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1 « La petite sirène & L'intrépide petit soldat de plomb »
2 « Le prince, la danseuse et le soldat »

Les musiciens s’arrêtèrent de jouer lorsque les verres furent remplis d’ambroisie. L’empereur des galaxies Ioniques se leva forçant le silence parmi les convives.

« Il est des jours où nous pouvons nous laisser aller à l’insouciance. Cette insouciance vient peut-être de l’enfance, comme celle que tu quittes, mon fils. Mais n’aie aucun regret, car tu accèdes désormais au rang d’homme. Je suis fier de toi en tant que père. En tant que souverain, face au prince appelé à le devenir, je t’offre en mémoire de ce jour une garde prétorienne.»

Menés par un vieil homme imposant, dont les années de guerre avaient marqué le visage, une file de soldats en armure or et sang franchit les portes de la salle de réception au son d’un pas cadencé. Dans un alignement parfait, cinq lignes de cinq hommes prirent position au centre le la salle.

Le prince prit à son tour la parole.

Au premier rang, immobile parmi les siens, Dja ressentait la fierté d’être au service du prince. Cet instant symbolisait autant l’aboutissement d’une vie d’effort que le prolongement de sa volonté face au destin.

Devenu orphelin lors de la rébellion des Saïd, il avait été recueilli dans les ordres impériaux pour y subir l’apprentissage du sang et de l’esprit. Ni plus fort, ni plus agile que les autres, le jeune homme avait montré sa valeur de nombreuses fois et fut intégré au premier cercle, qui se tenait désormais prêt à servir les puissants.

Le discours de remerciement du prince fini, les danseuses émergèrent d’un coin de la salle pour prendre place face aux convives.

Alors que le vieux maître d’armes indiquait à ses hommes de se retirer, Dja ramassa une écharpe azur qui venait de tomber à ses pieds. Avant qu’il ne puisse la rendre, il se figea lorsque les iris d’émeraude de la danseuse croisèrent son regard.

Poussé par ses frères d’armes, il reprit ses esprits et emboita le pas du groupe, laissant les festivités se poursuivre.

« Ne rêve pas de cette femme, fit le maître d’armes, elle ne te sera jamais accessible. »

Dja rangea dans sa poche l’écharpe.

« Cette danseuse fait partie du Pacha Mater, elle en est même une des favorites au regard des bijoux ornant son front. Dans quelques jours peut-être sera-t-elle choisie et conditionnée pour rejoindre le harem du prince. »

Machinalement, le jeune homme toucha la marque impériale sur son front forgé dans un alliage d’or et platine. Elle était là comme si elle avait toujours été partie intégrante de sa vie. De cette pensée fugace restait le sentiment d’un oubli.

Laissant ses hommes devant la salle des gardes, le maître d’armes ordonna à ses soldats d’être disponibles pour le lendemain.

La nuit tombée sur la cité impériale, la fête en l’honneur du prince battait son plein. Jeux de lumière, holographies et boissons exotiques des contrées les plus lointaines de la galaxie étaient offerts aux habitants.

Au milieu de la foule portée par l’effervescence des festivités, Dja se faufila vers le pic austère surplombant la mer de lait. En son sommet, se tenait l’imposant château du Pacha Mater.

Les sécurités des grilles et du parc déjouées, le soldat se camoufla dans un recoin arboré. Redoutant le châtiment s’il venait à se faire prendre, le jeune homme passa en revue ses options. Il exclut d’emblée les accès standards comme les fenêtres. Se téléporter à l’intérieur du bâtiment serait rapide mais gourmand en énergie et il n’était pas sûr d’en posséder assez pour le retour. Il opta pour l’utilisation d’un filament d’énergie pour se hisser en hauteur, puis traverser tel un fantôme à travers l’épais mur.

Avant de mettre son plan en action, il projeta son esprit à la recherche d’un point de lumière. Dja ressentit l’esprit de la danseuse, si fort et si intense qu’aucun mur de la forteresse ne pouvait la cacher.

Surprise, la belle ressentit l’intrusion et la repoussa. Mais le guerrier comprit que ce n’était pas par rejet. Entre eux, un lien pouvait se créer, mais il ne pouvait se faire, car un interdit serait alors brisé. Il poursuivit.

Entre fuite et course, les deux esprits s’engagèrent à travers un labyrinthe sans issues, jusqu’à ce que la belle Isamäé n’ait plus de lieu où se cacher et laissa le guerrier venir.

Le lendemain des festivités, Dja reçut pour mission d’apporter une fiole d’ambre arc-en-ciel au roi des parsecs rouges.

