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1 « Révolution »
Prologue
28 NOVEMBRE – LLOYD CAMPUS, NORD DE SAN FRANCISCO

James Lloyd était un brillant chercheur, digne fils du célèbre génie de la génétique Jeremiah S. Lloyd, fondateur de la compagnie qui l’employait.
Si dans les faits, il était assez différent de son père, il n’était pas rare pour lui d’être comparé à son géniteur ; cela lui valait également quelques jugements hâtifs de la part de ses pairs mais en règle général il savait apprécier les bénéfices accordés par son patronyme.
« Jimmy pense à décrocher un peu, vociféra le vieil homme en blouse blanche sur le point de quitter le laboratoire.
— T’en fais pas pour moi Larry, j’ai presque terminé de toute façon. »
Résigné, le dénommé Larry – Larson Benedetti en réalité, soupira et disparut dans le couloir menant aux vestiaires du bâtiment alpha.
Dans ce laboratoire équipé des toutes dernières technologies de pointe, on menait des expérimentations sur le génome humain, destinées à révéler les secrets les plus enfouis dans notre code génétique. Ce vendredi était l’occasion parfaite pour prendre quelques jours de repos bien mérités et passer une fête de Thanksgiving en famille.
Pour James, l’occasion était toute autre car il était sur le point de faire aboutir l’une des idées les plus importantes de ce siècle.

A l’heure où la manipulation génétique n’était qu’une spéculation pour le grand public et le clonage humain loin d’être une réalité, Jeremiah Lloyd croyait bien volontiers en l’exploitation de ce filon encore méconnu. Il avait embauché les meilleurs et dépensait des sommes faramineuses dans l’exploration de nouveaux secteurs de développement.
Son fils ainé, James, était celui qui, le moment venu devrait lui succéder à la tête de la compagnie. Aussi lui avait-il confié l’un de ses projets les plus importants, en partie financé par le gouvernement américain ; désigné sous le nom de code ‘révolution’, le programme consistait le plus simplement du monde en la création de super-soldats, physiquement avantagés mais dont les capacités devaient également leur permettre de prendre le dessus sur quiconque se dressait devant eux.
Fasciné, James s’était laissé emporter par l’engouement de son géniteur, allant même jusqu’à dépasser la limite de raison éthique qu’il s’était juré de ne jamais franchir.
« Monsieur Lloyd Junior… intervint un homme dont il avait reconnu la voix.
— Je n’ai toujours pas terminé le sérum si c’est ce que vous attendiez.
— Il n’est plus nécessaire de retarder le processus, James, vos résultats nous sont parvenus tout à l’heure et nous savons qu’il est opérationnel. »
Furieux, le laborantin posa le bloc-notes devant l’ordinateur de simulation sur lequel il travaillait et fit volte-face ; il le fixa intensément, sans ciller.
« Nous passerons aux essais dès demain, évidemment tout le mérite vous sera attribué.
— Pardon ? Aurais-je oublié de vous dire que le sérum n’était toujours pas prêt à être testé ? fit James, excédé.
— Nous vous attribuerons un nouveau dossier de recherche, James, mais une autre équipe travaillera désormais sur révolution.
— C’est hors de question Davis ! Mon père…
— Votre père, le coupa-t-il en faisant le tour du poste de travail qui les séparait, l’air menaçant. C’est votre père qui a donné cet ordre. »
N’en croyant pas ses oreilles, le scientifique eut pour seul réflexe d’attraper le téléphone posé à côté de son ordinateur et composa le raccourci du secrétariat du bureau de Jeremiah Lloyd. Les sonneries s’enchainèrent jusqu’à ce que la voix grave de la secrétaire ne prenne le relai sur le message d’accueil du répondeur.
« Ce projet j’y ai consacré trois ans ! Vous ne pouvez pas me le retirer ! hurla-t-il sans faire tressaillir l’homme en costume trois pièces qui lui faisait face.
— Vous savez à qui adresser vos doléances, dorénavant. »
A ces mots le bureaucrate fit demi-tour, un sourire malsain plissant la commissure de ses lèvres et quitta le laboratoire sans plus tarder.
Emporté par la colère, James jeta ses notes à travers le laboratoire et se rassit sur son siège la tête plongée dans la paume de ses mains ; son téléphone vibrait dans la poche de sa blouse et il le sortit machinalement : Marine.
Il refusa l’appel et posa le smartphone sur le bureau avant de se replonger dans les notes de la simulation affichée à l’écran. S’il voulait y voir clair il se devait d’enregistrer le maximum de données avant que la maintenance informatique ne lui coupe l’accès à ses propres dossiers de recherche ; pendant que les données étaient transférées sur l’unité de mémoire de son téléphone, il passa une combinaison stérile accrochée dans le sas, et, se pliant aux mesures de sécurité passa la décontamination au gaz.
La seconde porte du sas menant à l’espace vitré d’expérimentation s’ouvrit sans un bruit et le jeune homme se dirigea vers la zone de confinement des matériaux biologiques où figurait le symbole caractéristique du risque de contamination.
Manipulant l’ordinateur qui contrôlait le stockage, il entra successivement les différents codes de sécurité demandés et une vasque pleine de gaz réfrigérant s’entrouvrit. James saisit une valisette en métal brossé hermétique et déposa cinq tubes de verre protégés par des cylindres métalliques ajourés.
Après avoir soigneusement refermé la mallette, James quitta l’espace de confinement, raccrocha la combinaison à sa place et quitta le sas de décontamination.
« Ce n’est pas très prudent professeur Lloyd. »
Surpris, James laissa glisser la mallette à côté de son bureau.
« Jenson ? Que faites-vous là ?
— Je pourrais vous poser la même question : que faisiez-vous ? rétorqua l’homme, sûr de lui.
— Je travaille dans ce laboratoire, ce n’est pas une zone sécurisée sans raison.
— Oh, mais j’ai toutes les autorisations nécessaires, croyez-moi… En revanche, vous… »
L’homme pinça ses lèvres, désinvolte, mais resta immobile devant la seule et unique sortie.
« Un choix s’offre à vous, tenter de sortir d’ici en emportant ces travaux, ce qui bien évidemment ne sera pas sans conséquences, ou me remettre la mallette et faire ce pourquoi nous vous payons : obéir.
— Vraiment ? Attendez que mon père…
— Votre père ne peut rien pour vous. »
Patrick Jenson était un voyou de la pire espèce et si son niveau d’accréditation était élevé, personne ne savait réellement quel était son véritable rôle dans l’entreprise. Tantôt investisseur, tantôt directeur, James lui reconnaissait bien volontiers une large influence sur les décisions de la compagnie Lloyd mais il ne connaissait pas les limites de ce pouvoir.

