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12 « Fin d'année »
1 « Shopping »
Publié par Isabelle, le dimanche 26 novembre 2017

Les couloirs de l’Agricole fourmillent de monde. À cette époque de l’année, le commerce bat son plein. Il y a, tout d’abord, les consommateurs réguliers arrivés des autres vaisseaux tels que le Sextant ou l’Espérance à la recherche du cadeau parfait pour la nouvelle année. Ensuite, quelques riches touristes, provenance de galaxies lointaines, profitent de l’ouverture exceptionnelle de l’Agricole aux visiteurs pour venir faire du shopping. Le maquereau et la sardine sauvage sont au centre de presque tous les échanges, leur prix pouvant atteindre des sommes folles.

Patrick a horreur de toute cette agitation, même si cela lui donne l’occasion d’observer les Galactics en action. La crème de la crème des soldats assure systématiquement la sécurité de l’Agricole les deux dernières semaines de décembre. Il a croisé plusieurs de ses instructeurs et tous l’attendent de pied ferme début janvier. Ils leur tardent de mettre la star des pilotes sur la sellette. O’Commara est conscient qu’il n’aura pas de faveur, mais il se sent prêt.

Pour le moment, il doit survivre à plusieurs de ses pires ennemis… le shopping et Léna ! Il a promis à la jeune fille de les accompagner, Myriam et elle, afin qu’elles puissent faire leurs courses de fin d’année. Le pilote ne sait pas comment il va faire avec cette foule pour que personne ne touche la Novice. Autant dire que c’est mission impossible ! Cependant, comme à son habitude, elle n’a rien voulu entendre. Elle a même été jusqu’à lui assurer que tout se passerait bien : elle a une solution.

Pour le moment, il tourne en rond dans le salon. Il ne lui reste que trois jours à tenir. C’est aujourd’hui le trente décembre. Demain, il accompagne la jeune fille au bal de fin d’année dans la salle d’apparat et le lendemain soir, il prend la navette. Direction l’académie et les Galactics. Enfin !

Tandis qu’il pense aux affaires qu’il a déjà empaquetées, une demande d’autorisation d’entrée résonne dans la pièce. Il sursaute et revient à la réalité. Devant sa porte se trouve la bande habituelle avec laquelle il traîne dernièrement : Daniella, Carol, Morton et O’Brian. Sans oublier Jansen et Ethna qui attendent un peu plus loin.

Patrick entend rire en provenance de l’appartement et se retourne. Kalena arrive. Il semble évident qu’elle est enthousiasmée par cette sortie. Elle porte des bottes fourrées sur un pantalon moulant ainsi que le sweat de Patrick, celui qu’il avait à l’académie et qu’il lui a donné. Elle n’a pas oublié son bonnet, une écharpe et bien sûr des gants. Arrivée à sa hauteur, elle fait tourner ses mains comme des marionnettes :

« Tu vois… j’ai pensé à tout. Allez grincheux, va t’habiller. Il ne nous reste pas beaucoup de temps. Les magasins finiront par être vides si nous ne nous dépêchons pas.

— Non, la crevette… les boutiques seront toujours pleines… Je prend ma veste et je viens. J’ai l’impression que nous sommes dans une année à blizzard. J’aimerais bien comprendre cette sale manie de programmer un tel temps de cochon tous les hivers. Comme si la neige ne suffisait pas, râle-t-il avant de retourner chercher sa parka.

— C’est purement commercial, lui crie Morton. Ils veulent vendre des vêtements d’hiver !

— Mais pas du tout… s’insurge Carol alors que Patrick sort de chez lui accompagné de Kalena. Il faut conserver l’équilibre de la biosphère. Vous n’êtes qu’une bande d’ignorants ! »

Le groupe d’amis avance débattant de la météo, sans vraiment arriver à se mettre d’accord. Un peu avant la zone des artisans, ils sont rejoints par Myriam qui a déjà les bras encombrés de paquets. Cette dernière leur emboîte le pas, en discutant avec Ethna à qui elle a donné plusieurs sacs. L’ensemble de l’après-midi se passe plutôt bien et Patrick sourit même. Certaines réactions des Terriennes sont drôles et il n’arrive pas à rester maussade. Kalena a craché sa glace au chocolat sous prétexte qu’il faut être fou pour manger quelque chose d’aussi froid et Carol a confondu une corbeille tressée et un chapeau. L’ambiance est bonne et la petite bande décide de finir l’après-midi à la cafétéria.

Là, plusieurs Galactics discutent à part des autres soldats. Myriam entre, l’un d’entre eux se lève et vient à sa rencontre.

