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2 « Cendrillon & Hansel et Gretel »
4 « Cendrillon de Firemoon »
Publié par Little Lilly Love, le samedi 24 mai 2014

Il était une fois dans le Cercle stellaire Titania de la République des 7 planètes, Firemoon, petite planète située entre Eponaïa et Aquorld. Elle abritait une population en marge de la république donc livrée à elle même et sans contrôle. Les hommes s'appropriaient eux mêmes les cités et leurs biens communs. Sa principale source de revenus était la contrebande avec les colporteurs interstellaires... C'est là qu'intervient Cendrillon. Cette jeune femme avait perdu sa mère, emportée par la maladie. Son testament lèguait à Cendrillon une étrange relique, un revolver à la crosse d'ivoire et aux décorations en fil d'or... La jeune fille le conservait comme un trésor, toujours à sa ceinture, à portée de main. Elle était la descendante d'une chef, elle souhaitait reprendre le business familial malgré le conflit que lui livrait son père qui finit par lui faire abandonner cette idée... Le temps a passé, Cendrillon devait son nom aux cendres qu'elle laissait dans son sillage, il fallait dire que son revolver fonctionnait encore à la poudre et qu'elle faisait danser même les plus grandes terreurs, entre autre elle appréciait fumer le cigare. Mais aussi à sa mauvaise condition, Cendrillon : la fille des cendres, de la suie, de la poussière....

Son père s'était remarié à une autre femme, une vipère qui haïssait la présence de Cendrillon et avait manipulé le coeur du père pour lui transfuser son venin. Le père s'émouvait pour ses belles-filles bien plus que pour sa véritable fille, et bientôt la marâtre et ses deux garces (Isabelle et Nathalie) eurent une emprise totale sur la maisonnée. Cendrillon perdit toute sa faible prestance. Elle était devenue la bête ennuyeuse, ce chat rayé qui se voyait un tigre féroce... Elle se retenait certains jours d'empoisonner ces odieuses femmes qui l'avaient retiré du coeur de son père pour y faire fleurir une fleur aussi noire que leur vil esprit.

Cendrillon vacquait à toutes ses tâches, puis elle s'évadait. Dans ce village tout le monde la connaissait de loin, on n'osait pas s'approcher d'une fille aussi féroce à part quelques molosses qu'elle rabrouait plus ou moins gentimment et une horde d'enfants des rues qui l'admiraient pour son courage et sa gentillesse. Elle vagabondait dans ce décor de western, gardait précieusement son chapeau de cowgirl et sa ceinture armée, elle sentait les yeux dont elle retenait l'attention, elle sentait aussi la fascination. Il fallait dire que dans ce monde il n'y avait pas beaucoup de place pour les femmes, le peuple masculin s'appropriait des droits flagrants par la force, et la gente féminine se taisait, docile. Cendrillon chassait cela d'un coup de poing, elle était une femme au tempérament d'homme et malgré sa sensibilité elle se faisait craindre pour être respectée. C'était se faire mater ou mater. C'était pas une jolie société mais Cendrillon avait appris à faire avec et s'était juré de tout faire changer un jour....

La belle Cendrillon, le cigare coincé entre ses lèvres purpurines observait le village et les gens qui s'affairaient de-ci de-là, elle attendait près du spacio-port. Un débarquement devait venir, les gangsters du Petit Prince, (vaisseau volé lors de la guerre civile de Frozterra) des robins-des-bois pour le Cercle... Ici à Firemoon ils étaient accueillis comme des héros, à chaque fois des bals étaient organisés pendant trois nuits de suite, et des bals grandioses ! Cendrillon n'y va jamais, elle n'en avait pas le droit, et de toute façon elle ne trouvait rien d'amusant à s'agiter sur des sons... Pourtant beaucoup d'hommes pourraient jurer qu'elle possédait un corps de danseuse, elle était gracieuse et avait le sens du rythme. Mais dans son obstination elle refusait tout cavalier, et ses belles-soeurs l'en déchargeaient à leur grand plaisir.

