Bienvenue ! S'inscrire Se connecter
Romans Agenda Publier Articles
Les Trois Rues Les Forums L'Equipe

Inscrivez-vous ou connectez-vous

Lecture d'un chapitre
Laisser un commentaire
  
2 « Cendrillon & Hansel et Gretel »
5 « La fête du Printemps »
Publié par Nascana, le samedi 24 mai 2014

Pour moi, c'était un jour comme les autres. Je faisais mon maximum pour que l'on m'oublie. Je préférais ne pas me faire remarquer pour éviter des propos désobligeants à mon encontre. Trop souvent cela avait été le cas.

Pourtant ce jour était particulier. Sans que l'on s'y attendre deux hommes avaient fait leur apparition, en souriant.

« Cette soirée de printemps, c'est un grand évènement ! Nous annonça-t-il. Bonne nouvelle mesdemoiselles, vous y êtes toutes conviées ! »

Le regard de l'autre glissa sur moi.

« Enfin, ajouta-t-il, » sans oser dire ce qui lui brulait la langue.

Face à mes sœurs et leurs magnifiques robes colorées fruit de l'expérience de grands créateurs, je me sentais bien triste avec ma tenue élimée, d'un brun sombre. De même mes cheveux n'étaient peignés avec soin mais formés plutôt un méli-mélo indomptable qui partait dans tous les sens.

Son compagnon hocha la tête, cherchant quoi dire pour m'évincer en douceur.

« Ne vous en faites pas, on viendra vous chercher, » nous assura-t-il.

Sans doute, ne ferais-je pas partie de cette fête. Mais tel devrait être mon destin... Je replongeais avec lassitude dans les limbes de l'oubli. Mieux valait-il oublier cette soirée puisque je ne ferais pas partie.

***

De loin, j'écoutais les discussions. Seule dans mon coin, j'observais mes sœurs en train de se faire pomponner pour la soirée tant attendue. Deux jeunes femmes étaient arrivés les bras remplis de différentes tenues toutes plus belles et surprenantes les unes que les autres. Après quelques essayages, chacune avait trouvé son bonheur.

Moi, je n'osais approcher de peur d'abimer les sublimes dentelles, ou d'égratigner les magnifiques tuniques. J'avais beau rêver de me voir dans ces vêtements, je savais qu'ils ne me conviendraient pas. Je n'étais pas élégante, pas délicate. Mon corps trop fin évoqué les vestiges d'un temps résolu. Mon manque de forme flagrant, ne donnait pas à quiconque l'envie de m'habiller. Alors, tant pis, j'écoutais en silence.

« Il faut que les filles soient les plus belles possible. »

L'autre hocha la tête.

« Notre seigneur est là, ce soir. Il ne faudrait pas qu'il passe devant elle sans les voir. »

Le seigneur était là, je n'en croyais pas mes oreilles. J'avais tellement envie de pouvoir l'apercevoir, juste pour savoir à quoi il ressemblait. Mais comme toujours, je manquais de chance. Pourquoi les jeunes femmes s'occuperaient-elles de moi, alors que mes sœurs étaient plus faciles à vêtir et à embellir. Pourtant je devais avouer que j'aurais aimé que l'on s'occupe de moi. C'était là, un voeu qui ne se réaliserait sûrement jamais. Un jour, il faudrait que j'arrête de rêver.

Une fois la cérémonie achevée, je restais seule. Fixant les derniers frous-frous qui disparaissaient dans l'encadrement de la porte, après que les cavaliers eurent fait leur apparition pour emmener ces demoiselles vers d'autres amusements.

Je restais à les attendre, guettant le bruit qui annoncerait leur retour et les bavardages qui me feraient regretter mon absence lors de cet évènement.

***

Des pas résonnèrent pourtant assez rapidement, ce qui eut pour effet d'attiser ma curiosité. Le visage rouge et à bout de souffle, une jeune femme fit son apparition. Des taches de rousseur constellaient sa face ronde, encadré d'une masse de cheveux blonds aux boucles indisciplinées. Elle releva la tête en souriant.

