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L’accusation

— Le ministère public appelle à la barre le lieutenant Selena Castillo.

Le plus jeune lieutenant de la police de New York s’avança sous les regards de l’assistance et de la cour pour prendre place à la gauche du juge. Elle avait choisi avec soin, en accord avec l’assistant du procureur qui allait l’interroger, un tailleur bleu marine doté d’une jupe un peu au-dessus du genou. Classique mais sexy, elle espérait bien gagner d’entrée la sympathie des jurés masculins.

Elle s’installa et le greffier s’avança vers elle portant la traditionnelle bible.

— Est-ce que vous jurez que votre témoignage sera la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, avec l'aide de Dieu ?

— Je le jure.

Cette formalité accomplie, l’assistant du procureur, Joey K. Caroll, qui menait l’accusation, se leva en souriant et se dirigea vers elle. Grand, jeune, sourire éclatant, il savait parfaitement occuper l’espace et focaliser l’attention. En orateur consommé, il commença ses questions par des banalités :

— Pouvez-vous nous préciser votre âge et vos responsabilités au sein des forces de polices, mademoiselle Castillo.

— J’ai vingt-neuf ans, je suis lieutenant au commissariat d’Hells Kitchen, plus précisément en charge de la section criminelle.

— Vous êtes celle que les médias avaient surnommé l’an dernier « le meilleur flic de la ville » n’est-ce pas ?

— Oui, mais ça n’était que…

— Objection, votre honneur, s’exclama l’avocat de la défense en se levant. Question sans rapport avec notre affaire.

— J’établis la crédibilité du témoin votre honneur, riposta l’orateur.

— Je suis sûre que nos jurés savent parfaitement qui est le lieutenant, maître, veuillez enchaîner.

— Bien votre honneur.

Il dissimula à grand peine le petit sourire qui naissait sur ses lèvres. Ils avaient décidé ensemble de cette entrée en matière qui avait servi principalement à tester la réactivité de la défense et l’état d’esprit du juge. L’avocat du suspect, commis d’office, était tombé droit dans le piège en soulevant l’objection. Et la juge en abrégeant cette partie avait confirmé le statut de policier « exceptionnel » du témoin.

— Bien, lieutenant, pouvez-vous nous raconter ce qu’il s’est passé dans la nuit du 23 octobre ?

— Nous avons été appelés par une patrouille à 23h30 au 426 W 48th St.

— Pourquoi un lieutenant se déplace-t-il en personne ?

— Nous sommes toujours en sous-effectif après l’affaire Trent. Je donne un coup de main quand je peux.

— Je comprends, vous pouvez continuer.

— A notre arrivée, nous avons trouvé l’accusé et sa jeune sœur aux mains de nos collègues. Ils n’avaient opposé aucune résistance.

Elle regarda pour la première fois l’accusé. Le jeune homme d’à peine quinze ans gardait les yeux baissés. Il semblait complètement perdu dans cette cour de justice, tout comme il lui avait semblé perdu dans la voiture de patrouille quelques mois plus tôt. Sachant par où il était passé, elle était, au fond, désolée de le voir là. Mais ça n’était pas son rôle de décider de la suite.

— Je suis entrée ensuite dans l’orphelinat Linwood. Dans la cave nous avons trouvé la propriétaire des lieux, morte.

— Dans quel état était le corps ?

— Il avait été découpé.

— Pourquoi ?

— Ils voulaient le brûler dans le poêle. L’odeur était insoutenable. La mort de la veuve Linwood remontait à la veille. Et la chaleur n'était pas suffisante pour détruire tous les tissus. C’est d’ailleurs cette odeur qui avait donné l’alerte un peu plus tôt.

— je comprends. C’est vous qui avez interrogé le suspect je crois. Comment vous est-il apparu ?

— Calme. Il n’a pas nié le meurtre, il ne montrait aucun signe de remord pour la victime et s’inquiétait simplement pour sa sœur.

— Dans quel état était cette jeune fille ?

— Catatonique. Nos pédopsychiatres n’ont rien pu en tirer. Les derniers évènements l’ont définitivement traumatisée.

— Objection, intervient l’avocat de la défense. Le témoin fait des suppositions hors de son champ de compétences.

Sélena jeta un regard furibond au gros avocat qui venait de l’interrompre. Elle savait au contraire parfaitement de quoi elle parlait, même si elle ne pouvait évoquer sa propre enfance ici.

— Retenue. Restez-en aux faits, lieutenant, trancha la juge en la regardant sévèrement.

— Bien votre honneur. Nous n’avons jamais pu interroger la sœur de l’accusé. Elle est toujours dans une chambre d’hôpital et n’a pas dit un mot.

