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4 « La petite fille aux allumettes & Le petit chaperon rouge »
3 « La fille au manteau rouge »

Il était une fois dans un pays pas si lointain et une époque proche de la nôtre, une petite fille au teint de porcelaine à qui sa grand-mère, qu'elle aimait tendrement, offrit pour son dixième anniversaire un manteau rouge. Ravie, l'enfant passa un long moment à se regarder dans le miroir de l'entrée, elle admirait la couleur, la coupe du manteau, le petit col et les boutons noirs qui luisaient sous la lumière artificielle du lustre. La petite fille ne se lassait pas de caresser l'épais tissu au toucher si doux sous ses doigts et la couleur vivante et chaude du manteau contrastait si joliment avec sa peau blanche et ses lèvres rouges que la petite fille se sentit comme une dame élégante ainsi vêtue. Elle trouva que cette couleur lui allait si bien qu'elle décida de ne plus porter que des manteaux de cette couleur. La petite fille grandit mais elle tint cette promesse d'enfant. Alors, on l'appela la Fille au manteau rouge, même si son vrai nom, Alizarine, est fort joli.

Le jour où commence cette histoire, sa mère lui apprend par email que sa grand-mère est fort malade et qu'elle ne peut quitter le lit. N'écoutant que son bon cœur, la jeune fille lui envoie un message sur son téléphone portable en lui disant qu'elle ira lui porter la galette des rois qui refroidit sur son plan de travail et la bouteille de vin d'Italie achetée pour son anniversaire qui approche à grands pas. Sa mère lui recommande bien de rester prudente en chemin car son aïeule vit dans un quartier difficile et mal famé.

— Et fais vite, avant qu’il fasse trop chaud. Je ne voudrais pas que tu fasses un malaise, seule dans une dangereuse ruelle.

La jeune fille lève les yeux au ciel, elle sait bien la canicule sévit cette année et qu'elle doit rester prudente. Elle rassure sa mère et elle s'apprête pour aller visiter son aïeule après lui avoir téléphoné pour la prévenir de son arrivée.

En fin de matinée, Alizarine se met en route. Mais la grand-mère habite à une bonne demi-heure de chez elle, tout là-bas, au cœur de la cité ; et lorsque la Fille au manteau rouge entre dans la forêt de hautes tours de béton, elle rencontre rapidement une bande de jeunes désœuvrés qui passent le temps en fumant des cigarettes. Mais elle n’a pas peur et elle demande son chemin.

— Bonjour, demoiselle vêtue de rouge. sourit un garçon un peu plus âgé qu'elle après avoir pris soin d'écraser sa cigarette sous le talon de sa botte cirée. Où vas-tu de si bonne heure, le quartier n'est pas très sûr, tu sais?

— Chez ma grand-mère. Je connais ce quartier depuis mon enfance.

— Je vois que ton sac est fort chargé, que portes-tu donc dedans, dis-moi ?

— Oh, ce n'est pas grand chose, il n'y a rien voler, ce n'est que de la galette des rois et du vin. dit la Fille au manteau rouge. Elle est faite de ce matin et je vais en porter à grand-mère, parce qu’elle est malade et que ma visite l'aidera à se rétablir au plus vite.

— Où habite-t’elle, ta grand-mère, jolie demoiselle aux cheveux couleur de bois d'un châtain chaud ? demande le jeune homme en croisant les bras.

— Plus loin dans la cité, à un quart d’heure d’ici ; c'est un petit immeuble près de la place avec les trois grands chênes, un peu en retrait des hautes tours. Là où il y a des noisetiers, c'est le plus joli endroit de cette cité bétonnée de partout. dit-elle sans s'étonner de la curiosité soudaine de son interlocuteur.

Fort de ce renseignement, le fumeur regarde plus attentivement la jeune fille et il pense : “ Une charmante proie que voilà, cette mignonne me semble tendre et jeune. Un vrai régal ! Elle me semble naïve et sans défense. Une aubaine qu'elle soit passée par ici !”

La jeune fille sourit et s'avance sur la place tandis que l'homme au manteau de cuir fait signe à ses amis de ne pas l'attendre et lui emboîte le pas pour la rejoindre. Après l'avoir rattrapée, il la regarde à la dérobée tandis qu’il marche aux côtés de l'objet de ses pensées. Puis pris d'une inspiration, il reprend la parole :

— Il me vient une idée, il y a dans le square où personne ne va jamais, de fort jolies fleurs qui n'intéressent personne. Je suis certain que tu sauras apprécier leur beauté et que ta grand-mère sera ravie que tu lui en offres un bouquet. Tu marches droit comme un piquet, aurais-tu peur ? Alors que la cité est si belle si on sait la regarder.

La fille au manteau rouge observe plus attentivement les alentours, elle remarque les fleurs et les arbres; elle se dit qu'il a raison, un bouquet de fleurs ferait plaisir à la malade. Elle remarque aussi les façades anciennes un peu lézardées et elle se dit que le quartier est charmant et qu'elle a été bien sotte d'avoir si peur tout à l'heure. Puis, un coup d'œil à sa montre lui révèle qu'elle a bien le temps pour confectionner un bouquet.