Offert en signe de remerciement entre souverains, ce précieux cadeau était un liquide rare et onéreux extrait des raies stellaires. Les coûts humains et financiers nécessaires aux expéditions de pêche limitaient l’accès de l’ambre à quelques privilégiés.

A mi-parcours de son voyage, le guerrier pilota son module dans une vieille cité orbitale servant de relais. Les formalités administratives d’entrée renseignées, il laissa son véhicule dans le hangar principal, puis rejoignit les quais du monorail magnétique et entra dans le premier wagon menant vers les quartiers commerciaux. Les parois froides et métalliques laissèrent leur place à des panneaux d’accroches aux teintes fluorescentes évoquant les divers services offerts dans la cité. Attiré par un panneau plus aguicheur que les autres, Dja ne remarqua pas les êtres s’étant approchés de lui.

Lorsque Dja se réveilla, l’esprit embrumé par les drogues, ses mains étaient attachées dans le dos par de solides chaînes. Il était allongé parmi les détritus jonchant la passerelle métallique d’un vaisseau spatial. Son regard hagard contemplait les trois monstres à tête d’aigle, des garudas, qui s’échangeaient de main en main le butin volé.

Lorsqu’il vit la fiole d’ambre, le guerrier retrouva tous ses esprits. Après plusieurs tentatives pour l’ouvrir, un des monstres entreprit de la briser avec un laser. Mais un autre pointa Dja du doigt, signifiant qu’il était réveillé. Le garuda s’approcha :

« Réveillé homme, toi savoir ouvrir.

— Vous n’y arriverez pas avec vos griffes, j’ai besoin de mes mains pour l’ouvrir. Enlevez-moi ces chaînes. »

Libéré, Dja se frotta les poignets engourdis. Il prit la fiole que lui tendait le monstre, lorsque les alarmes du vaisseau s’activèrent attirant l’attention des garudas.

Le guerrier mit à peine une seconde pour se décider. Bondissant entre les montres, il les foudroya d’une décharge d’énergie à peine la paume de sa main les effleurant. Sonné, le troisième garuda esquissa un mouvement afin d’écraser l’homme, qui, vif comme l’éclair, esquiva l’attaque avant de libérer une dernière charge létale.

Face au tableau de bord de conception inconnue, Dja tenta de déterminer son fonctionnement. La présence d’un autre vaisseau, considéré comme ennemi, était la seule information qu’il comprenait. Mais, impuissant, il regarda les voyants d’alarme s’éteindre.

La tête froide, Dja tenta d’analyser la situation du mieux qu’il le pouvait. Bloqué à bord d’un vaisseau sans connaissance de son fonctionnement, sans possibilités de le piloter, ni de transmettre un message de détresse.

Plongeant la main dans sa poche, le guerrier en ressortit l’écharpe de la belle Isamäé. Son contact doux et chaud lui rappela leur rencontre et l’odeur qui s’en dégageait le réconfortait, malgré la solitude qu’inspirait la situation.

Une idée lui traversa l’esprit, il poussa les corps inertes des garudas et mit la main sur la fiole d’ambre. Il ne serait jamais sauvé en laissant le vaisseau dériver à travers l’espace, par contre, les propriétés de l’ambre lui permettraient de s’en sortir.

Une odeur animale et chaude se dégagea de la fiole débouchée, évoquant la passion amoureuse de la veille. Dja renversa alors une goutte sur son front, qui roula lentement jusqu’au sceau impérial marquant son visage. Le liquide s’infiltra à travers les pores de la peau.

Aux premiers instants de brûlures, les poings serrés, le jeune homme ferma les yeux. Ses neurones se connectèrent dans une violente décharge, lui faisant perdre toute conscience. La douleur se calma à mesure qu’il se détachait de son enveloppe charnelle.

Hors de son corps, l’esprit en éveil sans aucun sens pour le guider, la forme éthérée se connecta à la faible lueur émise par les derniers instants de l’esprit agonisant des garudas. Fragments par fragments, la reconstitution des souvenirs et leur assemblage tout comme les pièces d’un puzzle permirent l’émergence d’une vue globale des connaissances permettant le pilotage du vaisseau.

L’esprit réintégra son corps et le bougeât jusqu’au siège de pilotage. En proie à la nausée, le sentiment de rémanence, lié aux souvenirs qui n’était pas les siens, plongeait l’individu dans une violente souffrance.

Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que l’angoisse ne s’éloigne.

D’une vague intuition mélangée aux connaissances, Dja sentait que l’attaque des garudas n’était pas qu’un simple vol.

Surpris par l’histoire dont il avait eu l’écho, l’empereur attendait avec curiosité son invité.

