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Chapitre 1 « Mesures de sécurité »
Daniella s’affaire dans la zone de confort. Elle a ouvert tous les placards et contrôle leur contenu sur la liste de bord. Elle essaye de tenir compte de leurs invitées inattendues. Deux d’entre elles ne mangent pas, mais accaparent toutes leurs ressources médicales. Les trois restantes devront être nourries. La navigatrice est fatiguée. Malgré cela, elle reprend une fois de plus son inventaire. Il va vraiment falloir qu’elle soit créative.

Ils n’ont pas assez de réserves pour alimenter tout le monde, du moins pas suffisamment pour distribuer trois repas par jour à chacun. Elle se gratte le sourcil de l’annuaire : il y aurait peut-être une solution… Cependant, avant de ne donner qu’un bol de soupe par jour aux prisonnières, elle doit en aviser le capitaine. Elles ont beau être des pestes, elles sont sous la juridiction de l’Arche, que cela plaise ou non à la jeune femme.

La navigatrice se questionne : quel est donc leur statut ? Seront-elles considérées comme des marchandises ou bien comme des prisonnières intergalactiques ? Cependant et à n’en pas douter : elles sont humaines. C’est alors que la petite brune stoppe tous mouvements : sont-elles vraiment identiques à elle ? Elle rit toute seule imaginant qu’en réalité les détenues sont des femelles de Vernicula Albanica Mundi.

La navigatrice sort de la cuisine et rejoint Marcel. Il est affalé sur des sièges de la cabine de pilotage. Il semble perdu. Dani se demande ce qui ne va pas ou plutôt ce qui va mieux. Son vieil ami a le teint étonnamment frais. Elle ne peut résister et l’interroge :

« Tout va bien ?
— Hum… Oui, j’ai juste mal au dos, répond le mécanicien, évasif.
— Ah ? T’as pas vraiment la tête de quelqu’un qui souffre.
— C’est ça ! T’as raison ! s’exclame-t-il comme réalisant une évidence.
— Marcel... Marcel qu’est-ce qui t’arrive ? Tu te sens bien ? s’inquiète la jeune femme devant la soudaine pâleur de son compagnon.
— En fait... depuis... depuis que j’ai touché les poignets de cette fille, c’est comme si mon arthrite avait disparu. Pas tout, mais…
— Tu déconnes ? »

Le vieil homme ne répond pas, trop absorbé dans sa contemplation de ses doigts calleux. Un silence gêné s’installe. Daniella fixe Marcel qui joue avec ses mains. Il les fait tourner tout en souriant béatement. La jeune femme hausse les épaules. Elle soupire et lui donne une claque amicale sur la joue. D’un mouvement rapide du menton, elle lui indique de surveiller les écrans. Il acquiesce. Le mécanicien retrouve sa concentration et se dédie à sa tâche, se rasseyant le dos bien droit face aux nombreux pupitres.

Tout en remontant le couloir de l’EP-200, la navigatrice tend l’oreille. De toute évidence, les deux harpies sont tranquilles. Pas question d’argumenter vivement avec un bâillon sur la bouche ! Le vaisseau est plongé dans un calme alarmant. Elle s’arrête devant la cabine numéro trois, celle du capitaine. Pas un son. Mademoiselle Vargas s’inquiète maintenant.
Elle n’aimerait pas être interrogée par Patrick O’Commara. Il a la réputation de pouvoir faire craquer n’importe quel gros dur, alors une fillette, même rompue au combat, il n’a dû en faire qu’une seule bouchée.

Daniella se racle la gorge. Elle n’apprécie pas cette partie de son travail : les prisonniers, les interrogatoires ou encore la paperasse. Elle préfère les chiffres et les trajectoires. Elle enclenche l’ouverture de la porte. Le spectacle qui l’attend à l’intérieur la méduse. La détenue a défait de ses liens. Elle les a poussés au pied de la couchette et dort tranquillement menottée. Son garde roupille sur le lit du haut, laissant échapper par moment quelques ronflements.

La mécanicienne ne sait pas vraiment quelle attitude adopter. Rire. Enrager. Elle décide de profiter de la situation. Elle hurle sur le capitaine O’Commara, feignant la colère :

« DEBOUT ! Tu dors ? Non mais tu te fous de ma gueule ! »

D’un bond, le jeune homme se retrouve en position verticale. En militaire entraîné, il a déjà dégainé son arme. Il fixe sa navigatrice. Cette dernière croise les bras sur la poitrine et prend un air réprobateur :

« Ça va la vie ! dit-elle sévèrement avant d’ajouter ironiquement : capitaine !
— Sérieusement, tu avais besoin de me faire aussi peur ? répond Patrick sur le qui-vive.
— Capitaine, avec tout le respect que je te dois, tu dors dans la même pièce qu’une prisonnière ! Et l’interrogatoire, ça a donné quoi ?
— Je ne peux pas nier les faits… pas grand chose… »

Répond Patrick O’Commara en tournant la tête en direction de la jeune fille derrière lui. Elle semble assoupie. Pourtant le pilote est sûr qu’elle suit la conversation avec attention. Cette fille n’est pas comme les autres. En fait, toutes ces femmes sont différentes de toutes celles qu’il a connues ou qu’il côtoie. Il la fixe, espérant voir un indice de cette dissemblance. Il se demande ce qu’il a raté.