Mais cette fois-ci, c'était différent. Henri, le chef du Petit Prince, venait se joindre à la fête. De nombreuses légendes circulaient à son propos, il était beau et vaillant, il était sensible et téméraire, il était riche et descendait de la famille royale détrônée de Frozterra, il était blond, il était brun, il était roux, il avait une chevelure de feu, il avait une chevelure d'Arcchieli, il était grand.... Chacun avait sa manière de le voir sans l'avoir vu. D'habitude, il allait rejoindre sa mère au village voisin et laissait son équipage dans le village de Cendrillon d'où ils étaient tous ou presque natifs.

Pour la première fois de sa vie, Cendrillon voulait aller danser. Elle voulait s'approcher d'Henri, voir cette légende humaine incarnée dans un personnage si incertain...

« A quoi penses-tu, catin ? »

Cette voix grinçante ne pouvait appartenir qu'à Isabelle. Un gloussement l'accompagna et Cendrillon se doutait que celui-ci devait être à cette pintade de Nathalie.

« Je pense moi au moins, siffla Cendrillon.

— Parles moi autrement ! Je vais me plaindre à maman sinon, menaça Isabelle.

— Et là tu feras moins la maligne, renchérit Nathalie.

— Je songeais au bal de ce soir...

— Toi ? Toi tu penses au bal ?

— Oui et j'irais danser ce soir, affirma Cendrillon.

— Je ne crois pas que maman soit d'accord avec ça. Il reste un repas à préparer, la maison à ranger et le parquet à astiquer.., dit la perfide Nathalie.

— Je ne suis pas une esclave, j'ai le droit de m'amuser un peu, s'indigna Cendrillon.

— Eh bien amuses toi avec un balais, une brosse et une éponge !

— Bien dit, gloussa Isabelle. »

Cendrillon se redressa, elle ne parvenait pas à surplomber ses belles-soeurs et se retint de toutes ses forces pour ne pas les frapper. Si elle faisait cela, elle se ferait descendre par sa marâtre et peut-être même par son père... Elle s'en alla la tête haute et releva son chapeau.

Cendrillon rentrait chez elle, elle retira son chapeau et ses bottes pour porter un tablier. Elle détestait le revêtir mais par contrainte pratique, elle le devait afin de ne pas se salir car il restait toujours du ménage à faire. Elle espérait de tout coeur pouvoir charmer sa marâtre et la faire accepter d'aller au bal de ce soir...

« Belle-maman ?

— Qu'as-tu souillon, demanda t-elle en posant son livre.

— Je voudrais aller au bal de ce soir, dit-elle en rabrouant l'insulte. »

La belle-mère s'esclaffa, riant jusqu'aux larmes. Cendrillon déconfite, jeta son regard blessé par la fenêtre, admirant sans conviction le monde au-dehors.

« Tu es sérieuse sauvageonne ?

— Oui belle-maman, répondit-elle.

— Eh bien tu m'étonneras toujours. Regardes toi. Tu ne peux pas aller à un bal, tu ne ressembles pas même à une femme.

— Pourtant je le suis ! Si je me comporte ainsi c'est pour échapper au joug des hommes.

— Tu n'as pas de charme, insista t-elle.

— Je ne cherche pas à séduire. Je ne cherche pas à plaire belle-maman. Je veux danser ce soir et voir Henri de mes propres yeux...

— Henri aurait peur de toi, regardes tes cheveux de paille, ton teint rougit par le soleil, tes muscles sans souplesse, et tes yeux sont si durs. Tu ne sais pas même danser.., continua t-elle. Enfin bon, nous pouvons essayer quelque chose...»

Cendrillon observa alors déconcertée sa marâtre éparpiller au sol ses cartouches et ses cigares. La cendre faisait déjà des rayures noires et le métal des cartouches griffaient le parquet.

