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Le blog de « Le Mythe des Arbres Orgueilleux »
04.06.2017 | Les Brolls
Louarg dimanche 4 juin 2017 à 13h49
Il est fort regrettable que les Brolls aient si mauvaises réputation. J’ai entendu de nombreuses rumeurs au sujets de ces autochtones à la peau noire. Certaines décrivent des barbares sanguinaires se nourrissant du cœur de leurs victimes, d’autres évoquent des guerriers sans peur chevauchant de monstrueuses bêtes, la cerise sur le gâteau — à moins qu’il s’agisse du plus gros grumeau de la soupe — étant qu’ils seraient les serviteurs d’un redoutable Midra et qu’ils lui offriraient régulièrement des enfants en bas âge. Autant l’annoncer : tout ceci est faux, complètement faux.

Alors que ma plume gratte le parchemin, j’hésite encore sur les points que je me dois d’aborder dans ce modeste article. Il est évident que tout ne peut être dit. Voyons voir… Je suis en ce moment même dans une des tentes de la tribu des Morsures de lycaon.

Les rencontrer n’a pas été facile. S’ils le désirent, les Brolls peuvent se montrer plus discrets que des onces en pleine montagne. Ils ont cette admirable faculté de disparaître dès que des étrangers se trouvent dans les parages. Fort heureusement et grâce à l’un de mes confrères, le Candélabre Auguste Barnabé, j’appris qu’ils étaient très friands de troc. Et que pour trouver des Brolls, il fallait d’abord trouver un Convoi d’Ambulants.

Ni une ni deux, je me retrouvai juché sur un de ces imposants Kew en compagnie des meilleurs marchands du territoire et peut-être de tout Leeri.

Et c’est après deux sanois et demi d’attente que les Brolls se sont enfin montrés. Ils devaient nous avoir repéré il y a bien longtemps car ils s’approchèrent sans montrer la moindre hésitation. Mais après tout, ils connaissent la savane mieux que personne.

Que de bibelots et de breloques ils se disputaient ! L’un voulait cette imitation de mauvaise qualité d’un obscur roi de Luv-Yr et l’autre désirait cette poterie en céramique qui ne valait — croyez-moi — pas même la salive pour la décrire. N’importe quel soit disant puissant artefact magique dont les Ambulants vantaient les mérites finissait irrémédiablement entre les mains naïves des Brolls. Il fallait ajouter à cette petite liste les lourds sacs de céréales et les précieux sachets d’épices. En échange de quoi, les Ambulaient obtenaient des défenses d’éléphant, des fourrures de litorac, des tranches de touwar ainsi que de gnous séchées et parfois même des boulettes de sshis.
Concernant ces dernières, je peux comprendre le manque d’enthousiasme de mes concitoyens — des fourmis grillées puis enrobées de miel n’enchantent pas au premier abord —, mais je puis vous assurer qu’après en avoir goûté, vous ne pourrez plus vous en passer.

Il n’est pas rare que les Brolls accompagnent un Convoi d’Ambulants pendant quelques jours voire un cycle ou deux. En dehors du troc, ils y trouvent un autre intérêt. Les Brolls chassent régulièrement et sont souvent contraints de laisser les membres les plus vulnérables de leur tribu en arrière. Savoir que ces derniers se trouvent en sûreté à l’arrières des Kew apaise grandement leur esprit. En effet, les conflits entre tribus sont particulièrement meurtriers et comme toujours, ce sont les innocents qui en pâtissent le plus.

Mais laissez-moi vous conter une légende Broll afin de clarifier mes propos ; peut-être saisirez-vous mieux, à la lumière de ces croyances, la culture de ce peuple si exotique.

« Au commencement, il y avait Hok-Wâ.

Par ennui, Hok-Wâ créa Leeri. Il conçu la terre et le ciel, les océans et les montagnes, les forêts et les plaines, les savanes et les toundras.

Et quand il eut terminé, Hok-Wâ était déjà vieux.

Par solitude, Hok-Wâ eut un fils. Il l’appela Mowak.

Par frivolité, Hok-Wâ créa le lion, la gazelle, le litorac, le rhinocéros, le gnou, le touwar, l’hyène, le vautour, le mufleur et bien d’autres espèces. Mais surtout, il créa l’homme.

Et quand il eut terminé, Hok-Wâ était plus vieux encore, et son grand âge l’avait doté d’une faim et d’une soif sans pareil.

Alors Mowak déclara :

—Père, vous m’avez donné la vie, laissez-moi donc prendre soin de la vôtre.

Alors Hok-Wâ s’arracha un bras. De celui-ci, il sortit un os, élancé et acéré.

—Ceci est une lance, mon fils. Chasse pour moi.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Mowak monta un rhinocéros de plus de trois mètres de garrots et partit à la recherche des bêtes susceptibles de satisfaire l’incroyable estomac d’Hok-Wâ.

Le premier jour, il croisa un homme. Celui-ci se nommait Otaka. Mowak le reconnut et le héla.

—Écoute mon appel, humain ! Je chasse pour nourrir Hok-Wâ, mon père et le père de tous. Me prêteras-tu main forte ?

Mais son interlocuteur éclata de rire.

—Hahaha ! Il peut bien être le seigneur de ces terres pour ce que ça m’importe ! Pourquoi risquerais-je ma vie pour le compte d’un autre ? J’ai une famille à nourrir et un champ à ensemencer ! répondit-il, hilare.

A ces mots, Mowak entra dans une vive colère. D’un puissant coup de lance, il transperça l’impudent qui osait diminuer son père.

—Si tu refuses d’être chasseur, alors tu seras proie !

Puis, il ligota l’homme et le fit rôtir au-dessus d’un grand feu.

