirmant être digne et responsable malgré le chagrin.


23 HEURES – SIEGE LLOYD, LOS ANGELES

La voiture noire filait à vive allure en direction du centre-ville à l’heure où le commun des mortels était rentré chez lui ; Jeremiah ne trouvait de repos qu’en un travail acharné, souhaitant faire face à ses responsabilités de président de la Lloyd Inc.
Egal à lui-même, il salua avec froideur le responsable de la sécurité posté dans le hall de la tour Lloyd et s’avança vers l’ascenseur privé menant à son bureau soixante-dix étages plus hauts.
La pièce offrait une vue panoramique sur le centre d’affaire et plus loin encore, vers l’horizon où l’océan reflétait la clarté de la lune. La lumière se tamisa dès son entrée et une voix synthétique s’adressa respectueusement à lui :
« Bonsoir monsieur,
— Nova, fit-il en guise de réponse avant de prendre place dans le fauteuil de cuir brun, tournant le dos au vide.
— Avez-vous besoin de quelque chose ?
— Une communication sécurisée avec la succursale de Rome.
— Bien, monsieur. Etablissement de la ligne en cours… »
Après quelques secondes de silence la sonnerie indiqua que l’appel était en cours d’émission et une voix féminine au timbre chaleureux répondit avec un accent italien non dissimulé.
« Jeremiah Lloyd.
— Peut-on parler librement ?
— Oui, que se passe-t-il ? demanda subitement son interlocutrice.
— Révolution a fait l’objet d’une attaque, Rosa, le temps est sur le point de nous manquer.
— J’ai appris la nouvelle en effet, que souhaitez-vous que nous fassions ?
— Les échantillons des derniers essais ont disparu dans l’incendie. »
La femme à l’autre bout du fil resta silencieuse un court instant avant de répondre :
« Les tissus du corps que vous nous avez fait parvenir ont révélé des traces du composé T-03-19 d’après notre laboratoire.
— Est-il possible de les extraire ?
— Oui sans nul doute, cependant, la mémoire génétique est…
— Ce ne sera pas un problème, contentez-vous de récupérer autant de molécules intactes que possible, nous aviserons ensuite.
— Je mets nos meilleurs scientifiques sur le coup. » répondit finalement la femme d’une quarantaine d’années dont la voix rendue grave par une consommation excessive d’alcool et tabac donnait à l’Italie une image sulfureuse.
Jeremiah coupa la communication sans dire un mot ; il n’était pas homme à s’embarrasser de procédures et de formules de politesse convenues sans qu’elles ne soient réellement sincères. Sans doute était-ce là le privilège du poste qu’il occupait.


LENDEMAIN, 6 HEURES – MEMORIAL HOSPITAL

Martha Lloyd était toujours apparue effacée, simple épouse donnant l’image d’une femme généreuse abondant les organisations humanitaires de quelques dons consentis par son mari. Pourtant l’incident aux laboratoires avait éveillé en elle un profond sentiment de révolte, une rage contenue qu’elle laissait parfois échapper en secret dans un verre ou deux d’un alcool fort qu’elle conservait au manoir à l’abri des regards.
Mais elle était avant tout une mère inquiète, bien que sur ce point, les fils Lloyd auraient tenu de concert un tout autre discours. Assise dans le grand fauteuil que le garde du corps avait installé suite aux ordres de Jeremiah, elle avait recouvert ses jambes d’un plaid en laine, et demeurait les yeux grands ouverts à observer son enfant endormi.
Morgan était le cadet de la famille, âgé de 25 ans et sans véritable but dans la vie en dehors d’exploiter le compte en banque et le nom qui lui avait été donné à sa naissance. Contrairement à James, il n’avait jamais fait preuve d’une grande ténacité et son père reprochait bien souvent à Martha le laxisme dont elle avait preuve dans son éducation. Malgré tout, il était à présent le seul héritier de la famille et Jeremiah le savait.
« Madame Lloyd ? se permit un homme en costume après avoir toqué à la porte de la chambre.
— Qu’y-a-t-il Max ? répondit Martha, les yeux cernés et le teint pâle.
— Monsieur, m’a demandé de me tenir à votre disposition.
— Charmante attention de sa part… J’imagine qu’il ne pouvait venir lui-même ? »
Le chauffeur connaissait l’ironie dont pouvait faire preuve sa patronne et fit mine d’approuver en silence.
« Je reste à côté, si vous avez besoin de quoi que ce soit. » dit-il en sortant.

Martha soupira, attrapa le verre d’eau posé sur la table d’appoint à côté d’elle et bu quelques gorgées qui lui restèrent sur l’estomac. La femme laissa le récipient à moitié vide et se redressa en dépliant ses jambes.
« Tiens le coup, je t’en prie… »
Elle délaissa la couverture sur le dossier du siège qu’elle avait occupé une bonne partie de la nuit et quitta la chambre.