« Nettoies moi tout ça. Ranges les bien surtout ! Je reviens dans une heure et je reverrais ta condition pour ce soir, dit-elle en refermant à clés la porte derrière elle. »

Cendrillon s'effondra. Elle n'y parviendrait jamais, les munitions et les cigares étaient d'un nombre incalculable, elle n'y parviendrait jamais...

Soudain, elle entendit frapper au carreau. Croyant à une mauvaise blague de ses belles-soeurs elle ouvrit la fenêtre furieuse... Mais c'était un petit garçon, la figure salit par le sable et la terre, il tendit sa main à la demoiselle. Elle l'aida à escalader la balustrade et caressa ses cheveux drus.

« Qu'est-ce que tu fais là toi ?

— On vient t'aider Drillon, dit-il en se penchant par la fenêtre pour tirer d'autres enfants.

— Oh les enfants ! Non non..., dit-elle modeste.

— Tais-toi Drillon, on va t'aider comme toi tu nous aide en chassant les terreurs qui traînent dans les rues, fit une petite fille en secouant ses cheveux.

— Ouais Pan pan pan !

— Il faut faire quoi ?

— Trier les balles et les cigares ! Allez on le fait tous ensemble ! »

Une bonne troupe d'enfants avaient envahis la cuisine et rangeaient les munitions et les cigares tombés au sol. Cendrillon se pencha pour aider ses petits bonhommes et ses petites fleurs. Les enfants abandonnés.

« Les cigares et les munitions

— Un côté de l'autre trions !

— Pour notre belle Cendrillon ! »

Le chant mélodieux des enfants s'élevait dans les nuées comme un chant d'oiseau, ils trièrent les cigares et les cartouches, ils arrangèrent même les traces sur le parquet puis ils disparurent par la fenêtre restée ouverte.

Cendrillon se tourna émerveillée vers la balustrade.

« Merci les enfants ! Je vous revaudrais ça !

— Ne t'inquiètes pas pour nous Drillon !»

La joyeuse troupe d'enfants s'éloigna en faisant des signes à Cendrillon et lui envoya même quelques baisers.

« Comment as-tu accomplis ce prodige ? Le parquet est lustré, les cigares et les cartouches à leur place.., s'étonnait la marâtre.

— J'ai beaucoup de conviction, belle-maman, dit Cendrillon. »

La marâtre siffla, inspectant toujours les coffrets. Puis elle les lâcha, les déversant à nouveau et quitta la pièce d'un pas véhément, la méchanceté faisait un voile noir autour d'elle.

« Qu'est-ce que vous faites, dit Cendrillon en regardant les coffrets renversés.

— Seules les vraies femmes vont au bal. Les filles des cendres restent souillés et à la maison. »

Cendrillon serra les poings et commença à hurler de rage. La marâtre s'enfuit et l'enferma, évitant de peu ses coups que la malheureuse Cendrillon faisait pleuvoir sur la porte, l'ébranlant.

« Je ne suis pas une esclave ! Je ne suis pas une esclave ! Je ne suis pas une souillon ! Je ne supporte plus vos insultes ! Allez crever, allez avaler le canon de votre flingue ! Je vous tuerai je vous tuerai ! Vous et vos filles ! Vous avez le coeur noir ! LE COEUR NOIR ! »

Cendrillon glissa au sol, les mains meurtries et elle commença à pleurer.

La jeune fille essuyait ses larmes en apercevant derrière les carreaux le petit garçon de tout à l'heure. Elle le laissa entrer et il l'enserra. D'autres enfants vinrent et se joignirent au câlin.

« Ne pleures plus Drillon...

— Je ne pleure plus mes enfants. »

Ils s'écartèrent et certains se penchèrent par la fenêtre, maintenus par les autres enfants. Cendrillon s'avança et aperçu deux fillettes apporter une superbe robe rouge brodée d'or.

