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Chapitre 1 « Retour »
Les équipes de secours les attendent. Elles interviennent immédiatement. Tout d’abord, les soldats du feu sécurisent la zone. Un incendie s’est déclaré à la hauteur des rétrofreins et un autre couve sous la carlingue au niveau des réservoirs de Bay. Un extincteur à vide est enclenché, contenant le brasier dans un premier temps. Son utilisation écarte tout danger en quelques minutes.

Les jardiniers patientent. Dès la porte arrière de la zone de chargement ouverte, ils s’engouffrent à l’intérieur. Ils sortent au plus vite les caissons de Vernicula Albanica Mundi de la cabine numéro un. Les spécialistes déverrouillent chaque sarcophage en provenance de l’EP 200. Ils prélèvent un échantillon de terreau et vérifient visuellement l’état de santé des vers en remuant leur habitacle. De toute évidence, ils sont bien plus nombreux qu’ils ne le pensaient. Quarante-et-un est vraiment un minimum. Délicatement, les hommes de Franz Meyer les chargent à bord de transporteurs internes. Les petits véhicules cubiques sont programmés pour rejoindre directement les serres.

La garde de haute sécurité est là. À sa tête le vice-amiral Dieter Janson. Dans sa combinaison spéciale de combat, coiffé d’un casque et armé, il est difficilement reconnaissable. Seuls ses galons et son allure permettent de savoir qui il est. Il déploie son unité tactiquement. Une ligne de front pare à toute éventualité en encerclant le vaisseau. Ses meilleurs hommes ainsi que lui-même investissent le petit esquif. Plus précisément les cabines trois et quatre.

Pendant ce temps-là, l’équipe médicale encadrée de gardes armés prend possession du local numéro deux. Ils prodiguent les premiers soins avant de désunir les blessées. Quand Kaïla est séparée physiquement de sa fille, elle s’enfonce immédiatement dans un coma morbide. Son état est critique. Il faut intervenir sur place, car elle est intransportable. Le petit habitacle se transforme alors en salle d’opération de fortune. Son enfant est transférée sous bonne garde à l’hôpital. Carol a perdu conscience, son pouls est extrêmement faible. Cependant, ce qui surprend le plus les médecins, tandis qu’ils la passent au détecteur de santé, c’est que ses lésions semblent en cours de guérison.
Marcel accompagne la civière jusqu’à l’extérieur du vaisseau, voulant s’assurer que sa blessée sera bien traitée.

Daniella, redoutant d’entendre à nouveau cris et plaintes, suggère l’utilisation des neurotranquilisants pour les prisonnières de la cabine quatre. Cela ne sera pas nécessaire. Jane est épuisée par le voyage et Ethna n’a toujours pas repris connaissance. Les deux femmes se laissent conduire sans faire de problèmes et sont placées dans des cellules de haute sécurité.
Ces brancards contraignent les détenues à une immobilité totale. Mis à l’intérieur de coffres transparents, ils font office de prisons temporaires. Les scanners vitaux embarqués et reliés à ces geôles mobiles indiquent qu’Ethna a besoin de soins d’urgence et que Jane va bien. Trois gardes les escortent jusqu’au dispensaire du bâtiment pénitentiaire. Ce dernier ne comprend que huit cellules qui servent le plus souvent au dégrisement des militaires de retour de mission. Elles n’ont jamais été utilisées plus de quelques heures d’affilée.
La navigatrice suit les deux caissons à l’extérieur du vaisseau. Elle est épuisée, mais heureuse d’être arrivée.

O’Commara, livide de fatigue, sort du centre de pilotage alors que les forces spéciales sont sur le point d’ouvrir la cabine trois. Il s’arrête et demande s’il peut participer. Tout d’abord, il s’agit de son habitation. Ensuite, il a un compte personnel à régler avec Kalena. Il se frotte les côtes et le menton, se souvenant des coups qu’elle lui a donnés.
Le pilote met en garde les soldats qui se préparent à entrer, les assurant de sa dangerosité même s’il s’agit d’une jeune fille et que son apparence ne laisse en rien supposer sa force.