Daniella observe la scène et réalise que le capitaine est perplexe. La culpabilité de s’être endormi ne l’accable pas outre mesure ! Pire, elle a l’impression qu’il ne s’aperçoit pas que cela pourrait être considéré comme une faute grave. Il semble ailleurs et n’a pas vraiment répondu à sa question. La navigatrice décide de reprendre la conversation et d’aborder ce sujet-là ultérieurement :

« Hum... Tu lui as au moins demandé son nom ?
— Non. Et je suis certain qu’elle ne dira rien.
— Vraiment ? s’interroge Vargas surprise.
— Hum... Observe sa respiration et le calme qui se dégage de cette fille. Elle maîtrise chacune de ses réactions. La seule chose que je ne comprends pas c’est pourquoi elle a hurlé lorsque Marcel l’a tenu.
— À ce sujet... depuis... depuis qu’il a eu un contact avec cette fille, il est tout bizarre… Peut-être t’a-t-elle fait dormir… »

Réfléchit à haute voix, la navigatrice. En énonçant sa théorie, elle constate qu’ils ne savent rien de ces terriennes. Le détecteur ne les a pas déclarées contagieuses, et ce pour aucune des maladies intergalactiques connues, mais elles sont peut-être porteuses d’anomalies non répertoriées. Daniella déglutit lentement et se tourne en silence vers son supérieur.

Patrick O’Commara fronce son regard comme lui seul peut le faire. Il dévisage Kalena, se souvenant de l’immense fatigue qui l’a envahie instantanément après qu’il lui ait pris les poignets. À la suite d’une courte réflexion, il préfère garder cette idée pour lui, ne voulant pas passer pour un faible. Cette fille a beau avoir de magnifiques yeux verts, il sent qu’elle va être une source intarissable d’ennuis.

Retrouvant ses esprits, il quitte le fil de ses pensées et se concentre à nouveau sur Daniella. La jeune femme n’est pas vraiment futile : si elle est entrée dans sa cabine, c’est qu’elle a une bonne raison.

« Tu veux quoi, Vargas ?
— À part te foutre une trouille bleue ?
— Exactement.
— Nous allons être à court de vivres. Je te proposerais bien de nourrir les donzelles d’un seul bol de soupe par jour, mais je crois bien que nous n’en avons pas le droit.
— Nécessité fait loi ! répond sûr de lui le capitaine.
— Vraiment ?
— Oui, un bouillon par jour pour les prisonnières. Si nous avons assez donne-leur aussi soit un morceau de bacon soit un bout de biscotte.
— Nous sommes végétariennes, soupe ou pain iront très bien, merci », intervient faiblement Kalena.

D’un même mouvement, le pilote et la navigatrice se sont tournés. Ils regardent, stupéfaits, la jeune fille. Elle a une voix cristalline et douce qui correspond parfaitement à l’expression de son visage. Elle a toujours les yeux fermés. Le silence pesant qui s’est installé depuis un peu plus d’une minute est perturbé par un son strident. Marcel fait un appel à l’ensemble de ses coéquipiers, les invitant à le rejoindre au poste de pilotage. Sans un mot et après s’être interrogés du regard, Patrick et Daniella quittent la cabine numéro trois.

Une fois dans le couloir, le capitaine verrouille la porte à l’aide d’un code de haute sécurité. Il se tourne vers la navigatrice et demande :

« Vargas, qui a clos les deux autres habitations ?
— Marcel celle qui contient les deux blessées et moi la numéro deux. Pourquoi ?
— Parce qu’il ne me semble pas qu’un verrouillage de base soit suffisant », répond le pilote dubitatif.

Il fait demi-tour et va encoder les deux fermetures restantes. Il utilise un mot de passe spécial. Les prisonnières sont ainsi assimilées à du matériel inflammable, instable et par conséquent infiniment dangereux. Daniella aurait trouvé ces mesures extrêmes, il n’y a pas vingt minutes. Elle les pense justifiées à cet instant. Elle ne sait pas pourquoi, mais la gamine de la cabine numéro trois l’inquiète.