« Cendrillon est une princesse

— Une robe pour une déesse ! »

Elle pleura d'émotion lorsque ses mains touchèrent le tissu doux comme du velours. Elle le serra contre son cœur puis embrassa les fillettes, enfin elle se dépêcha de l'enfiler. Les enfants s'animaient autour d'elle, l'aidant à nouer ses rubans et à ajuster ses boucles blondes. Pour la première fois, elle retirait ses tresses et se vêtait d'une robe... Elle était magnifique. Aussi belle que le firmament lorsque les comètes traçaient une traînée de rêves dans les cieux étoilés...

« Enfants des rues enfants de l'amour

— D'une sauvage voilà une dame de velours. »

Le vaisseau du Petit Prince était en lévitation, sans un bruit il flottait là, arborant banderoles colorées et lumières. Cendrillon ne l'avait jamais vu de près et ne s'était jamais imaginé qu'il était aussi imposant et aussi magnifique malgré sa rouille et ses vieux turbos bleus...

« Bonsoir mademoiselle, je ne vous avez jamais vu ici.. Vous êtes du Petit Prince ?

— Non, je ne suis pas du vaisseau, je viens d'un village assez loin, vous ne devez pas le connaître monsieur, dit-elle en s'esquivant.

— Vraiment ? Ah c'est drôle vous me rappelez la petite peste...

— Vous devez vous tromper.

— Non non ! Attendez ! Cendrillon, c'est toi ? Tu te prends pour.... »

L'homme ne fini pas, Cendrillon lui avait aplati le nez d'un méchant coup de poing. Elle le contempla agenouillé au sol, ses mains en coupe sur son nez sanguinolant, elle lui cracha dessus et contourna la foule pour s'approcher de la passerelle ouverte du vaisseau. Elle n'avait d'yeux que pour cette merveille stellaire si majesteuse malgré son âge...

« Il est beau n'est-ce pas ? »

Cendrillon avait été surprise par la voix grave qui venait de résonner derrière elle. Un homme d'à peine la trentaine était appuyé contre l'armature de la passerelle, son long manteau brun s'accordait avec ses bottes et lui donnait un style particulier que Cendrillon appréciait. Mais elle restait fascinée par sa beauté... Ses yeux étaient d'une beauté indéniable.

« Il est superbe.. Je ne l'avais jamais vu d'aussi près, dit-elle en détournant son regard troublé.

— Tu veux le visiter jolie dame ?

— Oh eh bien oui ! Mais qui es-tu, demanda t-elle.

— Henri, dit-il comme une évidence. »

La jeune fille s'était laissée attraper la main mais elle resista lorsque l'homme l'attira à lui.

« Henri ? Tu te fous de moi ?

— Non, petite princesse, dit-il en baisant sa main.

— Ne dis pas petite ! Je ne supporte pas ça.

— Très bien ! Très bien ! Ne t'énerves pas tigresse ! Regardes, tu vois cette broche sur ma veste ? Ca signifie que je suis le commandant du Petit Prince. »

Henri fit luire une rose en or entrelacée avec du muguet surmontée d'une couronne. Cendrillon reconnu le blason de son gang, celui sur la crosse de son revolver...

Cendrillon se laissa entraîner par Henri. Il avait une souplesse naturelle pour se déplacer dans ce vaisseau immense, il le connaissait par cœur et le simple contact physique entre lui et le métal provoquait une tension électrique. C'était comme si le vaisseau et son commandant était un seul et même être... Cendrillon ne pouvait pas l'imaginer autrement. Henri était fait pour vivre ici.

« Voilà, après mon poste de commandant sur le pont, j'aime cet endroit...

— La salle des machines ? Pourquoi, s'étonna Cendrillon en soulevant sa robe afin de ne pas la tacher d'huile. »

La salle ronronnait comme un fauve endormi. Les manettes, les vannes, les engrenages... L'attirail emplissait la salle grande comme la cuisine de chez elle. Henri posa la main de Cendrillon sur un tuyau. Il vibrait et était chaud comme un vaisseau sanguin.

« C'est ici que je me rend compte que le Petit Prince est vivant, dit-il. Tu perçois son sang ? Viens voir son cœur. »

Henri la saisit par l'épaule pour l'entraîner un peu plus loin sur le sol grillagé où en-dessous se cachait encore des circuits et des canalisations.