Lorsqu’ils voient la prise, pieds et poings liés aux armatures du lit, les soldats sourient. Ils lui ôtent sa cagoule avant de la transférer. Les trois militaires ne peuvent s’empêcher de rire et de se moquer du pilote ; oubliant un instant les consignes de sécurité, ils libèrent en partie Kalena. O’Commara les observe, les bras croisés, depuis l’encadrement de la porte.
Poussant la prisonnière afin de la faire s’asseoir, le premier garde prend un coup de pied dans la tête. Le second, stupéfait par la souplesse de la jeune fille, n’a pas le temps de réagir qu’il a déjà son genou gauche dans l’entrejambe.

Kalena fera ce qu’ils veulent à condition qu’ils n’essayent pas de la toucher. Elle ne connaît pas leur état de santé et ne désire pas revivre une Douleur de plus. Elle n’est d’ailleurs pas encore totalement remise de la précédente. Pantelante, elle ne peut éviter un troisième homme qui vient de rentrer en trombe dans la cabine. Cependant, elle le mord au pouce jusqu’au sang alors qu’il essaye de la bâillonner. Tandis que Dieter Jansen regrette de ne pas avoir mis ses gants, il fait signe à ses hommes de tirer. L’usage de neurotranquilisants n’est plus une option, mais une obligation.

Contournant la jeune fille rendue inconsciente, dans les bras de son collègue qui maugrée, le capitaine O’Commara récupère son sac avant de sortir. Il regagne tranquillement le poste de pilotage afin de retirer la mémoire de vol de l’EP 200 du tableau de bord. Il donne deux tapes amicales au cockpit et quitte définitivement son vaisseau.

oOo


La vice-amirale est déjà en grande discussion avec Marcel et Daniella lorsque le pilote descend du transporteur. Il la salue, au garde-à-vous, et lui présente ses respects avant de lui donner le registre de bord. Le capitaine et son équipage se mettent à la disposition de l’amirauté, comme il est d’usage de le faire.

Lauren Mac Ferson est heureuse et fière de revoir l’équipe du petit esquif au complet. Elle est d’autant plus satisfaite qu’ils sont les premiers à avoir mené cette mission à bien et cela a lieu sous son commandement !
Elle les félicite en amie et non en supérieure. Cependant, elle ne peut leur accorder plus de huit heures de repos pour le moment. Leur expliquant que tout le monde veut connaître les détails de leur aventure, ils devront se présenter à dix-huit heures à la salle d’apparat. La vice-amirale les retrouvera à ce moment-là. En attendant qu’ils soient en forme et douchés, elle va visualiser la mémoire de l’EP 200. Ensuite, ils procéderont au débriefing et enfin elle leur accordera une permission bien méritée.

L’équipage au complet quitte le niveau moins neuf, laissant aux soins des équipes de nettoyage et de réparation leur navette endommagée. Ils prennent les ascenseurs au fond du grand hangar et rejoignent leurs appartements de la passerelle trois.
L’armée occupe les ponts supérieurs un à quatre. Chaque étage a une forme semi-circulaire et possède deux longs couloirs extérieurs vitrés, permettant d’observer l’environnement. Les balcons des logements donnent sur un vaste espace intérieur. Les habitants ont une vue plongeante sur le niveau zéro : son grand Bassin, ses serres et ses champs.

La troisième passerelle est réservée aux sous-officiers, mais le vaisseau Agricole est loin d’être complet. Aussi de nombreuses résidences sont libres. Par conséquent, la vice-amirale permet à chaque équipage de loger dans un même couloir. Tous les militaires se répartissent donc dans les appartements des niveaux deux et trois.

En sortant de l’ascenseur, les trois coéquipiers prennent à droite.

Marcel atteint ses quartiers le premier et salue ses compagnons. Il est extraordinairement en forme. À l’entrée du mécanicien, une douce lumière se répand dans son logement mettant en valeur son amour secret : ses orchidées. Il espère assouvir sa passion pour l’horticulture prochainement s’il obtient sa retraite anticipée à la suite de cette mission réussie.

