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7 « Captivité »
Chapitre 1 « Abus d'alcool »
Le contre-amiral Jansen se lève et sort afin d’aller se renseigner. Rester seuls dans la salle des interrogatoires le capitaine O’Commara et la vice-amirale Mac Ferson se regardent en chiens de faïence. Une quinzaine de minutes plus tard, le chef de la sécurité intérieure passe la porte. Il est pâle et fixe sa supérieure avec un sérieux inquiétant :

« Madame, je viens de parler au jardinier de garde. Il m’a confirmé qu’un champ de tournesols a été placé en quarantaine à cause d’un champignon.
— Et merde ! s’exclame le capitaine.
— O’Commara, votre langage », le reprend Jansen.

Les deux hommes attendent la décision de leur cheffe. Lauren Mac Ferson ne croit pas à ces balivernes de Pures. Elle commence à s’interroger. Il s’agit peut-être d’espionnes à la solde du Pouvoir Central.
Bien sûr, les livres d’histoire content les effets de la Toxine Blanche, mais des êtres humains capables « d’avaler » des maladies n’existent pas. Elle profitera donc de la prétention des prisonnières. Pendant que Kalena Davenport se débattra avec les tournesols, elle mettra Jane Brives face à ses propres incohérences. Comme aucune des deux ne pourra justifier ses dires, la vice-amirale Mac Ferson les aura prises en flagrant délit de mensonge.

La cheffe de l’Agricole est persuadée que tout ceci est une vaste supercherie. Elle ne sait ni ne comprend comment ces jeunes femmes ont floué les senseurs de vérité de Mikel, mais certaines choses ne sont pas concevables.
Elle les traduira ensuite en justice et se fera un plaisir de les voir partir pour les galères de Durel. Personne ne se moque aussi ouvertement d’elle ! Elles ne s’en sortiront pas ainsi. La vice-amirale est blessée dans son amour-propre, car elle s’est trompée à leur sujet.

De plus, elle accorde une confiance aveugle à son instinct. Ce dernier s’ébranle sacrément face à de telles révélations. Dans un premier temps, lorsqu’elle a lu, après son décryptage, la mémoire cachée de l’EP 200, elle a cru à un simple concours de circonstance. Ces filles étaient là par hasard ; elles ressemblaient davantage à des victimes qu’à des espionnes.
Maintenant, l’histoire qu’elles racontent leur fait perdre toute crédibilité. Mais même si elle doit employer les grands moyens, elle connaîtra la vérité. La femme aux cheveux gris replace ses lunettes sur son nez. Elle regarde les deux hommes :

« Bien, nous allons entrer dans leur jeu. O’Commara, je suppose que cela ne sera pas un problème pour vous de bousculer la cadette des Davenport. Bien sûr, vous pouvez refuser, il s’agit de votre prise.
— Madame, ce sera avec plaisir, répond O’Commara en jubilant.
— Je veux que vous la déstabilisiez juste avant de l’emmener “guérir” ces tournesols, continue la cheffe du vaisseau. Jansen, demandez à Franz Meyer de nous rejoindre...
— Madame, si je puis me permettre, je ne suis pas de votre avis...
— Et ? interroge vivement la vice-amirale.
— Et si vous aviez eu raison dans un premier temps… Si elles racontaient la vérité, si votre instinct avait vu juste et si elles ne sont que de simples victimes, que ferez-vous ?
— Si, et je dis bien si, c’est le cas, je n’ai qu’une parole, Jansen. Je m’en tiendrai à notre marché. Nous aurons à bord des humaines dont certaines sont haptophobes. Elles devront malgré tout rester consignées six mois sous surveillance, car c’est la loi !
— Merci, Madame. »

oOo


Le capitaine O’Commara écoute la conversation. Il est un peu jaloux, beaucoup même, du respect que la cheffe militaire porte à son second. Ses tempes battent la chamade au rythme irrégulier de son cœur. Le pilote a une énorme douleur à la tête au point d’en avoir presque envie de vomir.
La vice-amirale se tourne maintenant vers lui et lui demande :

« Comment souhaitez-vous procéder, O’Commara ? »

Patrick est très surpris. Le fait que Kalena Davenport soit sa prise lui donne réellement des droits sur elle. Il ne réfléchit pas, trop douloureux et répond d’instinct :