« Bonjour. On peut dire que je suis ta bonne fée du jour. »

Tout en disant cela, elle sortit de son sac, de beaux vêtements d'un rose pâle qui paraissait blanc selon l'angle avec lequel on le regardait. Je ne comprenais pas. Pour qui pouvait bien être cette tenue ?

Sans attendre de réponse, elle sortit des chaussures presque transparentes que je ne pus m'empêcher d'admirer.

-On va commencer par la coiffure et ensuite, tu mettras la robe. Il faudra être de retour ici avant minuit mais ça te laisse le temps de voir le seigneur.

Sans un mot, j'attendis alors qu'elle coupait mes cheveux pour donner du caractère à mon visage. Que dire sinon que j'étais heureuse que mon souhait se réalise. Enfin, je pourrais voir le seigneur. Un grand bonheur m'envahit. Jamais je ne devrais oublier cette soirée, j'y pensais avec tant de force. A présent quoi qu'il arrive, ce souvenir m'accompagnerait et me rendrait heureuse.

Une fois prête, après un dernier coup d'œil à mon reflet, je me trouvais superbe. Impensable pour quiconque de faire le lien entre la jeune femme cachée dans un coin et la demoiselle qui allait se présenter lors de cette fête. Même mes propres sœurs ne me reconnaitraient pas, j'en avais presque la certitude.

***

Je me retrouvais soudain plongé dans un monde dans lequel je n'aurais jamais cru pouvoir entrer. La salle était vaste et les miroirs installés sur les murs augmentaient encore cet effet. Tout était blanc du sol au plafond, décuplant la force de l'éclairage. Le mobilier lui au contraire avait été choisis de couleur sombre créant un effet distingué.

La pièce bourdonnait de petits groupes discutant avec un verre à la main. Plus loin, un buffet garnit de mets raffinés qui auraient donné l'eau à la bouche de n'importe qui. Certains s'y pressaient avec hâte, avide de goûter les nouveautés.

Une estrade avait été installée sans doute pour que le seigneur puisse prendre place et que tous puissent l'admirer. Pour le moment, elle était vide.

Moi, je restais sans bouger bien à ma place. Je contemplais les tenues des autres prétendantes, les comparants à la mienne. Toutes se faisaient plus originales, mêlant une abondance de texture avec parfois une simplicité déconcertante. J'éprouvais une grande satisfaction personnelle à l'idée que ma tenue valait toutes les autres. Je me sentais bien différente de la fille que j'étais avant, plus sûr de moi. Pour une fois, j'avais confiance en mes capacités.

Brusquement, un chemin se dessina alors qu'un homme grand passait devant chacune des jeunes femmes. Il les observait, s'arrêtant parfois pour faire quelques compliments avant de repartir. Avisant ce manège étrange, je fus soudain prise d'une intuition, ce devait être lui le seigneur. Au vu de la façon dont les autres le regardaient, marchant dans ses pas et buvant chacun de ses paroles, cela ne laissait finalement pas de doute.

Il s'approcha de moi. Je ne savais que faire. Et s'il savait que je n'avais rien à faire ici ? Mais comment le pourrait-il ? Après tout, mes vêtements distingués me permettaient de me fondre dans la foule. D'ailleurs, personne n'avait été choqué de me voir jusqu'ici.

Peut-être aurais-je dû partir mais cela aurait paru suspect. Alors j'attendis.

Une fois devant moi, ses yeux se plantèrent dans les miens. J'eus l'impression qu'il me scrutait tout entière, lisant dans mes pensées. Finalement, il s'arrêta et regarda ma robe, détaillant avec minutie chacune des coutures la composant.

« Très jolie, » murmura-t-il avant de repartir.

Je ne savais pas si je me faisais des idées mais je crus qu'il s'était arrêté devant plus longtemps que devant n'importe qui.