Il possède quelques spécimens rares pour lesquels il se fait beaucoup de souci. Leur vision l’apaise. Avant même de faire quoi que ce soit d’autre, il va dire un mot à chacune d’entre elles, les félicitant de leur beauté ou de leur simplicité.
Son ami Frantz, chef des jardiniers, est venu régulièrement durant son absence. Il s’est assuré que ses petites chéries se portaient bien. Le plus souvent, en remerciement Marcel lui offre des pintes à la cafétéria générale. Ils passent ainsi toutes les permissions du vieux mécanicien à refaire le monde, un verre à la main.

Son appartement a vue sur le Grand Bassin. Le rebord de l’immense baie vitrée qui emplit le fond de son logement est jonché de pots de toutes formes et de toutes tailles. Sur chaque récipient, une pince-lumière et un minuteur simulent le jour ou la nuit en fonction de l’espèce et de la catégorie de chaque plante.

Il y en a partout, parsemant son habitation de nombreuses couleurs et de corolles délicates. Marcel a choisi des teintes chocolat pour les murs et des beiges pour son mobilier. Son dessus-de-lit est aussi dans des nuances claires plus proches cependant du vert que du grège.
Le première classe Galo aime son logis. Il est toujours heureux de rentrer, à condition bien sûr qu’aucune de ses protégées n’ait été malade en son absence.

Cette fois-ci encore, aucun dégât significatif n’est à noter. Sa chambre a même été nettoyée et la poussière sur les feuilles de chaque orchidée faite. Franz a dû avoir beaucoup de travail et Marcel soupçonne qu’il a abusé de sa fonction afin de faire plaisir à son ami. Le mécanicien sourit, imaginant le nombre de tournées qu’il va avoir à payer pour endiguer sa dette. Cela lui importe peu, ses petites chéries vont bien.
Il est heureux et se dirige vers sa salle de bain. Il prend sa douche en chantant de vieux airs à tue-tête et va se coucher. Le mécanicien n’oublie pas de mettre son alarme, il veut avoir le temps de se raser de près avant d’aller dans la salle d’apparat.

oOo


Daniella a l’une des cabines au milieu de la coursive, celle de gauche, celle de droite étant libre. Personne ne veut de ces habitations situées au bout des couloirs. En effet, même si elles sont plus spacieuses et offrent un grand balcon, elles sont plus bruyantes, car proches des systèmes de stabilisation de l’Agricole.

La navigatrice arrive la dernière chez elle. Son chat est là. Il la gratifie de ronrons sonores tout en se frottant à ses jambes. Les animaux de compagnie sont acceptés à condition que leur maître partage leur ration de nourriture avec eux.
Ni Moustache ni Daniella n’ont un gros appétit et leur cohabitation dure depuis si longtemps qu’elle n’envisage pas sa vie sans lui. Le chat a cinq ans, c’est un chartreux dont le pelage vire au bleu en fonction de la lumière.

Chez mademoiselle Vargas, tout est rangé, ordonné et clair. La grande chambre dans les tons rosés a une ambiance feutrée. Durant ses absences, Moustache rejoint l’animalerie centrale. Il a l’habitude, et est relâché dans les prés à vaches où il passe le plus clair de son temps à chasser les mouches. Il s’agit pour lui de vraies vacances.

Cependant, le félin est ravi de retrouver sa maîtresse et de se faire caresser. Daniella joue avec son chat et le cajole. Elle prend vingt minutes dans la salle de bain avant d’aller se coucher. À peine a-t-elle remonté la couverture sur ses épaules que dans un mouvement aussi discret que gracieux, son chat la rejoint. Il recommence à ronronner, berçant sa maîtresse et l’emmenant ainsi au pays des rêves.

oOo


Le logement du capitaine O’Commara est le dernier au bout du couloir. Il est plus spacieux que celui de ses coéquipiers. Il habite encore l’appartement qui avait été affecté à ses parents. Il dort dans sa chambre d’enfant bien que tout ce qui aurait pu lui rappeler cette époque ait disparu. La pièce principale possède une grande baie vitrée, laissant apparaître l’immensité de l’espace.