« Madame, j’interrogerais volontiers la suspecte dans sa chambre d’isolement, dit-il vaseux.
— Pourquoi ? » s’étonne sa responsable.
« Parce que la lumière y est plus douce. » pense le capitaine dont la migraine empire. Pourtant, il s’abstient de tout commentaire et formule la première excuse plausible qui traverse son esprit brumeux :
« Dans cette pièce, le côté officiel de l’interrogatoire pourrait la bloquer.
— Intéressant, continuez, je vous écoute.
— Si le contre-amiral, ici présent, veut bien m’accompagner, je crois qu’à nous deux nous pourrions en tirer quelque chose.
— Le contre-amiral est très occupé, O’Commara, répond sèchement la vice-amirale.
— Je le conçois, Madame, mais il me semble qu’il a tissé un lien fort avec les détenues. De plus, en tant que chef de la sécurité intérieure, il est responsable de tous les interrogatoires. Je ne voudrais pas le mettre en porte à faux vis-à-vis de l’amirauté. Je souhaite faire les choses correctement. La sécurité intérieure n’est pas mon métier, Madame.
— Pourtant, vous êtes sacrément doué dès qu’il s’agit de questionner des prisonniers, me semble-t-il.
— En mission, Madame… en mission seulement, s’empresse d’ajouter O’Commara faussement modeste.
— Bien, si le contre-amiral est d’accord, acquiesce la cheffe militaire en regardant Dieter Jansen.
— Je me ferai un plaisir de superviser le capitaine, Madame, répond ce dernier.
— Bien, dans ce cas dites-moi lorsque vous serez prêts. Et n’oubliez pas de prévenir Franz Meyer !
— Bien Madame, ajoute le contre-amiral quittant la pièce avec le capitaine. Je vous donnerai l’heure de convocation dans la serre numéro quatre ainsi qu’à Meyer. Pour les autres prisonnières, vous désirez faire comment ? demande-t-il en s’arrêtant une fois dans le couloir.
— Je me chargerai personnellement de ces deux-là. Ne faites pas cette tête, Jansen, je n’ai jamais malmené quelqu’un sans raison », sourit Mac Ferson.

Sortant en même temps qu’eux, la vice-amirale leur emboîte le pas, car elle a des dispositions à prendre. Le contre-amiral, d’un signe de la main, invite le capitaine O’Commara à le suivre. Les deux hommes se dirigent à l’opposé de leur responsable, marchant vers les chambres d’isolement.

Dieter Jansen s’arrête afin de demander :
« Ça ne vous dérange pas, O’Commara, de ne pas faire confiance aux senseurs de vérité ? Je ne comprends pas ce besoin absolu de preuves matérielles, que dis-je physiques ! Cette histoire de Don m’a tout l’air d’être une sorte de torture, non ? Qu’en pensez-vous ?
— En fait Monsieur, ça m’est bien égal, répond O’Commara nonchalamment.
— Vraiment ? Je vous croyais plus consciencieux, capitaine O’Commara », s’étonne le contre-amiral.

Les deux militaires se font maintenant face. Ils sont arrêtés en plein milieu du couloir. Patrick masse ses tempes et prend quelques secondes pour réfléchir. Sa carrière se joue peut-être à cet instant. Mac Ferson ne sera pas éternellement sa responsable. Dans cinq à sept ans, elle pourra prétendre à une retraite bien méritée. Dieter Jansen est déjà pressenti pour la remplacer, car son travail est irréprochable.
Patrick O’Commara se dit qu’il vaut mieux avoir un futur vice-amiral dans sa manche d’autant plus que le pilote ambitionne d’être contre-amiral dans quatre ans. O’Commara place ses bras derrière son dos, en signe de respect, et demande :

« Monsieur, je serais consciencieux si j’avais accès à tous les tenants et les aboutissants de ce fichier. Cependant, vous et moi savons que ce n’est pas possible, car il s’agit d’une affaire classée.
— O’Commara, vous faites partie du dossier. Vous êtes tenu à un niveau de sécurité maximum concernant cette affaire, pourquoi vous refuserais-je de lire quelque chose qui vous touche directement ?
— Vous voulez dire que j’ai accès à tout ! s’étonne le pilote que la nouvelle réveille.
— À tout, sûrement pas ! Mais au dossier de Kalena Davenport, sans aucun problème.
— Vraiment ? s’exclame le capitaine.
— Vraiment, vos deux profils sont maintenant liés.
— Hmm, hmm. Ne m’en parlez pas ! »
S’exaspère le jeune homme. Puis, se reprenant aussi vite qu’il s’est agacé, il continue calmement.
« Monsieur, je serai intéressé par le dossier Davenport.
— Bien, suivez-moi. Nous n’en avons pas pour longtemps.
— Nous allons dans votre bureau ? demande le pilote songeur.
— Oui, pourquoi ?
— Si je dois vraiment être professionnel, j’aurai besoin d’un café, fort, et d’une collation. »
.
Le capitaine O’Commara n’est pas très fier de lui. Il regarde le bout de ses bottes, attendant un reproche sur sa consommation abusive d’alcool de la part de son supérieur. À la place, il obtient une tape dans le dos. Alors qu’ils se remettent en route, Dieter Jansen contacte les cuisines et demande un grand pot de café accompagné de deux sandwiches.