Les machines s’affolèrent un court instant, émettant des sons plus stridents et alarmants les uns que les autres, mais l’alerte fut trop brève pour que le personnel médical ne puisse vraiment s’en rendre compte. Les doigts nerveux du jeune adulte se mirent en mouvement, et lentement sa respiration se fit plus ténue, s’évacuant en volute blanche au-dessus de son visage ; la température de la pièce s’était brusquement abaissée et des cristaux de glace se formèrent au creux de ses yeux clos.
Des changements biologiques s’opéraient dans son corps, des transformations qu’aucun médecin ne pouvait déceler sans effectuer des test génétiques poussés…
Après quelques minutes d’un froid glacial, son corps reprit une température normale et la pièce se réchauffa lentement.

Martha ne se rendit compte de rien lorsqu’elle revint au chevet de son fils les mains encerclant un gobelet de thé bien chaud :
« Madame ? s’excusa Max en entrant derrière elle.
— Oui ?
— Monsieur votre mari vous fait dire qu’il sera retenu au bureau jusqu’à ce soir. »
Au soupir las de Martha, le chauffeur fit à nouveau quelques pas en arrière mais elle le retint un instant :
« Dorénavant, informez-moi seulement lorsqu’il décidera de s’intéresser au sort de sa famille. »
Le ton sec était inapproprié mais l’homme au service des Lloyd depuis une décennie et au fait des récents évènements avait conscience de ce que représentait la situation actuelle de la famille Lloyd ; bien sûr il ne se permettait en aucun cas de juger des bonnes ou mauvaises décisions de ses patrons, mais il lui semblait que Jeremiah Lloyd manqua cruellement à son rôle en se préoccupant davantage d’un travail que ses associés pouvaient mener à bien seuls mais surtout en laissant seule sa femme au chevet de leur unique héritier.


9 HEURES 30 – SIEGE LLOYD, LOS ANGELES

La salle de réunion était adjacente au bureau de Jeremiah et les vitres à technologie opacifiante rendait le huis-clos plus confidentiel qu’à l’accoutumée.
Lorsque le directeur entra, il verrouilla derrière lui les portes glissantes qui se figèrent dans leurs rails et sa secrétaire Molly ouvrit, devant le siège qui lui était attribué, le dossier demandé la veille.
« Veuillez m’excuser pour mon retard, j’étais en conférence avec notre direction européenne. »
Le quinquagénaire n’avait pas changé de vêtements, mais fidèle à lui-même il était toujours impeccable comme si son costume sortait du pressing ; il prit place et débuta par les circonstances exceptionnelles qui l’avait conduit à convoquer les quatre personnes présentes :
« Je pense que vous tous, savez pourquoi vous êtes ici. L’accident des laboratoires du campus ont causé de sévères préjudices dans l’avancement de nos travaux, de plus j’ai réceptionné et validé ce matin-même la démission de notre chef de projet Goliath.
— Marine est partie ? s’étonna l’un des spectateurs.
— Mademoiselle Dehran n’était plus en mesure de diriger ce département, voilà pourquoi vous êtes ici ce matin. Goliath et Revolution sont cofinancés par nos partenaires militaires et civils et il est important pour notre image comme pour nos financements, que l’entreprise se remette au plus vite en marche.
— Quels seront nos objectifs ?
— Molly vous a remis un dossier expliquant de façon précise comment chacun d’entre vous devra jouer son rôle.
— Excusez-moi mais, s’imposa la seule femme du groupe, comment le projet R pourra-t-il redémarrer sans les échantillons test que votre… »
Elle ne termina pas sa phrase, réalisant à quel point ce qu’elle allait dire pouvait blesser Jeremiah.
« Les échantillons ainsi que les recherches de James Lloyd ont été en parties récupérés, conclut-il avec fermeté. C’est vous qui allez prendre le relai, je compte sur chacun d’entre vous pour fédérer les équipes avec fermeté.
— Attendez… dit un homme en parcourant les chiffres notés noir sur blanc. Vous espérez reprendre tout cela dès demain ?
— Si vous ne vous en sentez pas capable, j’attends votre démission dès ce soir Walter. »
La menace n’était clairement pas objet qu’un quelconque bluff, bien au contraire et Walter Hemingway le savait bien ; il était entré dans la société vingt-cinq ans plus tôt lorsque Jeremiah était encore un laborantin idéaliste et déterminé à changer le monde. Aujourd’hui, ils étaient des hommes radicalement différents, aux objectifs et aux motivations antipodes, mais Walter savait qu’il n’avait pas d’autre choix que de plier s’il voulait conserver sa place et les avantages qui lui avaient été offerts il y a longtemps.
« Qu’attendez-vous de nous, exactement ? s’intéressa-t-il pour signifier sa capitulation.
— Poursuivre les travaux de vos prédécesseurs, rien de plus.
— Où serons-nous affectés ? enchaina India, d’une voix parfaitement assurée. Non pas que je veuille m’appesantir sur la question, mais l’enquête en cours ne permettra pas de reprendre nos travaux si tôt…
— Il y a quelques jours, j’ai fait réhabiliter le complexe de Pasadena, la surface exploitable est raisonnable et vous aurez accès au meilleur matériel dans un délai raisonnable d’une semaine. C’est le temps dont vous disposez pour former votre équipe.
— Et les anciens membres du campus ?
— Pour la plupart réaffectés à d’autres projets, certains nous ont quittés. » expliqua Jeremiah.
Les changements drastiques et les licenciements n’étaient pourtant pas dans les habitudes de Jeremiah d’ordinaire et si chacun d’eux mesurait l’extraordinaire de la situation aucun ne le laissa paraître.
« Molly, veillez à mettre à la disposition de chacun les listes que nous avons préparé tout à l’heure.
— Bien monsieur, obtempéra la secrétaire, perchée sur ses talons.
— Jeremiah, pardonnez ma curiosité, mais quelle doit-être notre position officielle ? L’opinion publique risque de juger cette reprise indécente compte tenu des circonstances…
— Ce ne sera pas un problème. Contentez-vous de vous sourire à ceux qui vous poseront des questions, dites combien vous êtes indignés par la tournure des évènements. Le reste je m’en occuperai personnellement lors d’une conférence de presse dans les jours à venir. »
Les quatre approuvèrent l’ordre de réunion et signèrent le compte-rendu rédigé par Molly, attestant de même être en accord avec les décisions prises ; en réalité, ils n’avaient jamais réellement eu le choix.