« Là, regardes, princesse. »

Cendrillon resta stupéfaite par ce qu'elle découvrit. Un véritable cœur battait dans la mécanique, il battait et diffusait une lumière chaude.

« C'est... C'est un vrai.., balbutia t-elle.

— C'est une greffe humaine. L'ancienne propriétaire avait demandé à faire partie intégrante du vaisseau. J'ai accompli sa dernière volonté. Elle vit à travers le vaisseau dorénavant. »

Cendrillon se pencha et tendit sa main vers cet organe fascinant. Henri lui refusa ce contact en la retournant vers lui.

« On ne touche pas au cœur du Petit Prince, petite princesse.

— Je ne suis pas petite. Je ne suis pas une princesse, rétorqua t-elle en se dégageant de ses mains.

— Comme tu veux mais tu n'en es pas moins charmante... Oh vois comment tu rougis ! »

Cendrillon eut alors envie de s'enfuir et de l'embrasser. Elle cacha ses joues chaudes dans ses paumes et détourna les yeux. Henri saisit son menton et tourna son visage vers le sien.

« Tu es la plus jolie femme que je n'ai jamais vu, souffla t-il.

— C'est ce que tu dis à toutes les femmes.

— C'est faux !

— Recule. »

Le ton de Cendrillon ne semblait pas suffire, ainsi elle sortit son revolver et le pointa sur son front. Henri perdit son sourire et enleva ses mains de sur elle, Cendrillon appuya le canon pour le faire reculer encore, elle arma le chien pour qu'il s'exécute plus vite.

« Joli flingue, remarqua t-il.

— Tu ne devrais pas plaisanter comme ça.

— Je ne me moque pas. Il est joli.

— Ce fut un honneur, commandant, dit-elle avec un sourire amusé.

— Tout le plaisir fut pour moi, fleur de poudre...

— Adieu, Henri. »

Cendrillon s'enfuit, ses pas résonnaient dans le vaisseau tout comme la voix de Henri qui la suppliait de revenir, son ton montait mais la jeune femme ne l'écoutait pas, elle riait.

Le lendemain, Cendrillon reprenait son rôle de boniche. Elle s'était dévêtie en hâte, avait tressé ses cheveux et remit son tablier ainsi que de la poussière sur ses joues. Elle fumait un cigare sur le balcon quand ses belles-soeurs et belle-mère rentrèrent du bal, son père clopinait derrière geignant de ses ampoules aux talons.

« Cendrillon ! Pauvre Cendrillon ! Je n'aimerais pas être à ta place, ce bal est magnifique, ricana Isabelle. Et tu as vu ma robe elle est belle hein ?

— A en mourir, répondit-elle ironique. »

La robe verte mal cintrée d'Isabelle aplatissait ses formes et jurait avec ses bottines. Isabelle resta outrée par son insolence et elle partit dans sa chambre aussitôt, suivie de sa soeur.

« Mais c'est faux tu es surperbe soeurette ! Mais n'empêche tu as vu comment Henri m'a regardé ? Hé ! Isabelle tu m'écoutes ? »

La voix désagréable de Nathalie s'estompait, et Cendrillon n'entendit pas la réponse d'Isabelle. Elle souriait malicieusement, appitoyée par leurs illusions. Henri était subjugué par elle.

« Que fais-tu encore debout à cette heure-ci ?

— Je n'arrivai pas à dormir papa. J'avais besoin d'un cigare et d'un peu de solitude, répondit Cendrillon en faisant un rond de fumée parfait.

— Endors-toi vite, je ne veux pas t'entendre. »

Il referma la porte et Cendrillon entendu sa marâtre glousser.