Les murs sont d’un blanc sale, aucune photo, aucun objet personnel ne vient orner le logement qui s’articule autour de deux chambres. La suite parentale a été transformée en débarras. Celle de plus petite taille accueille un lit et une table de nuit. L’armoire intégrée à la paroi ne contient presque que des vêtements militaires.

En posant la main sur son boîtier de commande à l’extérieur de sa cabine, Patrick désactive toutes les fonctions de domotique. À son entrée, la lumière ne s’enclenche même pas. Il se dirige directement vers la salle de bain, tourne le robinet d’eau froide et rentre tout habillé sous la douche. Il finit par se dévêtir, jetant ses affaires trempées au travers de la pièce.

Il se savonne, puis appuyant les deux mains sur le mur, laisse couler l’eau sur son dos un long moment. Il perd son savon. Obligé d’allumer, il sort de la cabine de douche, inondant un peu plus la petite pièce. Il retourne sous le jet et récupère le pain à la lavande qui est au fond du bac. Patrick remarque alors que la « crevette » lui a laissé une cicatrice dans la tabatière anatomique droite. Elle n’a pas fait semblant, elle l’a mordu jusqu’au sang.

« C’est bien la première et la dernière fois qu’il essayait de la forcer à s’alimenter », se dit-il.

Le capitaine se souvient. Elle l’a croqué entre le pouce et l’index avec une telle force qu’il a juré, chose qu’il ne fait que rarement et encore moins devant des inconnus.

« C’est vraiment une drôle de fille », pense-t-il en souriant involontairement.

S’il avait eu une petite sœur, il aurait souhaité qu’elle sache se défendre aussi bien. À se remémorer ainsi sa dernière mission, il se surprend à rire. Il sort de la douche, prend une serviette et la noue autour de la taille. Poussant du pied son uniforme de service et ses chaussures gorgées d’eau, il se place devant le lavabo afin de faire disparaître sa barbe hirsute. Il met un peu plus de quinze minutes avant d’en venir à bout.
C’est un principe, il ne se rase jamais lorsqu’il est en mission. Ce point et de nombreux autres exaspèrent Daniella. Par contre, ils font beaucoup rire Marcel dont la moustache et la barbe taillées au ciseau sont toujours impeccables.

Patrick O’Commara retourne dans sa chambre en traversant la pièce principale de son appartement. Il ouvre la penderie et prend son uniforme de cérémonie ainsi que ses bottes. Il se rappelle les avoir cirées avant de partir et s’en félicite aujourd’hui. Il dépose le tout sur le sofa du salon.
Son allure ainsi que sa haute stature seront mises en valeur par son uniforme. Associées à son sourire, elles vont faire des ravages, il en est bien conscient. Cependant pour l’instant, il aspire simplement à du repos. Trop fatigué, le pilote espère que toutes ces demoiselles comprendront qu’il ne veuille nullement les accompagner pour aller danser ni ce soir ni les suivants.
Le capitaine s’avance jusqu’à la petite cuisine attenante à la pièce principale et prend une bière dans le réfrigérateur. Il pousse le battant donnant sur le balcon et s’appuie à la balustrade dégustant le liquide ambré issue du houblon en regardant le Grand Bassin. Une fois terminée, il laisse sa bouteille sur la table avant de refermer la porte et d’attraper un cracker dans un placard au-dessus le l’évier.
Il essuie négligemment les miettes qui encombrent son torse et retourne dans sa chambre.

Le jeune homme regarde les chiffres lumineux de son réveil. Il lui reste à peine un peu plus de sept heures avant de devoir endurer la cérémonie de retour dans la salle d’apparat. Il programme son alarme au plus juste, se laissant vingt minutes pour s’habiller et se rendre au niveau un. Le capitaine enclenche l’ouverture du lourd volet qui obstrue la fenêtre et s’endort en regardant le scintillement des anneaux de Saturne. La position du vaisseau lui permet même d’entrevoir Jupiter.
  
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