Elle remercie son compagnon et sans attendre, elle court vers le square et elle s'accroupit pour cueillir des fleurs. De découverte en découverte, elle commence à faire le tour de l'aire de jeux. Son panier posé à même le sol, elle ne prend pas garde à sa longue robe bleu roi qui s'étale autour d'elle et se couvre de poussière. Sa cape légère de couleur rouge comme à son habitude lui tient chaud et Alizarine le range rapidement dans son panier pour être plus à son aise.

Le jeune homme, pendant ce temps, court tout droit vers l'immeuble de la grand-mère, il profite d'un voisin qui entre pour pénétrer dans le hall. Le voyou aux cheveux bruns soigneusement gominés trouve rapidement l'appartement, il a rapidement repéré la boîte aux lettres comportant seulement un nom de femme. Alors qu'il monte les marches, il inspecte le bâtiment. Il semble ancien au vu des moulures qui ornent les murs mais en bon état et assez coquet. Bientôt, le jeune homme frappe à la porte.

— Qui est là ? crie la grand-mère.

— C’est moi, ta petite-fille vêtue de rouge, dit-il en contrefaisant sa voix; ouvre-moi !

— Tu n’as qu’à ouvrir la porte en douceur, crie la grand-mère. Je suis très malade et je suis bien trop faible pour me lever. Ouvre doucement et tu feras tomber la chaîne de la porte qui tient à peine.

Le jeune homme au manteau de cuir noir obéit et bientôt la porte s'ouvre sur un intérieur coquet et propre. Sans un mot de plus, il court vers le couloir et la chambre de la grand-mère. Au fur et à mesure de son avancée, il grandit, grandit et peu à peu, il se couvre de poils. C'est un immense loup au poil noir luisant et aux yeux jaunes qui entre dans la chambre. La grand-mère perd connaissance à la vue de ce féroce animal qui semble déplacé dans cette petite chambre si bien rangée ; il l'avale en une seule bouchée avant de se vêtir d'une chemise de nuit et d'un bonnet de nuit trouvés dans l'armoire sculptée puis de se cacher sous les draps pour attendre l'arrivée du dessert. Il se lèche les babines au souvenir de la petite proie à la chair tendre qui vient innocemment à lui.

Pendant ce temps, la Fille au manteau rouge termine son bouquet et elle se souvient soudain de sa grand-mère lorsque ses yeux se posent sur son panier.

— Mince, j'avais complètement oublié grand-mère !

Et elle court, son panier à la main, vers l'immeuble ; en cette fin d'après-midi sous un chaud soleil, elle peine un peu car le panier lui semble lourd. Essoufflée, elle sonne à l'interphone et elle pousse violemment la porte lorsqu'elle s'ouvre enfin ; puis elle monte les escaliers quatre à quatre. Alizarine croise le voisin de sa grand-mère qui lui propose de l'aider à porter son panier mais elle le remercie avant de lui souhaiter une bonne fin de journée. La porte ouverte ne l'étonne pas et elle met les fleurs dans un vase après avoir posé son panier sur la table de la cuisine, avant de se diriger vers la chambre dont les volets sont à moitié baissés. Mais quand elle entre dans la chambre, l'atmosphère lui semble pesante.

— Je pense que la chambre n'a guère été aérée ces derniers temps. L'odeur des médicaments doit me monter à la tête. songe-t-elle.

Elle s'avance et elle s'adresse à sa grand-mère :

— Bonjour, grand-mère. C'est moi, comment te sens-tu ? Je me suis attardée en chemin.

Son aïeule ne répond rien et la jeune fille s'avance vers la silhouette qu'elle devine sous les couvertures.

— Bonjour, grand-mère ! C'est moi, comment te sens-tu ? Je t'ai cueilli un bouquet de fleurs que j'ai mis dans un vase sur la table du salon. insiste-t-elle.

Face à l'absence de réponse, elle s'assoit sur le lit et elle parle plus fort.

— Comme tu sembles avoir forci, grand-mère ! Es-tu sûre de te nourrir correctement ? Veux-tu que je t'apporte à manger ? Je peux t'apporter de la bonne soupe faite par maman et tu n'auras pas à te nourrir de pizzas ou de sushis livrés à domicile. D'ailleurs, pendant que j'y pense, je t'ai apporté de la galette des Rois et du vin d'Italie que j'ai laissés dans la cuisine.

— C’est pour mieux guérir, ma petite. chuchote la forme cachée sous le drap.

— Comme tu as une petite voix, grand-mère !

— C’est que j'ai mal à la gorge. répond-elle.

— Mais tu sembles couverte de fourrure, qu'as-tu donc ? s'étonne l'adolescente.

— J'ai seulement trouvé un tapis en peau d'élan au marché hier, je suis malade et j'ai froid, je m'en suis couverte.

