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1 « L'héritage d'Argöth »
Prologue
Publié par Serenya, le vendredi 31 août 2018

Un vagissement résonna dans la nuit éternelle. Puis ce furent des pas précipités, étouffés par la couche de feuilles mortes qui recouvrait le sol du sous-bois. Un homme s'enfonçait dans les ténèbres repoussées par quelques champignons et mousses luminescentes, son regard scrutant de toutes parts l'absence de témoins, de danger. Il fallait faire vite, se débarrasser du paquet maudit avant que le village ne découvrît la vérité, avant qu'on ne leur demandât de partir pour éloigner le mauvais œil. Pourquoi avait-il fallu que cela tombât sur sa famille ? Qu'avaient-ils fait à l'arbre protecteur pour mériter pareil acharnement ? Deux enfants de perdus avant même leur naissance et maintenant... cela. Les rumeurs disaient qu'une meute d'Ethérés affamés traînait dans les environs. Au moins avait-il bon espoir que toutes preuves eussent disparu avant le lever du jour.

 

Il s'arrêta, à bout de souffle et le cœur battant. Etait-ce un grognement qu'il avait entendu ou le craquement sinistre de ce vieux chêne ? Et là ! Etait-ce le bruit de coussinets vaporeux sur les feuilles mortes ou le chant du vent dans les quelques feuilles encore accrochées aux branches ? Dans ses bras, le paquet s'agita, gémit.

 

- Chuuut... Ne pleure pas... Tout va bien...

 

Il devait se hâter. Trouver la mort en voulant éloigner le mauvais sort de son foyer serait une fin bien ironique. Les bruits suspects se firent soudain plus nombreux et la peur s'empara de son être. Il n'irait pas plus loin, il le savait. Ce serait suffisant, il faudrait que ce le fût. Il s'accroupit et déposa le paquet au sol avant de repartir sur ses pas, enfin soulagé de ce fardeau.

 

Les premiers gémissements le firent ralentir mais il résista. Il le faisait pour le bien de sa famille, pour la survie de sa magnifique petite fille, pour préserver son village du malheur. Alors les sanglots résonnèrent. Peur, détresse. Papa ! Pourquoi ? Ne me laisse pas ! Ils vont me dévorer ! Ils vont me déchirer ! Il ne restera de moi qu'une tâche de sang sur les feuilles mortes... Pourquoi ? Pourquoi moi ? Papa ! Chaque nouveau cri prenait une nouvelle forme dans son esprit, dans son cœur. Des suppliques qu'il ne faisait qu'imaginer mais qui s'accordaient aux pleurs du nouveau-né laissé au sol. Il s'arrêta. Il ne pouvait aller plus loin. Il tentait de se débarrasser d'un fardeau auquel il était déjà enchaîné. Ses joues ruisselèrent de larmes silencieuses mais il fit tout pour se convaincre d'avancer. Il le fallait. Pour sauver sa fille, son adorable petite fille qui l'attendait chez lui, accrochée au sein de sa mère. Papa ! Il le fallait. Il n'avait pas le choix. Lui aussi était une victime. Son petit ange était venu au monde avec la pire des malédictions. Des jumelles... Pourquoi avait-il fallu que sa femme donne naissance à des jumelles ? Pourquoi le démon s'était-il amusé à séparer l'âme de leur enfant en deux ? Si le village apprenait que des enfants maudites étaient nées cette nuit, ils seraient chassés. Qu'espérer pour la suite s'il se retrouvait sur les routes à cette époque de l'année avec deux bébés et une jeune mère ? Le sacrifice de la seconde, celle qui n'aurait jamais dû venir au monde, sauverait le reste de la famille. IL LE FALLAIT !

 

Mais il était trop tard...

 

- Chuuuut... Ne pleure pas ma douce. Papa est là. Papa est là...

 

Il était déjà trop tard pour lui, pour l'avenir. Il avait trop attendu, trop espéré la venue de ses filles pour se résoudre à laisser sa cadette se faire dévorer par des Ethérés déchaînés. La petite attrapa son doigt de toutes ses forces et lui fit son plus beau sourire. Oui, le malin était peut-être bien déjà à l'œuvre... Ne le séduisait-il pas pour le pousser à chérir son engeance maudite ? Certainement... Mais il était faible, et déjà trop amoureux. Sa femme serait folle de joie, elle aussi. Elle qui avait tant supplié pour qu'il la pardonnât de cette infamie, elle qui avait tant pleuré quand il avait fallut lui prendre la petite des bras. Elle vivrait cachée, jamais personne ne saurait qu'elle existât. Le malin lui même l'oublierait peut-être... Pour ce sourire et ces grands yeux, il était prêt à prendre le risque.

  
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