Sans crier gare, les lumières s’éteignirent dans un crépitement prononcé et, surpris, James recula de quelques pas. Quelque chose d’étrange et d’inquiètant émanait de l’individu qui lui faisait face et lui tenait tête ; son assurance, la détermination dans son regard reflétaient une force silencieuse et menaçante qui le firent frémir.
« Ne rejetez pas mon offre, monsieur Lloyd, vous en seriez bien mal avisé.
— Qu’est-ce que vous attendez de moi au juste ?
— Oh pardonnez-moi je pensais avoir été clair ? dit-il avec un sourire toujours aussi dérangeant avant de se raviser, durcissant son regard d’un noir profond. Laissez ce que vous avez pris dans cette mallette ici, et j’oublierai ce que vous avez tenté de faire. »
James se saisit d’une arme dissimulée dans l’un des tiroirs de son bureau, mais lorsqu’il releva les yeux l’homme avait déjà disparu.
« C’est pas normal », se dit-il, paniqué ; le scientifique s’empara de sa mallette, du smartphone et prit la direction de la sortie.
Décidemment quelque chose d’étrange flottait dans l’air, une vague odeur insidieuse et ténue sur laquelle il n’arrivait pas à mettre un mot ; c’était mauvais signe. Il emprunta le corridor menant à la zone du contrôle des accès et s’arrêta devant le sas de sortie désert.
« Ce n’est pas normal… murmura-t-il, plongé dans ses pensées, quand une voix le fit sursauter et se retourner.
— Je vous avais prévenu James, » fit Jenson accompagné d’un garde armé.
Le chercheur n’avait pas immédiatement remarqué les manches relevées de l’agent de sécurité ni même la seringue qui venait de déverser dans ses veines le fruit de ses propres expériences.
« Ne m’en veuillez pas, ce n’est rien de personnel, fit-il avant de s’éclipser.
— Attendez ! »
Trop tard, il avait disparu dans l’ombre du couloir qui n’était plus éclairé ; le gardien quant-à-lui fut pris de convulsions, ses veines rougeoyantes cristallisaient une luminescence à la fois fascinante et effrayante qui provoqua chez James un mouvement de recul.
Il se rendit compte bien trop tard que la seringue qui était tombée sur le sol n’était autre que l’une de celles qu’il croyait avoir pris dans la chambre d’expérimentation car seuls cinq versions du produit final avaient vu le jour.
« C’est impossible… Comment ? »
Mais le feu se développa dans les poings fermés de son vis-à-vis dont la respiration s’était considérablement accélérée et amplifiée lui donnant un air animal dérangeant.
James lâcha la mallette qui s’ouvrit et répandit le reste de son contenu sur le sol ; derrière lui la baie vitrée renforcée avait étouffés les cris de quelqu’un qu’il avait reconnu : son frère Morgan arrivait du hall d’entrée. Il n’eut pas le temps de dire le moindre mot que déjà la déflagration faisait voler le verre en éclat, volatilisant du même coup la loge du gardien restée vide …

Sa vue était trouble, James suffoquait… Mais lorsqu’il le vit étendu plus loin, inconscient au milieu des flammes, une puissante décharge le martela, secouant son corps et son esprit.
« Mor-gan… » murmura-t-il la gorge sèche.
Il aperçut finalement les fioles brisées sur le sol au milieu des gravats, leur liquide se répandant sur la pierre en une flaque fluorescente ; il tenta de se relever mais dû se rendre à l’évidence, quelque chose le maintenait plaqué au sol. Il comprit alors que rien ne s’arrangerait avant de sombrer dans un sommeil dont jamais il ne reviendrait…

La fin de toute chose est le commencement d’une autre.
  
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