« Ouais et pis bonne nuit hein, cria Cendrillon à travers la cloison. Et on dit que c'est moi la malpolie...! »

Le soir venu, après une dure journée auprès de sa famille et aussi de ballades pour oublier sa condition, Cendrillon redevenait la beauté nocturne du jour d'avant. Les enfants l'aidèrent une fois de plus à détourner l'attention pour qu'elle puisse sortir de chez elle et cette fois, un garçon lui offrit une bague, une bague ornée de son blason et des initiales de sa mère... Cendrillon ne saura jamais le mystère de cette merveilleuse bague car l'enfant ne lui répondit pas et se volatilisa. Sans doute un messager à travers les mondes...

La jeune fille retourna au bal, elle se mêla cette fois aux danseurs. De charmants jeunes hommes l'accueillirent à leurs bras et la firent virvolter sur des pas exquis. Jamais Cendrillon n'aurait pu croire qu'elle puisse danser aussi bien, elle était surprise d'elle-même car son corps vibrait à la musique du quatuor hétéroclite et bougeait de lui-même. Elle distinguait ses belles-soeurs qui surveillaient que leur mère ne les regardait pas pour danser avec des hommes autre qu'Henri dont aucunes n'avaient pu approcher.

« Je suis ravi de te revoir… »

Cendrillon se retourna les yeux émerveillés par le commandant qui lui souriait. Il s'empara de sa taille et il esquissa des pas de danse, elle le suivit. Elle était fascinée par lui... C'était dangereux, tous ses sens étaient en éveil face à lui, il était un danger pour elle.

« Tu m'avais dis adieu pourtant, dit-il.

— Je sais. Tu m'as attendu ?

— A chaque seconde. »

Cendrillon sourit, le commandant l'attira à lui, elle se perdit dans ses bras, inspirant son parfum particulier. Une saveur de réglisse et d'encens... Elle s'enivrait de sa présence et elle ressentait son intuition plus forte encore. Elle était en danger avec lui, quelque chose n'allait pas.

« Tu as une bague superbe... On dirait une rose et un muguet.., remarqua t-il. »

Cendrillon retira sa main et s'écarta de lui.

« Non non c'est une rose et une clochette d'or, dit-elle en retirant sa bague et la cachant discrètement dans son col.

— Ah bon ? Je peux la regarder ?

— Oui... Oh bon sang !

— Quoi, s'inquiéta-t-il.

— Je l'ai perdu !»

Cendrillon simulait bien mais elle voyait qu'Henri n'était pas dupe. Cependant il n'insista pas et l'entraîna dans une danse endiablée alors que les musiciens effectuaient une rythmique de folie. Cendrillon volait presque alors que le commandant faisait des pas de plus en plus rapide, une main sur sa taille, il la soulevait sans peine. Elle riait, il la dévorait des yeux et voulu l'embrasser. Elle dégaina aussitôt et le fit reculer.

« Tu ne m'auras pas aussi facilement. Je suis une fille des cendres des armes à feu, la fleur d'un revolver. Balle chargée entre les yeux. Bang !... Adieu encore commandant. »

Cendrillon fendait la foule.

« Attends ! Je ne connais toujours pas ton nom !

— Je suis une fleur de cendres ! »

Un jour nouveau passa. Cendrillon essuya la jalousie de ses belles-sœurs et la colère de sa marâtre. Un concert désaccordé était mille fois plus plaisant que leurs geignements, elles pestaient contre une superbe femme avec une robe rouge et des boucles blondes qui envoûtait Henri... Si elle l'avait pu, Cendrillon aurait rit aux larmes en sachant qu'elles parlaient d'elle sans s'en douter une seconde.

« Cette fille est trop belle ! On a aucune chance maman...

— Tais-toi Nathalie ! Vous êtes les plus parfaits bijoux du monde. L'une d'entres vous doit l'épouser, dit la marâtre.

— Il est à moi tu entends ?

— Non ! Jamais ! C'est le mien !

— Ne vous énervez pas les filles ! Calmez vous immédiatement ! Nathalie ne dit pas ça ! Non ! Non ! Isabelle lâche ta sœur ! Isabelle ! Isabelle arrêtes ! »

Toute la journée fut mouvementée par cette hideuse jalousie.