« Le tout sur le compte d’O’Commara, puis se tournant vers le pilote. Nous avons tous été jeunes, Patrick, le plus important c’est de ne pas oublier d’offrir le repas à son supérieur direct, s’amuse le contre-amiral.
— Je m’en souviendrai, Monsieur.
— C’est bien, il faut toujours apprendre de ses erreurs... Et me payer un café… »

Dieter Jansen se met à rire et fait bénéficier le jeune homme d’une nouvelle tape. Lorsqu’ils arrivent dans le bureau du contre-amiral, un petit plateau les attend déjà.
Le capitaine O’Commara dévore son sandwich au pain sec et au vieux fromage. Les cuisines de l’armée dont dépend la cafétéria ont des progrès à faire, c’est certain ! Il en est à sa troisième tasse de café lorsqu’il a enfin pris connaissance de l’ensemble du cas : Davenport.II (Davenport.I, correspondant à Ethna).
Pendant ce temps-là, Dieter Jansen, qui a fini sa collation et son café prestement, a contacté Franz Meyer. Ils ont organisé tout le protocole « Tournesols ». Tous attendent maintenant son signal pour commencer, même Lauren Mac Ferson, pour le moment, dans son bureau.
Le capitaine O’Commara fait un signe de tête au contre-amiral. Il est prêt, l’interrogatoire va pouvoir débuter.

oOo


Kalena accepte de répondre sans vraiment savoir si les autres seront sauvées. Ce risque, elle le prend délibérément, car il semble évident qu’elles sont aux mains des Résistants. Le cœur empli de crainte, elle regarde les deux hommes qui lui font face. Elle ne fait pas confiance aux soldats, elle y arrive, mais difficilement.
Elle est assise en tailleur sur son lit, eux sont à califourchon sur des chaises. Tous trois attendent d’entendre qui brisera le silence. Épargner ses amies tel est son objectif. Il n’est pas question que tout recommence au Manoir. Sous prétexte qu’elles sont nées ainsi, elles ne doivent pas pour autant être vouées à une vie de souffrances. La jeune fille ne le permettra pas. Si son sacrifice peut tout arrêter et offrir une existence « normale » à sa sœur, elle est prête à mourir sans aucune hésitation.

Mademoiselle Davenport est certaine que tous ces militaires savent en quoi la Douleur consiste. Elle ne comprend pas pourquoi ils ont besoin de preuves. Elle expire et fait un vœu, celui qu’ils ne veuillent pas les utiliser aux mêmes fins que celles du Pouvoir Central. Son esprit s’embrouille.
Tout le monde connaît les Pures ! À moins d’un malentendu, ces gens ne valent finalement pas mieux que le régime auquel elles ont échappé. Elle doute que jamais on ne les laissera tranquilles. Il y aura toujours des plantes malades ou des animaux. Un jour, ils leur demanderont peut-être même de guérir des êtres humains d’autant plus s’ils réalisent qu’elle a déjà réussi à soigner le vieux monsieur.
Kalena se reprend. Elle se trompe, ils ne sont pas comme ça. Leurs regards sont différents. Les deux qui la fixent depuis maintenant cinq minutes avec leur air de faux durs ne peuvent pas rivaliser avec la Mère Supérieure. Cette femme sait faire souffrir, car elle avait elle-même expérimenté dans sa chair la Douleur. La cadette des Davenport expire et tente de chasser seize années de souvenirs pénibles.

Sa nature est bonne et généreuse. Elle préfère espérer que douter, se sacrifier plutôt que de ne rien faire. Le pari est osé, mais c’est un risque à prendre. Le danger est grand, mais pas plus grand que celui d’entrer dans des caissons de VAM pour une destination inconnue.
La Novice ne sait pas pourquoi, mais elle est convaincue que guérir ces tournesols est la seule solution. Elle étire ses bras au-dessus de sa tête et sourit. Elle n’a jamais senti aussi mauvais. Kalena Davenport rêve d’une vraie douche et de vêtements propres. Les vers ont des excréments à l’odeur particulièrement forte. La jeune fille se demande soudainement comment ils vont. Elle décide de commencer cet entretien en désirant avoir de leur nouvelle, cela déstabilisera peut-être les deux statues qui lui font face :

« Comment vont les vers ? »

oOo


Dieter Jansen sourit, il va sûrement assister à un interrogatoire d’anthologie, un de ceux qui resteront dans les mémoires et qui seront étudiés plus tard à l’académie. Le contre-amiral est certain qu’entre la gueule-de-bois du pilote et la singularité de la prisonnière une certaine alchimie risque de naître. Le genre d’échanges qui font de étincelles.
  
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