— Oh ! Mais, dis-moi, grand-mère, ton visage me semble déformé... continue Alizarine en s'approchant.

— Ce n'est rien, je n'ai ce museau que pour mieux te manger. dit le loup-garou en rejetant les couvertures.

D'un bond, il saute sur la silhouette vêtue de rouge et bientôt, il avale la Fille à la cape rouge en une seule bouchée. Elle s'était débattue et avait commencé à hurler alors il l'avait assommée.

Son appétit satisfait, le loup-garou se couche de nouveau dans le lit et il s'y endort, repu.

Le voisin en remontant après avoir jeté sa poubelle avait cru entendre un cri mais le silence règne désormais dans l'immeuble. Il colle l'oreille aux portes et un ronflement sonore dans l'appartement de la grand-mère l'intrigue.

— Depuis quand cette vieille femme ronfle-t-elle ainsi ? Et ces cris qu'il m'a semblé entendre ? Et s'ils ne venaient pas d'une télévision ? Il y a là un mystère.

Il descend d'un étage jusque chez lui et il regarde au-dehors par la fenêtre de sa chambre.

— Oui, c'est la pleine lune, c'est bien ce qu'il me semblait. se murmure-t-il.

À pas de loup, le jeune homme remonte et il s'approche de la porte de l'appartement de sa vieille voisine qu'il tente d'ouvrir. La porte était restée ouverte, aussi il entre dans le logement. Seul le ronflement se fait entendre, plus proche. En silence, il s'avance vers le bruit et par cinq fois, il s'arrête un peu tremblant, car le parquet grince sous ses pieds nus.

— Heureusement que je me suis déchaussé dans l'entrée pour ne pas rayer le parquet. se murmure-t-il avant de continuer sa marche dans le logis éclairé par la pleine lune.

Dans le lit, il voit la forme couchée sous le drap et il remarque la fourrure qui luit au clair de lune. Le ronflement vient de là et ce n'est pas celui d'une vieille dame.

— Je le savais ! songe-t-il en faisant tourner dans sa main le coupe-papier qu'il a pris sur son bureau avant de sortir.

Le jeune garçon prend son élan et il plonge la longue lame d'argent dans le cœur du loup-garou qui pousse un hurlement avant de se taire. Il est mort et à sa place, il trouve le dealer du quartier qu'il avait toujours trouvé étrange. Vite, il découpe la peau distendue de son ventre avec son coupe-papier. Le couteau est bien aiguisé, mais la peau est difficile à déchirer et le sang se répand sur le matelas et le parquet. Sans y prendre garde, le voisin continue quelques instants sa répugnante besogne avant de courir chercher une grosse paire de ciseaux à la cuisine après quoi, il avance bien plus rapidement dans sa répugnante besogne.

Peu après, il sort la jeune fille et son aïeule évanouies du ventre du loup-garou mais un bouche-à-bouche plus tard, elles sont saines et sauves.

— Oh, comme j'ai eu peur ! Tout s'est passé si vite ! dit Alizarine enveloppée dans sa cape rouge souillée du sang du loup-garou.

— Ah ! Tout d'un coup, tout est devenu noir, je me suis évanouie de peur! dit la grand-mère. Comment vous remercier ?

— Laissez-moi donc la peau du loup, lavez-vous, rangez ce que vous pouvez et venez prendre le thé chez moi, je suis incapable de dormir après ces évènements.

Les deux femmes acquiescent et quittent la pièce à la demande du jeune homme qui préfère travailler seul. Le jeune voisin dépèce bientôt le loup fort proprement sur des sacs poubelle après l'avoir traîné dans la cuisine pour ne pas abîmer plus encore le parquet tandis que la grand-mère et sa petite-fille tentent de nettoyer le sang répandu dans la chambre après une douche rapide. Le groupe fait un tour à la déchetterie pour jeter le matelas imbibé du sang du loup avant de rentrer chez la grand-mère mettre à sécher les draps à peine sortis de la machine à laver puis ils font un lit pour la vieille femme dans le clic-clac du salon le temps de lui racheter un matelas neuf. Au vu de l'heure tardive, le jeune homme invite les deux femmes à dîner chez lui et ils font un bon repas en mettant leurs provisions en commun. La fille au manteau rouge prévient sa mère qu'elle reste dormir chez sa grand-mère et qu'elle ne rentre que le lendemain après-midi. Incapables de dormir, ils passent la nuit à écouter les histoires du chasseur de créatures de la nuit.

Tandis que le jeune homme leur souhaite une bonne nuit, alors que l'aube pointe, il glisse son numéro de téléphone dans la main d'Alizarine en lui faisant promettre de se montrer plus prudente à l'avenir. Elle acquiesce et elle lui répond qu'elle ne manquera pas de lui rendre visite la prochaine fois qu'elle fait une galette des Rois pour sa grand-mère, ce qui ne saurait tarder.

  
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