« Heps ! Toi la pute, tu n’as rien à faire ici, dégage… »

La lavandière stoppe net et commence à faire demi-tour. Soudain, Kalena s’interpose. Prenant la main de sa nourrice, elle force cette dernière à la suivre. Patrick voit les ennuis arriver et ne sait absolument pas comment faire pour les éviter. De toute manière, il est déjà trop tard. Léna a croisé ses bras sur sa poitrine et pris son air frondeur, ce qui augure bon nombre d’emmerdes.

« Hey ! Toi ! T’as pas compris. Les putes… dehors ! vocifère le soldat.

— D’abord, je ne suis pas ce dont vous me qualifiez et mon amie non plus. C’est ma nourrice !

— Et elle t’apprend quoi ? À faire des pipes ? » se gausse l’homme provoquant l’hilarité de ses collègues.

Patrick observe Ethna, elle vient de faire un pas en avant. Dieter Jansen la retient. Il se dissimule légèrement derrière elle et fait signe à tous de se tenir tranquilles… pour le moment. O’Commara reporte son attention sur sa colocataire qui a penché sa tête sur la droite, signe qu’elle ne comprend pas le militaire et qu’elle réfléchit. Myriam semble tétanisée et ne bouge absolument pas.

« Monsieur, même si la sculpture est excellente pour les nerfs, fumer nuit gravement à la santé. Par conséquent, non. Nous ne faisons pas de pipes, explique calmement Kalena.

— Tu te fous de ma gueule, répond interloqué le soldat.

— Pourquoi ferait-elle cela », intervient une voix forte à l’entrée du restaurant.

Le pilote observe les occupants de la cafétéria se mettre au garde-à-vous signe que la vice-amirale vient d’entrer dans la place sans être annoncée.

« Madame, garde-à-vous, hurle le militaire.

— Repos ! Que tout le monde retourne à son assiette. Soldat, je ne vais pas prendre votre nom. Je ne vais pas vous demander pourquoi vous sortez des obscénités à ma pupille et à sa nourrice. Je ne vais pas non plus vous tenir rigueur de votre absence de professionnalisme, car si vous pensiez qu’un manquement avait eu lieu… j’ose espérer que vous auriez averti votre supérieur. Par conséquent, soldat Miller…

Prononce lentement la vice-amirale qui passe son doigt sur le badge de l’homme.

— Je ne vais pas vous ordonner de sortir de ma cafétéria ni même vous conseiller de vous faire remplacer, continue-t-elle. Non… Par contre, je vous suggère vivement de demander votre mutation en tant que simple troufion pour… le Havre de paix, par exemple.

— Madame, vous ne pouvez pas faire cela ! proteste le soldat.

— Vraiment ? Vous tenez réellement à vous opposer à une vice-amirale, pilote émérite décorée des Galactics et tout récemment nouvelle membre du Conseil. Testez-moi dugland… dites un mot de plus et je vous mets un blâme pour incivilité.

— Madame… Merci de vos encouragements. Je vais de ce pas voir mon superviseur, répond l’homme en rassemblant ses affaires.

— Bonne idée. N’omettez aucun détail. J’espère que vous n’oublierez pas que lorsqu’un détenu a purgé sa peine, il redevient un citoyen comme les autres. Il a des droits et nous, membres de l’armée, avons des devoirs, entre autres celui de les protéger, pas de les insulter. »

La vice-amirale fait un petit signe à Myriam et à Kalena avant de tourner les talons. Elle sort du restaurant accompagnée du contre-amiral Tyago, le responsable des Galactics. L’homme donne une tape sur l’épaule de sa consœur, puis il lui emboîte le pas. Patrick O’Commara n’aimerait pas être à la place du militaire fautif. Par contre, il voue un profond respect à la vice-amirale Mac Ferson. Il tourne la tête et peut observer les regards de fierté se porter sur sa cheffe. Cette femme finira amirale et le pilote est content de servir sous ses ordres. Tandis qu’il se perd en conjectures, imaginant son avenir auréolé de gloire, il est soudain surpris. Il sursaute lorsque le contre-amiral Jansen murmure dans son dos.

« O’Commara, c’est ta “copine” qui vient de se faire insulter… tu ne crois pas qu’il serait judicieux de la réconforter ?

— Oui, Monsieur… vous avez raison, » chuchote à son tour le jeune homme.

Patrick s’avance à la rencontre de la crevette. Cette dernière est en train d’étreindre Myriam tout en lui disant d’aller se reposer.

« Kalena, tu vas bien ? intervient-il

— Oh, PO ! Quel affreux bonhomme ce type ! gémit-elle.

— En effet, je ne pense pas qu’il osera recommencer, crois-moi.

— PO ? C’est quoi une pipe ? Enfin, je veux dire, de quoi parlait-il ?

