Bienvenue ! S'inscrire Se connecter
Nos Romans L'Agenda Parchemins
Les Trois Rues Les Forums L'Equipe
Petite histoire de monstres
Article rédigé par Beatrice Aubeterre & publié le 17.04.2016 dans Ecriture
L'attrait du monstre
Pourquoi aimons-nous les monstres ?

Il est légitime de se poser la question. Nous savons à présent que les dragons et les chimères n’existent pas, que les habitants des contrées lointaines n’ont pas un seul pied qui leur sert de parasol ni de tête de chien, que la naissance d’un être mal-formé n’est pas un présage de catastrophe, mais un problème médical. Même les cryptozoologues, qui recherchent les « grands » animaux non répertoriés, évitent pour la plupart, dans leurs théories de se départir d’une élémentaire vraisemblance. La violence de notre histoire nous force à nous pencher sur la monstruosité d’humains en apparence « ordinaires ».

Néanmoins le monstre continue d’exercer sur nos contemporains une réelle fascination. La plus évidente est sa nature d’incarnation de nos peurs. Par le passé (comme encore parfois aujourd’hui), les monstres hantant les légendes donnaient corps à des terreurs non formulées ou tentaient d’expliquer un monde vaste et méconnu. Dans nos sociétés scientifiques et sécurisées, le monstre fictionnel ingénieusement mis en scène, qu’il soit une créature venue de l’espace lointain ou un serial-killer, a pour fonction de maintenir actif notre instinct de préservation tout en nous évitant le stress destructeur que nous ferait endurer un danger véritable. Sous la forme d’un animal démesuré aux réactions imprévisibles et meurtrières, il nous rappelle l’existence de forces naturelles envers lesquelles nous éprouvons un mélange de terreur et de respect. D’un autre côté, un monstre cocasse ou ridicule dédramatise ces craintes.

Encore aujourd’hui, le monstre, parce qu’il défie l’ordre établi de la nature représente l’élément chaotique qui intervient dans un monde bien ordonné. Par son aspect et son comportement repoussant, il facilite notre travail d’identification avec le héros, porteur de valeurs positives, qui le combat. Néanmoins, l’ambiguïté qui survit dans le discours moral du XIXe siècle vient mitiger cette approche : malgré son apparence hors-norme et étrangère, le monstre peut être gentil, à l’instar du Casimir de notre enfance : intégré dans la société des hommes, il est un symbole d’acceptation de la différence et de tolérance, ce qui n’est pas sans entraîner des situations parfois dramatiques, parfois cocasses.

Enfin, venons-en au problème de la séduction que ces créatures exercent sur nous. Par nature, le monstre est un déviant, rejeté de l’ordre traditionnel dont il viole involontairement (ou parfois volontairement) la règle. Il évoque l’interdit et toute la dimension excessive que nous réprimons. Parce que la civilisation nous pousse à un certain conformisme, nous éprouverons de la sympathie pour un monstre laid, sale et bête, qui n'est soumis à aucune contrainte. La sexualité débridée d'un satyre ou d’une succube représente un idéal de la liberté absolue de jouissance. La violence même dont fait preuve une créature imaginaire peut refléter nos pulsions les plus profondes. Certains monstres sont passés au-delà de la "normalité" pour avoir conclu un marché avec des forces sombres, pour goûter à des fruits défendus tels que l'immortalité ou un pouvoir sans limites... En les regardant, le rejet le dispute, à l'envie, à cette tentation auquel il est, dans la fond, humain de céder...
Page 3 sur 4 / 1 2 3 4
Commenter & Partager
Pour commenter vous devez vous identifier (et avoir créer un compte sur notre forum)
Athena17
dimanche 16 septembre 2018 à 14h21

Je compte faire mon mémoire dessus, ça tombe extrêmement bien :O
Oménassaï
samedi 14 mai 2016 à 18h23

Coucou Béa !

Bravo pour cet article, il est vraiment très chouette et très bien construit ! Il donne à réfléchir sur la façon dont on présente certaines créatures selon l'univers et je pense qu'il saura m'être très utile !
Beatrice Aubeterre
dimanche 6 août 2017 à 21h15

Merci Omé ! :)
Nascana
jeudi 12 mai 2016 à 21h31

Merci pour l'article. Je pense que les monstres n'ont pas fini d'exercer une fascination sur nous : un mélange de peur et de curiosité.
Beatrice Aubeterre
dimanche 6 août 2017 à 21h15

Oui, C'est tout à fait cela !
Diogene
jeudi 21 avril 2016 à 18h16

Salut Béa,

Excellent article et qui tombe à pic, si je puis dire. Je ne m'étalerai pour la coup, sinon je risquerai de mettre un pavé bibliographique. Je dirai simplement qu'un monstre réussi est celui dans lequel son auteur se projette, car il y mettra de la sincérité, essentiel pour lui insuffler la vie.
Beatrice Aubeterre
vendredi 22 avril 2016 à 13h46

J'aurais bien aimé tomber sur cette question au Glam'podium, mais ça aurait été trop simple ! XD
Pour mes études, j'ai étudié un peu les cabinets de curiosité et je me suis aussi intéressée par la suite aux "freaks" et à la tératologie. Autant te dire que je me suis aussi pas mal limitée pour rester accessible ! XD
Merci pour ta lecture ! :)
Serenya
mercredi 20 avril 2016 à 14h33

Un article fort intéressant, joli travail !
Beatrice Aubeterre
jeudi 21 avril 2016 à 00h11

Merci ! ^^
L'AlléeDesConteurs.fr © 2005-2020
AlléeDesConteurs.fr Découvrir l'Allée L'Allée & Co Statistiques
Les fictions publiées
L'agenda des publications
Les auteurs de l'Allée
Les Trois Rues | la compétition
Foire aux questions
Nous contacter
Forums de discussion
LeConteur.Fr
Partenaires & Liens
15 fictions publiées
800 membres inscrits
Dernier inscrit: Natsu
AlléeDesConteurs.fr ~ 2005-2020