Le soir venu, la princesse nocturne refit son apparition au bal.

Cendrillon fumait sur un banc, elle regardait les danseurs, écoutait les musiciens. Elle cherchait Henri, le cœur oppressé.

« Ah ! Ma belle inconnue te voilà. »

Cendrillon se leva en écrasant le mégot de son cigare. Henri la serra dans ses bras, elle savoura ce contact. Il se recula et saisit sa main.

« Viens. »

Cendrillon ne résista pas, elle se laissa faire et Henri l'entraîna dans la salle des machines.

Ils savaient tous les deux que leurs derniers instants étaient venus car Henri repartirait à l'aube.

« Tu veux un verre ?

— Volontiers, répondit Cendrillon. »

Son cœur battait la chamade, elle savait qu'elle se jetait dans la gueule du loup... Mais qu'il était séduisant ce loup...

« Tiens, tchin tchin ! »

Affalés l'un à côté de l'autre, au milieu des palpitations du Petit Prince, ils trinquèrent et burent le whisky qu'Henri avait servi. Soudain, il posa son verre et regarda Cendrillon... Alerte rouge ! Alerte rouge ! Cendrillon sentit la tension augmenter, elle posa son verre et Henri se jeta sur ses lèvres...

Ils firent l'amour illuminé par le cœur du vaisseau, ils partagèrent leur chair et leur cœur. Car leur passion dépassait l'amour, ils étaient fait l'un pour l'autre. Ils s'aimaient, ils s'aimaient, ils s'aimaient comme des fous...

Au petit matin, Cendrillon s'habilla, tressa ses cheveux et disparue avant qu'Henri ne se réveille. Elle devait rentrer avant que sa maison ne remarque sa disparition, l'aube pointait, les derniers danseurs ivres écoutaient et s'agitaient encore à une musique tût depuis sans doute plusieurs heures... Plus elle se rapprochait de chez elle, plus Cendrillon reprenait son rôle de fille de cendres, de sauvageonne mal-lèchée cloîtrée dans la cuisine... Elle regrettait la chaleur d'Henri. Elle l'aimait. C'était cela le danger qu'elle ressentait... Elle ne pouvait plus imaginer vivre sans lui. Pourtant elle l'avait abandonné et elle était revenue dans une maison hostile... Pourquoi avait-elle fait cela ? Elle se coucha dans son lit quand elle entendit des bruits de pas derrière la porte. Les yeux fermés, le visage caché dans ses draps, elle retenait ses larmes en faisant semblant de dormir pour ne pas se trahir.

« Tu es sûr que tu ne l'as vu nul part ?

— Elle a fugué tu penses ?

— Non. Elle n'en a pas le cran. Cette souillon doit dormir dans un coin... Tu as regardé dans la cuisine?

— Oui, mais oui je te dis ! »

La porte grinça et un rai de lumière éclaira la pièce. Le père et la marâtre s'approchèrent avec la discrétion d'un éléphant et se rassurèrent qu'elle était là, tranquille à dormir. Puis, ils allèrent se coucher. Cendrillon serra fort son drap entre ses doigts...

« Bonjour mademoiselle.

— Mais... Vous êtes Henri, balbutia Isabelle en admirant l'homme qui venait de frapper à sa porte.

— Oui. Je cherche la femme de ma vie. Elle a laissé cette bague somptueuse et très fine... Je fais le tour du village pour la retrouver, dit-il en tendant la petite bague. »

Isabelle fit entrer le commandant désemparé, les yeux rougis par des larmes. Elle le fit s'assoir et allait chercher sa mère qui descendit quatre à quatre les marches.

« Oh quelle romance ! Quelle romance ! Vous recherchez votre princesse ?

— Ce n'est pas une princesse, c'est une fleur de cendres... elle est la plus belle femme du monde... Elle est blonde et bouclée comme vous... Je ne connais pas son nom...