— Waouh ! Viens par là la crevette, dit-il en la prenant par la taille. Je ne suis pas vraiment le mieux placé pour t’expliquer de ce genre de choses. Demande à Myriam, d’accord ?

— Elle m’a dit de voir avec toi.

— En fait, non… ce n’est pas une bonne idée.

— Tu ne sais pas de quoi il parlait ? s’étonne la jeune fille.

— Si, mais je… je ne peux pas… D’accord !

— PO ! Je croyais que nous étions… »

Le pilote ne laisse pas la Novice finir. Il la serre contre lui et l’embrasse pour la faire taire. Plusieurs sifflets résonnent dans l’immense salle. Patrick lève la tête et répond à la cantonade.

« Si en plus nous avons un public, je vais devoir continuer toute la soirée ! »

O’Commara regarde Léna. Ses joues ont rougi et ses yeux brillent d’une lueur particulière.

Il faut vraiment qu’il s’éloigne d’elle. Patrick sent que son cœur s’emballe. Il faut absolument que cet attachement cesse avant que les choses ne deviennent plus compliquées. Pourtant, ses mains glissent doucement dans le dos de la jeune fille tandis qu’il l’embrasse une nouvelle fois.

« Hey Roméo ! T’as pas bientôt fini, intervient Morton. Tu te rappelles que nous devons aller donner nos sacs à la centrale pour qu’ils soient expédiés par la navette cargo de demain.

— J’arrive Éd, répond quelque peu confus O’Commara avant de lâcher Kalena. Tu sais où est Zach ?

— Derrière toi ! annonce O’Brian. Je t’attends, comme toujours ! »

Après avoir déposé un dernier baiser sur le front de la Novice et dit au revoir aux autres, Patrick accompagne ses deux collègues vers la sortie.

Dans un premier temps, il passe prendre les affaires de Morton puis celle de O’Brian avant de terminer par les siennes. Le jeune homme est surpris par l’absence de conversation de ses deux amis. Leurs discussions ne lui manquent pas, mais ils sont normalement d’une nature bavarde. Cette soudaine absence de babillage le met mal à l’aise, car il n’a rien d’habituel. Tandis qu’ils entrent dans l’ascenseur, Morton rompt son mutisme et demande :

« Je sais que ce n’est pas mes affaires, on n’a jamais été super potes et tout et tout, mais… toi et Kalena… T’es sûr que c’est que pour la galerie ?

— Parce qu’elle a l’air de s’attacher à toi et toi à elle, continue O’Brian. Si tu la fais souffrir, la vice-amirale…

— Merde ! Merde ! Et merde, les gars ! s’emporte Patrick.

— Oh ? À ce point, répond O’Brian en lui donnant une tape dans le dos.

— Je n’ai rien dit Zach, se défend Patrick.

— Pas besoin, renchérit Éd. Tu ne jures jamais… donc trois fois merde… c’est que tu es dedans jusqu’au cou !

— Les gars… ce n’est pas ce que vous croyez. Léna est une fille gentille… je ne pourrais jamais lui faire du mal. C’est juste que…

— T’es amoureux ? le regarde stupéfait O’Brian.

— Merde alors ! J’aurais jamais cru ça possible, mais Zach a raison… Cette fille te rend fou. Merde alors ! s’étonne vivement Morton.

— Les gars… non, ce n’est pas ce que vous croyez ! essaye de se défendre Patrick.

— Mon gars… Ta vie est foutue ! affirme Morton.

— Et ta carrière aussi », conclut O’Brian au moment où les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur la zone des hangars.

Patrick O’Commara soulève sa malle, ne sachant que répondre. Silencieusement, il suit ses compagnons. Une fois ses affaires déposées aux comptoirs de transfert, il interpelle ses deux amis :

« Morton, O’Brian… je vous offre une bière ?

— Waouh… Mais c’est que t’es vraiment plus le même homme ! s’étonne Édouard.

— En fait, je suis le même… tu me vois différemment, c’est tout, reformule le capitaine. Alors cette bière ?

— C’est oui ! s’exclament d’une seule voix Morton et O’Brian.

— Entendu. Avant toute chose, soyons clairs : Kalena Davenport est comme une sœur pour moi.

— Comme la sœur de Morton avant elle, s’amuse Zachary.

— Tu sais quoi, Zach… T’es un peu lourd et surtout pas vraiment drôle ! » râle Éd.

Le capitaine O’Commara rit de la dispute naissante entre les deux pilotes. Il soupire une dernière fois et évacue ses doutes. Il n’est pas amoureux de Léna. Il tient simplement à elle comme à une sœur et aucun événement ne pourra le faire changer d’avis.

  
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