— Merci lieutenant, je n’ai pas d’autres questions pour l’instant.

La défense

L’accusé n’avait pas eu les moyens de se payer un ténor du barreau pour assurer sa défense. Ni même un avocat moyen. Samuel Anderson avait été commis d’office le jour de l’arrestation du jeune homme et avait bravement assuré sa défense depuis. Il remplaça l’assistant du procureur devant les jurés et fit mine de réfléchir à ses questions avant de se lancer.

— Lieutenant, vote enquête ne s’est pas arrêtée là, n’est-ce pas ?

— Non évidement. Nous avions besoin d’un mobile.

— L’avez-vous trouvé ?

— Oui. En fouillant les soubassements, nous sommes tombés sur un ossuaire.

— Je vois. Combien avez-vous trouvé de corps ?

— 27 d’après notre anthropologue. Tous âgés de moins de quinze ans.

— Avez-vous pu les identifier ?

— Certains oui. Des pensionnaires de l’orphelinat qui avaient soient disant fugué.

— Et que leur étaient-ils arrivés en fait ?

— Nous pensons qu’ils ont été étranglés et servis à manger aux autres pensionnaires.

— Objection : spéculation, intervint l'assistant du procureur.

— Le lieutenant se réfère au rapport d’autopsie, votre honneur. Les entailles sur les os laissées par un couteau de boucher trouvé dans la cuisine sont parfaitement claire.

— Objection rejetée, mais soyez plus claire dans vos formulations, lieutenant.

Un bruissement avait parcouru l’assistance au moment de la confirmation des horreurs qui s’étaient déroulée s dans l'orphelinatt. Bien sûr, tout le monde avait eu connaissance de la très médiatique affaire de la “sorcière d’Hells Kitchen”, mais personne ne pouvait se tromper sur la colère, difficilement contenue, discernable dans la voix du lieutenant.

— Et quelle devait être la prochaine victime de madame Linwood ?

— La sœur de l’accusé…

— Objection, votre honneur : spéculation. Il n’y a aucune preuve que cela soit le cas.

— Je me réfère aux déclarations de l’accusé lors de son interrogatoire votre honneur. Que cela soit vrai ou non, il est clair que savoir sa sœur en danger a déclenché ce geste de protection.

La juge regarda les deux juristes quelques secondes puis soupira comme si elle devait séparer deux adolescents en train de se battre.

— Objection rejetée, poursuivez maître Anderson, mais évitez de trop vous aventurer sur ce terrain.

— Merci votre honneur. Lieutenant une dernière question. Dans votre brillante carrière, vous avez fait usage de votre arme à plusieurs reprises. Le regrettez-vous ?

— Objection !!

— Je retire votre honneur, je n’ai plus d’autre question.

— Je vous suggère d’éviter ce genre d’effet à l’avenir, maitre Anderson, menaça la juge. Le ministère public a-t-il de nouvelles questions ?

— Oui votre honneur.

Contre-interrogatoire

Caroll se leva à nouveau, toujours aussi souriant. Le contraste avec le précédent avocat était frappant. Costume de marque, port altier, il respirait la confiance et le succès là où son collègue n’avait ni l’un ni l’autre.

— A la réflexion, lieutenant, pouvez-vous répondre à la question de maître Anderson ?

— Aucun regret, répondit Selena immédiatement. J’ai toujours agit en état de légitime défense.

— Et pensez-vous que cela soit le cas ici, comme aimerait le prouver la défense.

— Absolument pas, lâcha-t-elle. La préméditation est évidente.

— Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer avec tant de conviction ?

— L’arme du crime premièrement. Un couteau de cuisine. Les autres pensionnaires nous ont dit qu’il avait disparu depuis plusieurs semaines. Ensuite, la méthode soigneusement préparée. Attirer la victime dans la cave, la poignarder dans le dos.

— Combien de coups ?

— Un seul, dans les reins. La lame a sectionné une artère. Madame Linwood a dû mourir en quelques secondes.

— Si l’accusé avait agi sur le coup de la panique, les blessures auraient été différentes ?

— Objection, votre honneur, couina l’avocat qui sentait son affaire lui échapper, le témoin n’est ni psychologue ni devin !

— Nous avons établi que le lieutenant était un policier exemplaire, votre honneur. Elle est parfaitement capable de répondre.

— Objection rejetée, vous pouvez répondre lieutenant.

— Merci votre honneur. Si l’accusé avait agi sur l’emprise d’une forte émotion, il y aurait eu plusieurs coups, de face, sans doute peu précis.