— Ce ne peut qu'être l'une de nous deux, mon commandant ! L'alcool a dû troubler votre mémoire, sans vouloir vous offenser bien sûr.

— Pour enlever tout doute, je vous prie d'essayer la bague, celle qui l'enfilera à son annulaire gauche deviendra ma femme. »

La marâtre attrapa la bague et tenta de la glisser au doigt d'Isabelle, l'aînée. Son doigt était trop potelé, elle ne pouvait pas le faire rentrer dans la bague...La mère fonça chercher du gras de viande pour enduire le doigt de sa fille, mais rien n'y fit, la bague ne glissait pas. Alors qu'elle commençait à pleurer, la marâtre lui tendit un couteau.

« Il faut des sacrifices. Tu veux cet homme ? Mérite-le. »

Henri embrassa Isabelle et, bien que les sentiments qu'il ressentait ne fussent plus présents, il tint sa parole et l'emmena à sa suite. Mais sa route fut bientôt barrée par les enfants errants qui les huaient. Isabelle leva sa main pour se protéger des projectiles et son doigt se mit à saigner... Henri décida de la ramener, horrifié par cette mutilation.

Nathalie quant à elle avait des doigts trop fins. La bague tombait de son doigt. Sa mère lui tendit du fil et une aiguille, ainsi que les lambeaux du doigt mutilé de sa sœur.

« Tu sais quoi faire, ma fille. »

Henri essaya d'y croire et l'embrassa. Il l'emmena et là encore les enfants les firent s'arrêter. Il remarqua le sang et le fil. Il ramena également Nathalie, dépité.

« Avez-vous une autre fille ? Je voudrais être sûr... Mais plus de mutilation je vous en prie...

— Moi, dit Cendrillon depuis le haut des escaliers.

— Cendrillon enfin ! Retournes à la cuisine, c'est malpoli ce que tu fais, cria la marâtre.

— Pourquoi ne peut-elle pas essayer, demanda t-il.

— C'est une fille de cendres, elle n'est pas présentable...

— Qu'importe. Toutes les femmes peuvent avoir leur chance. »

Cendrillon descendit, dans son tablier, avec ses tresses, avec la cendre maculant son visage, elle ne ressemblait pas trait pour trait à la princesse nocturne qu'Henri avait rencontré. Cependant son coeur la reconnu aussitôt, il s'avança vers elle.

« Votre main, dit-il en tendant la sienne. »

Cendrillon obéit et Henri lui passa la bague au doigt qui glissa à merveille. Il l'embrassa et fut cette fois-ci submergé par ses émotions.

« Ainsi ma fleur de cendres se nomme Cendrillon...

— Tu n'as pas hésité en me voyant.., s'étonna t-elle.

— Mon cœur ne me trompe pas. Je savais que c'était toi cette fois. Malgré toute cette suie, j'ai vu la beauté du monde sur ton visage... Cendrillon. Veux-tu m'épouser ? »

Les amants se dévisagèrent, tout en eux vibraient en harmonie. Leurs mains tremblaient et leurs cœurs s'emballaient. Soudain un coup de fusil retentit.

« Maman écartes-toi ! »

Cendrillon bouscula Henri et la balle siffla juste au-dessus de sa tête. Une deuxième cartouche siffla, et une troisième. Isabelle rejoignit le concert du fusil de Nathalie.

Les deux amants s'enfuirent tandis que les deux sœurs les poursuivaient hurlant comme des bêtes enragées, suivis par leurs parents dégénérés. Du coin de l'œil Cendrillon remarqua les enfants des rues s'effrayer du spectacle et elle leur cria de courir au Petit Prince et de ne surtout pas se retourner. Puis, Cendrillon arracha son tablier qui la gênait et elle sortit son revolver. Elle visa ce qu'elle appelait auparavant sa "famille" mais qui ne l'avait jamais été.

« Regardes Henri. Ta fleur de cendres est aussi une fleur de revolver. »

Et elle tira quatre fois et de leurs cœurs s'écoulèrent un flot noir.

  
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