AU MEME INSTANT – MEMORIAL HOSPITAL

Dans la chambre de Morgan, les rayons du soleil filtraient au travers des rideaux tirés ; une pâle lumière éclairait le visage du jeune homme qui n’avait pas repris conscience depuis l’accident. Mais s’il était évident qu’il était une victime collatérale de l’attaque perpétrée contre les laboratoires Lloyd, pour les enquêteurs, les raisons de sa présence dans les locaux fermés au public demeuraient une source de questionnement nécessaire
Lorsqu’il se réveillerait il devrait fournir des explications aux autorités responsables de l’affaire.
« Pas d’améliorations ? fit timidement une jeune femme dans le dos de Martha qui se retourna, agréablement surprise par ce timbre de voix si familier.
— Je suis si contente de te voir, dit-elle en l’étreignant. Toujours rien, mais les médecins sont confiants.
— C’est une bonne chose, » conclut-elle avec un sourire timide au coin des lèvres.
La jeune femme était une trentenaire au visage doux et dont la chevelure brune contrastait avec son regard bleu rieur. Sa tenue noire était celle du deuil, celle d’une femme brisée par le chagrin…
« Comment vas-tu ? s’inquièta Martha en délaissant son fils du regard.
— J’aimerais vous dire que tout va bien, sincèrement, mais ce serait mentir.
— Je le sais, oui… Il faut te montrer forte et laisser le temps faire son œuvre. Marine, tu sais que quoi qu’il arrive tu seras toujours la bienvenue.
— Merci… » se contenta de répondre la jeune femme d’une voix brisée.
Martha reprit place dans le fauteuil, sous l’œil inquiet de Marine dont le cœur était partagé entre ce sentiment de compassion qui la tiraillait pour Morgan et Martha et son propre chagrin d’avoir perdu James. Mais elle avait décidé de quitter la côte Ouest des Etats-Unis pour retourner chez elle, une petite ville du Wyoming, loin de l’agitation des médias…
« Gardez espoir, Martha, » fit-elle en guise d’au revoir.


LE SOIR-MEME – ENVIRONS DE LOS ANGELES

La route était abandonnée, un simple chemin de sinueux au milieu des terres mortes bien plus à l’ouest de la ville ; une voiture s’engagea sur le chemin menant à la vieille ferme abandonnée et un homme quitta l’habitacle avec en sa possession une mallette métallisée dont la surface semblait avoir été exposée au feu.
Après quelques pas, il la déposa sur le capot ronronnant de la voiture et l’ouvrit :
« Voici l’échantillon que vous souhaitiez. »
Une main gantée s’en saisit et une femme au teint pâle quitta l’ombre de la grange pour s’avancer dans la lumière des phares du véhicule.
« Très bien, débrouillez-vous pour les mettre en sécurité, nos amis seront satisfaits.
— Et pour l’argent, India ? » s’enquit le mercenaire, visiblement tiraillé par la question à laquelle elle ne répondit que par un sourire amusé.
  
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