— Je comprends. Plus d’autre question votre honneur.

La juge se tourna à nouveau vers l’avocat de la défense qui s’empressa de se lever pour tenter de limiter les dégâts

— Je n’ai qu’une question lieutenant, vu que l’accusation à démontré brillamment que vous étiez une experte. Qu’aurait encouru la victime si elle avait comparu aujourd’hui plutôt que mon client ?

— vingt-sept meurtres au premier degré, soit vingt-sept fois la prison à vie.

— Je vous remercie lieutenant, je n’ai rien à ajouter.

Le verdict

Les marches du palais de justice étaient encombrées de journalistes et de curieux lorsque Selena sortit en se drapant dans son manteau pour se protéger de l’air glacial. Elle arrangea machinalement ses cheveux alors que les caméras avides se jetaient sur elle. Les interpellations fusaient mais elle choisit soigneusement celle à qui elle dirait quelques mots.

— Lieutenant Castillo, Christina Martinez pour New-York live Channel. Etes-vous satisfaite du verdict rendu il y a quelques minutes ?

— C’est un verdict logique. Une fois la légitime défense écartée, il ne restait que le passé tragique de l’accusé et surtout son âge pour lui éviter la prison à vie.

— Vous pensez que le jury a été sensible à son histoire ?

— 15 années de prison sont le minimum pour un meurtre au second degré. Il est certain qu’ils ont pris en compte les actes monstrueux de la victime.

— Que répondez-vous aux défenseurs de l’accusé qui souhaitaient son acquittement, du fait des meurtres commis par la victime.

— C’est le rôle de la police d’appréhender les suspects et celui de la justice de les déclarer coupables ou innocents. Tout justicier en herbe me trouvera sur sa route, je vous le promets.

— Merci lieutenant. C’était Christina Martinez, en direct pour New-York live Channel, devant le palais de justice ou je vous rappelle que le jeune Hansel Grimson a été condamné il y a quelques minutes seulement à quinze années de prison ferme.

Conséquences

La baignoire débordait presque de mousse blanche. Des nuages de vapeur montaient vers le plafond et emplissaient la salle de bain de nuées parfumées. La tête renversée en arrière, les yeux fermés, Selena aurait pu s’endormir ainsi. Elle ne profitait de son jacuzzi que rarement, lui substituant une douche matinale rapide. Mais ce soir, elle n’était là pour personne, et surtout pas pour une nouvelle affaire.

— Tu reveux un peu de champagne ?

Elle tendit sa flûte pour toute réponse alors que Joey Caroll extirpait un bras musclé de la mousse pour extraire une bouteille au trois quart vide du sceau posé à côté de la baignoire. Il lui rendit le verre en la regardant dans les yeux, sourire aux lèvres.

— Fier de toi ?

— Autant que toi, ma belle.

— Tu avais un boulevard aujourd’hui.

— Cet idiot d’Anderson aurait dû plaider coupable. Mais il a voulut jouer la carte du pathos et faire le malin.

— Commis d’office à son âge, il doit être idéaliste ou incompétent… ou les deux. C’est étonnant qu’aucun cabinet n’est voulu reprendre l’affaire. C’est toujours de la publicité facile.

— Mais ça a été le cas. L’agence Jacob,Wilhem et associé a voulu reprendre. J’ai accepté de lâcher du lest sur une autre affaire pour qu’ils ne le fassent pas.

— Petit arrangement entre amis, conclut-elle en vidant d’un trait la moitié de sa coupe.

Il l’observa avec ce qui se rapprochait le plus de la tendresse chez lui. Avoir une conversation avec elle revenait à dialoguer avec son alter ego féminin. Un tel narcissique n’aurait pu rêver mieux.

A son tour, elle tendit la main hors de la baignoire et lui fit passer un dossier.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Noël avant l’heure.

— Tu as retrouvé les parents ? fit-il les yeux brillant en compulsant les pages.

— La mère est morte d’overdose il y a deux ans. Le père est docker. J’ai fait vérifier ses comptes. Il a touché une forte somme il y a six mois. Juste au moment où les enfants sont rentrés à l’orphelinat.

— Si on prouve que les autres enfants avaient aussi été achetés, tu vas mettre beaucoup de parents derrière les verrous.

— Arrêtés par tes soins je suppose ?

Elle se contenta de lever son verre à cette perspective. Une telle affaire déchaînerait les médias pendant des mois. Caroll visait les élections de procureur de l’année suivante et s’assurait ainsi les faveurs du public. Quant à elle, un rang de capitaine devenait vraiment le minimum, même si celui de police commissionner, dans quelques années lui irait bien mieux.

  
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