Les tranches juteuses ravirent les papilles d’Hok-Wâ, aussi ce dernier lui demanda :

—Mais où donc es-tu allé chercher un met aussi délicieux ?

Et Mowak lui répondit humblement :

—Je n’ai trouvé rien d’autre que ce qui existait déjà. Je n’ai pris rien d’autre que ce qui vivait déjà. Ce met est délicieux parce que vous en êtes le créateur, mon père.

Le deuxième jour, il croisa un homme. Celui-ci s’appelait Fuwuki. Mowak le reconnut et l’interpella :

—Holà ! Humain, je chasse pour nourrir Hok-Wâ, mon père et le père de tous. Te joindras-tu à moi ?

—Bien sûr, répondit Fuwuki sans hésiter. Hok-Wâ m’a donné la vie, c’est le moins que je puisse faire pour le remercier.

Ainsi, ils partirent à la recherche de gibier. Sur la route, ils trouvèrent les dépouilles de différents mammifères. Il y avait des gnous, des antilopes et même des imposants squelettes d’éléphants. Plus loin c’était un cimetière d’animaux en tout genre, recelant autant d’herbivores que de carnivores.

—Voilà certainement l’œuvre d’une redoutable créature. C’est elle qui mérite d’être chassée et non pas les bêtes qu’elle a vaincues, déclara Mowak, pointant le firmament de sa lance.

Fuwuki, reconnaissant là les sages paroles d’un dieu, acquiesça.

—Oui, car le combat n’en sera que plus glorieux.

—Car la victoire n’en sera que plus savoureuse, confirma Mowak.

—Un tel adversaire, sa chaire est le met le plus exquis, ajouta son compagnon.

—Un tel ennemi, son sang est l’hydromel le plus enivrant, compléta le dieu.

Comme des loups affamés, Mowak et Fuwuki se lancèrent à la chasse de la créature. En observant les empreintes, ils en conclurent qu’il s’agissait d’un énorme litorac. C’était sans aucun doute le plus dangereux fauve des Terres Marchandes. Un prédateur qui régnait sans conteste sur son territoire.

Alors qu’ils acculaient inexorablement leur cible, ils sentaient la fièvre de la traque les gagner. Ils étaient deux carnassiers sur une piste, animés d’une féroce jubilation et d’une fougue mesurée. Le cœur au galop, la crinière tirée par le vent et les babines débordantes de bave, rosée du combat qui les attendait, ils étaient aussi sauvages que deux chasseurs pouvaient l’être.

Enfin, ils furent devant le roi des litoracs. Le combat fut rude et dura jusqu’à l’aube. A plusieurs reprises, Mowak leva et abattit la lance que son père lui avait confiée, jusqu’à ce que la terrible créature rende son dernier souffle.

Hélas, la victoire avait un goût amer. Car Fuwuki avait reçu de graves blessures durant l’affrontement.

La mort était un état qui consternait Mowak. En tant que dieu, il ne pouvait guère l’appréhender. Il était bien affligé que son compagnon de chasse périsse, aussi il déclara ceci :

—Un guerrier aussi intrépide ne devrait pas mourir. Relève-toi et chasse à mes côtés pour l’éternité !

Et comme Mowak était fils d’Hok-Wâ, il en devint ainsi. Fuwuki se releva, ignorant les plaies béantes qu’il portait et il accompagne désormais le dieu où qu’il aille. »


Cette légende n’est évidemment pas à prendre au pied de la lettre. Les Brolls n’ont pas pour coutume de faire rissoler des humains pour le déjeuner. Il y a d’ailleurs très peu de cas de cannibalisme chez les Brolls. En revanche, un événement très ritualisé est ce qu’ils appellent la « Grande Chasse », pendant laquelle le chef de la tribu — la Première Lance — et les meilleurs guerriers — les Bawe — partent traquer des bêtes réputées pour leur férocité comme les litoracs.

La Grande Chasse n’a pas pour objectif de subvenir aux besoins en nourriture de la tribu — bien que la saveur forte de la viande de Touwar soit unique en son genre — mais de s’attirer les faveurs de leur dieu. Pour être plus exact, c’est l’occasion pour les guerriers Brolls de prouver leur valeur et de gagner la bénédiction de Mowak. Leurs chances de victoire au prochain affrontement contre la tribu Broll ennemie seraient alors plus importantes.

Pour conclure cet article, je vais donner quelques chiffres. On recense plus d’une vingtaine de tribus, chacune forte de quatre cents à huit cents têtes. Une estimation grossière de la population donne un total de quinze mille Brolls. Nous sommes bien loin de la population estimée des Ruhons — plusieurs dizaine de millions — ou des Déserteurs du Soir — rassemblant plus de deux millions d’individu —. En Terres Marchandes, les Brolls sont un petit peuple, à l’instar des Mustav-laz. D’ailleurs, leur territoire s’est considérablement réduit au fils des genèses, en grande partie à cause des querelles entre tribus. Ce sont généralement les Ruhons qui viennent par la suite peupler les terres abandonnées.

Il est fâcheux que les Brolls s’appliquent tant à se détruire les uns les autres. Leur culture est fascinante et il est indubitable que sans eux, cet endroit insolite que l’on nomme les Terres Marchandes perdrait de son charme.

Par la plume de Lorpag Zul,
Historien et académicien d’Illidarmas.

Les Commentaires (Commenter)
Nascana
dimanche 18 juin 2017 à 17h12
J'aime bien le billet sous forme d'article. On en apprend plus sur les personnages mais on voit que l'auteur ne sait pas tout.

Nascana
Louarg | mardi 20 juin 2017 à 22h08
Merci Nascana ! Oui, l'idée est de présenter les différents peuples tout en laissant quelques zones d'ombre. ^^ Et puis un point de vue extérieur non omniscient et un poil subjectif est plus amusant.
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