Des pêcheurs galactiques avaient poursuivi une raie stellaire comme jamais il n’en avait été vue. Après des jours de lutte, la bête avait été vaincue et rapportée sur la planète impériale afin d’y être dépecée. Dans son estomac, un module spatial avait été découvert, avec à son bord un soldat marqué du sceau impérial.

Aux portes de la salle d’audience, Dja parcourut du regard les somptueuses arabesques d’or et de rubis décorant l’entrée, oubliant pendant quelques instants la tension. L’héroïsme est en lui-même conditionné par l’accomplissement d’un exploit, mais en cet instant, face à l’empereur, tout l’art revenait à raconter l’histoire non pas de la façon dont le guerrier l’avait vécu, mais telle qu’elle devait être vue.

Au signe de l’éminence, joignant ses deux mains en signe d’humilité, tel que le protocole l’imposait, Dja entra dans la salle.

« Soldat, je t’avais confié une mission et voilà que tu te présentes à moi deux décennies plus tard. Pourtant, aucune marque de ton visage n’indique le passage des années.

— Mon maître, ce qui s’est passé durant vingt ans pour vous, n’a duré en fait qu’une poignée de jours pour moi. Alors que j’apportais votre présent dans les parsecs rouges, j’ai été lâchement attaqué et fait prisonnier par une horde de garudas. Avec ruse et persuasion, j’ai pu me défaire des chaînes avec lesquelles ils m’avaient entravé. Puis, un à un, leur esprit fut libéré de leur enveloppe charnelle.

— Ta mission vers les parsecs rouges pouvait alors se poursuivre ?

— Malheureusement, mon prince, la fiole d’ambre dont j’étais porteur n’était plus en ma possession. Ces monstres garudas n’étaient pas que de simples pirates de marchandises. Le journal de bord de leur vaisseau m’amena sur une planète aux conditions extrêmes dont le cœur magmatique était en fait l’unique cité.

— Dans ton récit, rien n’indique qu’ils n’ont pas revendu l’objet comme un vulgaire butin, fit remarquer le prince indiquant un signe d’impatience.

— Effectivement, continua Dja avec conviction, après avoir lié différents contacts afin de retrouver l’acquéreur, un affilié bicéphale de la guilde cristalline m’indiqua que la fiole était aux mains des dirigeants de la planète. Il me fournit un passeport permettant d’accéder au cœur de leur république. Malheureusement rien ne se passa comme prévu. Un administratif zélé détecta que le document était falsifié et je dû m’enfuir en catastrophe de la cité, volant le premier module spatial que je trouvais.

— Ainsi, tu as perdu la piste de l’ambre, fit l’empereur, et tu n’as obtenu aucune preuve concernant les commanditaires. Que t’est-il arrivé ensuite ?

— Le vaisseau dériva à travers l’espace, car les armes défensives de la planète magmatique barrèrent mon passage de missiles touchant un des éléments de navigation. Mon malheur se poursuivit lorsque mon module spatial fut pris dans le champ d’attraction d’un trou noir. L’espace était attiré, réduit puis absorbé en un temps qui peut sembler une éternité pour tout observateur au phénomène, mais en son sein, j’étais témoin d’un univers, étoiles et planètes, changeant de position à toute vitesse.

— Une semaine pour toi était alors deux décennies, acquiesça l’empereur. Mais comment t’en es-tu sorti ?

— Je me résignai à mon sort lorsque, incrédule, je vis le trou noir laisser s’échapper une langue de lumière, qui peu à peu prit la forme d’un ver dont les ailes se déployèrent jusqu’à faire partie intégrante de son corps. La raie stellaire balaya l’espace, emmenant mon vaisseau avec elle. »

Si aucun mouvement ne trahissait les émotions de l’empereur, Dja connaissait la valeur de cette révélation. La naissance des raies stellaires n’avait jamais été élucidée. Obtenir le contrôle de leur berceau signifiait de contrôler la production d’ambre à travers l’univers et par son intermédiaire, le pouvoir.

L’audience terminée, le jeune homme fut libre de ses mouvements.

Alors qu’il était sur le point de sortir du palais, un valet indiqua à Dja de s’arrêter afin de laisser le passage. Accompagnée de ses dames de compagnie, l’impératrice rentrait de la cité. Durant un bref instant, son regard émeraude croisa celui du jeune homme, avant de passer son chemin.

Une fois éloigné de la zone impériale, Dja plongea sa main à l’intérieur de sa veste. Toute la tension des événements s’éloignèrent lorsque ses doigts se refermèrent sur le doux touché d’une écharpe enveloppant une fiole d’ambre.

  
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