Le pilote est de retour à la hauteur de la navigatrice et tous deux font chemin commun vers le poste de commande. Marcel les y attend. Il est tendu. Le mécanicien ne leur laisse même pas le temps de s’asseoir. Il les apostrophe directement :

« Mac Ferson n’arrête pas de vouloir entrer en contact ! Elle a l’air furibarde ! Patron t’es sûr qu’on continue à faire le mort…
— Certain Marcel.
— Pourquoi ? demande le mécanicien Gallo sur les nerfs.
— Parce que nous sommes encore dans l’hypertemps et que si je communique avec l’Agricole, nous serons traçables.
— Traçables ? l’interpellent d’une même voix ses collaborateurs.
— Oui. Le signal émis laissera un sillon dans l’espace-temps. Les terriens pourraient nous suivre ou pire venir attaquer l’Arche.
— T’es sûr ? demande Marcel. Ils m’avaient pas l’air très dangereux ? En plus, les prisonnières ressemblent plus à des ados en pleine fugue qu’autre chose.
— Je suis pas d’accord, intervient Daniella. T’as pas bien observé la dernière. Ces filles sont différentes, je t’assure. »

Le mécanicien regarde alternativement ses deux compagnons. Il n’a jamais vu le capitaine et la navigatrice partager un tel consensus. Il se plie donc à l’avis général et acquiesce à son tour.
Les trois membres de la petite équipe prennent place sur leur siège et retournent à leur tâche. Patrick O’Commara se frotte le front avant de demander à Marcel :

« Quelles sont les réserves de Bay ?
— Supérieures au besoin de trente pour cent, patron.
— Vargas, tu nous trouves un vent solaire puissant !
— À quelle distance de l’Agricole veux-tu sortir ? interroge la navigatrice qui a compris la manœuvre du capitaine.
— Au plus près, on risque d’être à court de Bay si on émerge à plus d’une unité hypertemps. Marcel ?
— Pas plus d’une mesure et vingt-trois centièmes. Un dixième de plus est nous nous transformerons en objet dérivant.
— J’ai ! Un vingtième d’unité. Largage de l’ancre dans quarante-deux secondes. » s’écrie la navigatrice.

Tous trois s’attachent prestement.

« Et les prisonnières ? demande Marcel avant que le décompte ne passe à cinq secondes
— Elles survivront, répond Patrick O’Commara concentré.
— Trois, deux, un… » égraine gravement Daniella.

Tous trois savent ce qu’ils doivent faire. Cette manipulation ressemble étrangement à celle qu’ils ont effectuée sur Terre. La différence, c’est qu’ils se servent de l’ancre pour changer leur trajectoire et augmenter leur vitesse. L’amarre va traverser l’espace pour aller se fixer au milieu d’un vent solaire à proximité de l’Agricole. Ils vont ensuite enrouler le filin. Cela va consommer toutes leurs réserves de Bay et les faire arriver deux fois plus vite.

Encore une fois, il s’agit d’une manœuvre extrêmement violente et risquée. Le retour ne durera cependant que trois jours s’ils réussissent leur pari.

L’ancre se déploie. Elle s’amarre à peine à une demi-unité d’hypertemps de l’Agricole. Le capitaine O’Commara est focalisé sur la tâche à effectuer. Les mains sur les commandes, il actionne le levier de rétraction du filin. Une accélération soudaine propulse les trois coéquipiers au fond de leur siège. Ils ont dans un premier temps du mal à respirer.

Le métal commence à chanter. Répandant des sons aigus inquiétants, la carlingue vibre fortement.

Marcel ne cesse de faire passer le Bay d’un fût à un autre. Cela permet de refroidir légèrement le carburant et de maintenir sa température constante. Malgré l’attention qu’il porte à sa tâche, le mécanicien ne peut que constater que ses mouvements sont plus prestes et plus précis. Ses douleurs sont silencieuses. Si cela le réjouit, il s’inquiète tout de même.

Daniella est à son aise. Elle surveille et corrige les calculs de trajectoire en temps réel. Les chiffres sont ses amis. Elle regrette seulement de ne pas être passée aux toilettes plus tôt, car elle sait qu’elle ne pourra quitter son siège durant les soixante-douze prochaines heures. Ce n’est pas grave, ce ne sera pas la première fois que les collaborateurs d'une équipe sont obligés d’uriner dans leur combinaison. Pourquoi auraient-elles des compartiments absorbants sinon ?

Patrick O’Commara espère simplement qu’ils n’ont été ni suivis ni repérés. Il s’en veut d’avoir été trop enthousiaste. Il aurait dû vérifier les caissons avant de les embarquer. Le capitaine souhaite seulement que les sarcophages ne possèdent pas de balises spatiales. D’un revers de manche, il essuie son front. Il a des sueurs froides. Le jeune pilote se rassure tout de même en se disant qu’à cette vitesse, aucune sonde connue n’est capable de transmettre la moindre information.
  
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