Il continua son chemin, ignorant quelques prétendantes au passage.

Sans un mot, je restais immobile, observant les gens et leurs réactions au passage de leur seigneur. Bien souvent, les conversations cessaient et l'on approchait guettant la moindre parole comme s'il s'agissait d'or.

Une voix résonna dans la salle, me sortant de mes réflexions.

« Très chers amis, je vous remercie tous pour votre venue. Il est bientôt minuit et comme vous le savait... »

Minuit ?!

Il me fallait déjà me retirer. Ma bonne fée était d'ailleurs apparu à mon côté. Elle me prit par la main et m'entraina dans son sillage. Dans une tentative pour ne pas nous faire remarquer, nous perdîmes encore du temps, en zigzaguant entre les groupes qui se rapprochaient de la scène alors même que nous nous dirigions en contresens.

J'avais si peur qu'on me voit telle que j'étais avant avec des vêtements usés. J'aurais tellement honte de me présenter ainsi devant tous ces gens.

Dans ma hâte, je ne pris pas tout de suite conscience que j'avais perdu l'une de mes chaussures. J'aurais pu prévenir la jeune femme mais le manque de temps jouer contre nous.

***

Finalement, je me trouvais de retour à mon point de départ. Fini les belles robes et la fête, il était temps pour moi de dire adieu au seigneur. Les souvenirs eux, resteraient gravés en moi. Toutes ces péripéties m'avaient fatigué plus que raison et j'éprouvais le besoin de me reposer. Une douce torpeur s'empara de moi et je me laissais glisser dans le sommeil.

***

Alors que Lise commençait à ranger les vêtements, elle prit conscience que l'une des chaussures manquait a l'appel. Elle eut beau chercher autour d'elle, elle ne s'y trouvait pas.

« Merde ! »

Une voix l'interrompit alors que la jeune femme se trouvait à quatre pattes en train de prier pour que le vêtement réapparaisse.

« En voilà des manières ! »

Elle sursauta et se retourna.

« Mais vous êtes le seign... Enfin, je veux dire monsieur. Euh...

— Le seigneur de la mode, hein ? Quel surnom idiot mais ça a l'air de plaire donc... »

Lise ne sut quoi répondre. Elle baissa les yeux.

« Je pense que vous avez perdu ceci. »

La chaussure se trouvait là, dans les mains de l'une des figures de proue de cette école.

« Très réussit votre tenue. Vous avez dû y passer beaucoup de temps. En tout cas, votre créativité apporte une fraicheur bienvenue. »

La jeune femme ouvrit la bouche avant de la refermer. Elle ne savait que dire.

« Par contre, je me demande pourquoi vous avez fui comme une malpropre.

— C'était un projet de groupe, murmura-t-elle. Mais comme je n'aimais pas le rendu, j'en ai fait un autre seul. Je n'avais pas le droit de le présenter mais je ne voulais pas laisser passer ma chance. Du coup... »

Elle jeta un regard au mannequin de plastique dont les couleurs s'écaillaient.

« Vous avez été en chercher un abimé ?

— C'était le seul qui restait. »

Il lui tendit la chaussure qu'elle prit.

« J'aime votre audace, jeune fille. Venez ! »

Le sourire aux lèvres, elle le suivit laissant une cendrillon synthétique, seule avec ses souvenirs.

  
Commenter ce chapitre
Pour commenter, veuillez vous connecter ou vous inscrire.
Licence Creative Commons
ALLEEDESCONTEURS.FR DECOUVRIR L'ALLEE L'ALLEE & CO STATISTIQUES
Les fictions publiées
L'agenda des publications
Les auteurs de l'Allée
Les Trois Rues | la compétition
Foire aux questions
Publier sur l'Allée
Nous contacter
Forums de discussion
LeConteur.Fr
Partenaires & Liens
28 fictions publiées
719 membres inscrits
Dernier inscrit: Shnever
AlléeDesConteurs.fr ~ 2005-2018